LE FLÉAU DE DIEU
Depuis l’an 410 jusqu’à fan 476 de l’ère chrétienne.
Après Alarie, mes petits amis, celui do fous les chefs barbares qui acheva la ruine de l’empire d’Occident fut Attiia, rois des Huns, surnommé le fléau de Dieu, à cause des dévasta- Hons qui signalaient partout son passage. Ce guerrier redoutable, qui régnait sur un grand
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nombre de tribus sauvages encore stationnées dans les anciennes demeures de leur nation, s’avança tout à coup sur les bords du Danube, et parvint en peu de temps aux portes de Constantinople.
A cette époque , le fils d’Arcadius , nommé Trëodose II, avait succédé à son père sur le trône d'Orient , et celui de llavenne était occupé par Vaiertiriejî III , son cousin , fils de Constance et de Placidie. Ce jeune prince n’était alors âgé que de six ans, et comme à cet âge il ne pouvait pas régner par lui-rnéme, ce^ fut à sa mère que l’autorité, impériale se trouva confiée.
Celte princesse, véritable héritière de talents du grand Théodose son père, n’était point audessous d'une lâche si difficile à remplir: douée d’une force d’âme, que ses malheurs et ceux de l’empire avaient éprouvée depuis longtemps, Placidie était surtout habile à choisir des généraux consommés et des ministres habiles ; AÉTii’S , qui avait autrefois appris le métiers des armes sous le fameux Alaric, et Boiviface, comte ou gouverneur de l’Afrique, furent charr gés par elle de défendre l'empire contre ses ennemis.
Cependant celle multitude de nations germaniques, qui de toutes parts avaient franchi les frontières, dévastaient impitoyablement les provinces où quelques-unes d’entre elles cherchaient à former des établissements. Les Visi-
golhs s’étaîenl rendns maîtres d’une belle ptovince gauloise, nommée I’Aoijitaire, qu’une grande rivière, appelée la Loire, séparait du reste de la France; les^Burgondes occupaient la partie de cette contrée la plus voisine des Alpes, tandis que les Francs et les Allemands, qui depuis ont donné leur nom a la Germanie se disputaient [les provinces limitrophes du Rhin.
Dans le même temps , le comte Boniface , trompé par les artifices d’Aétius qui avait su lui persuader que l’impératrice Placidie avait résolu sa perle, appelait en Afrique un chef vandale, nommée Gehséric, qui après avoir ravagé celte contrée , y fondait une puissance dont l’ancienne Carthage devint la capitale.
Ce fut au milieu de ces grands déchirements de l’empire que le terrible Attila, après avoir porté la terreur et la mort à travers l’Orient, parvint dans les Gaules à la tête d’une innombrable multitude de Huns, au visage farouche et aux mœurs grossières.
Cette immense armée, changeant en un vaste désert tous les pays qu’elle traversait, atteignit bientôt les bords de la Seine et s’approcha de Paris, qu’elle aurait sans doute détruit comme elle avait détruit tant d’autres villes , si un épais brouillard n’eùt tout à coup dérobé celte cité aux yeux des Barbares, qui s’en éloignèrent sans rapercetolr.
Les Parisiens allribuèrent cet heureux évé-
nemcnl , qui leur parut un véritable miracle, aux prières d’une jeune bergère nommée Ge- KEviÊvE , qui était ircs-pieuse j et c’est depuis ce temps que sainte Genevieve est honorée comme la patronne, c’est-à-dire la protectrice de Paris.
Mais le vaillant Aélius, ayant aussi rassemblé une puissante année composée de Francs et de Romains, et appelé à son aide Théodomc, roi des Yisigoths d’Aquitaine et fils du célèbre Alaric, s’avança au-devant d’Attila, et rencontra l’armée des Huns dans une vaste plaine appelée les Champs Catalairiexs, près de l’entroit où existe aujourd’hui la ville de Chaloxssih-Marxe.
Alors s’engagea dans ce lieu une si épouvantable bataille , que l’on évalue à cent soixante mille hommes le nombre de ceux qui périrent soit du côté dos Romains, soit parmi les barbares. On raconte que, vers le soir de celle alï’reuse journée, lorsque les soldats d’ Aélius , après avoir vaincu les Huns , voulurent se désaltérer dans un ruisseau de la plaine, ils s’aperçurent avec horreur que ce ruisseau, grossi par le sang humain, était débordé, et ils s’éloignèrent eu frémissant.
Attila, vaincu, se retira d’abord derrière ses charriûls, dont il s’était fait un rempart inexpugnable : puis rassemblant les débris de son armée, qui était encore considérable, il se dirigea sur l’Italie : son approche répandit dans
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ce pays une si grande terreur, qu’un grand nombre d’habitants se réfugièrent dans les rochers, dans les bois, et jusque dans les îles à moitié submergées du golfe Adriatique, où il fondèrent une ville appelée Venise, dont vous entendrez beaucoup parler dans d’autres histoires. Ce fut au milieu de celte désolation universelle que le roi des Huns parut tout à coup devant les murs de Rome,, sur laquelle il se préparait à venger l’échec qu’il venait d’éprouver à Chàlons, lorsqu’il vit s’avancer à sa rencontre un vénérable vieillard nommé Léon, évêque de celle capitale , qui , le supplia de ne pas livrer son troupeau à la fureur de ses soldais.
Attila , quoique barbare , avait été instruit dans la religion chrétienne; il écoula avec respect les prières du saint personnage, et défendit à son armée de pénétrer dans Rome ; mais il poursuivit ses ravages dans l’empire , refusant d'j s’établir nulle part, et n’ayant pour palais qu’une hutte de bois^ où une natte de paille était son lit; il ne se servait jamais pour lui-même que de vaisselle grossière, et ne portail que des vêlements d’une seule couleur et du tissu le plus commun, tandis qu’il exigeait que ceux qui l’entouraient fussent raagniûqueinent vêtus d’étoffes brodées de pierreries, et ne bussent que dans des coupes d’or du travail le plus précieux. C’était de celle hutte que le barbare ordonnait aux empereurs ïhéodose II
^Diel Valentinien III de lui livrer leurs trésors, ;ro-oü de lui rendre des esclaves qui s'étaient enfuis de son camp, et ces 15ches monarques s’em- Ài! pressaient de lui obéir. ^ ,
Ce conquérant sauvage , qui voyait ainsi à {ih ses pieds les plus grands princes du monde, ^ ijm mourût suffoqué dans un festin où il ’s’était e-; (î nivré, suivant la coutume des nations d’origine' >lk scytique, et sa vaste puissance disparut avec «. lui.
SJ L* armée des Huns, en apprenant la mort de ; T, ce chef redouté, se livra à une douleur furieii- ' le se, que çes barbares laissèrent éclater par des* eî hurlements lamentables. Trois cercueils, ren-, fermés l’un dans l’autre; le premier de fer, i le second d’argent, et le troisième d’or, reçu-^ f rent le corps d^Attila. On ensevelit avec lui des. f armes > des harnais enrichis de diamants , et^ : beaucoup d’autres choses précieuses ; puis , * . pour dérober au monde entier la connaissance; î de sa sépulture, ses principaux o%iers trati-* sportèrent son corps dans les déserts de leur pays , où ils égorgèrent les esclaves qui avaient servi à creuser sa tombe.
La mort d’Attila fut certainement un grand événement, mais l’empire d’ Occident ne fut pas sauvé pour cela. Valentinien III, étant devenu grand et privé des conseils de la sage Placidie , conçut une telle jalousie contre Âétius , qu’il eut l’ingratitude de tuer de sa propre main ce grand capitaine euauel il devait sa II > À V ’ ' 8
couronne , mais il ne retira aucun fruit de ce crime, car il périt lui-même bientôt après assassiné par un de ses officiers, qu’il avait maltraité dans un instant de colère.
Si vous me demandiez maintenant, mes enfants , ce que devint la vieille Rome au milieu de tant de misères , je vous dirais que , quelques années après la mort d’Attila , cette capitale fut livrée à un épouvantable saccagement par les Vandales d’Afrique, que Genséric, leur roi, avait amenés en Italie, et que ce nouveau désastre compléta sa ruine.
Pendant les vingt années qui suivirent la mort de Valentinien III, il y eut encore neuf empereurs d’Occident , mais il n’ y eut plus d’empire ; le dernier successeur de César fut Romulus-Ai’gustüle, jeune homme d’une beauté remarquable, mais sans courage, à qui un chef barbare, nommé Oooacre, qui avait pris le titre de roi d’Italie, voulut bien permettre de finir paisiblement son inutile existence dans une maison de campagne, bâtie autrefois par le riche triumvir Lucullus, sur le cap Misèiie, au bord de la mer Méditerranée.