‹ L'histoire romaine racontee aux enfants (volume 2)Chapitre 38 sur 39 · ALARIC EN ITALIE · texte numérisé non relu

ALARIC EN ITALIE

Depuis l’an 395 jusqu’à l’an 410 de Père chrélionne.

Les Romains de ce temps-là, mes petits amis, n’avaient plus aucune ressemblance avec leurs ancêtres qui avaient vaincu autant de peuples par leur grandeur d’âme que par leur courage ; la pauvreté de Cincinnalus , le désintéressement dé Publicola, la générosité de Scipion, eussent été tournés en ridicule chez celle nation dégénérée, à laquelle il ne restait plus que la glorie de son nom. Le luxe, c’està-dire la recherche des vêlements , des habi-

tâtions , des festins , était poussé à un point dont nous ne pouvons aujourd’hui nous faire qu’une idée imparfaite. C’était de tous cotés des palais enrichis d’or , de pierreries et de nacre; et au milieu de cette magnificence extravagante, toutes les habitudes d’une vie lâche et oisive: le champ de Mars était entièrement abandonné.

Les dames romaines ne s’enorgueillissaient plus, comme la mère des Grecques, de la vertu de leurs enfants; il leur fallait des parures de toute espèce, des bijoux qui coûtaient des sommes énormes, et elles ne paraissaient jamais en public que les mains couvertes de lames d’or ou portée dans des litières magnifiques par des laquais splendidement habillés.

Enfin ce n’était plus le temps où l’on accordait* pour récompense à un général romain , comme autrefois au consul Duilius, de se faire ramener chez lui à l’heure de son souper par des joueurs de flûte et des flambeaux. Les tables des plus riches citoyens, autrefois si frugales, étaient chargées de vaisselle d‘or et d’argent; et le vin était versé dans des coupes du plus beau travail et du métal le plus précieux; tandis qu’autour des lits où les convives étaient nonchalamment couchés, des esclaves les amusaient par des danses et par des concerts.

Or , comme il fallait de grandes richesses pour satisfaire les exigences d’un pareil luxe, les possesseurs de toutes ces belles choses é-

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taienl sans cesse disposés à tout entreprendre pour acquérir des trésors, dont la plupart du temps ils faisaient un usage peu honorable.

Les Barbares , au contraire , en s’éloignant de leurs déserts, perdaient successivement leur rudesse et leur férocité primitive ; après avoir détruit des villes , il en construisaient à leur tour , où ils se fixaient sans répugnance ; en môme temps la religion chrétienne, qui commençait à se répandre parmi eux, adoucissait les mœurs qu’ils avaient apportées de leurs solitudes, mais leur courage ne s était point affaibli pour cela, et les empereurs romains avaieiüt été forcés plus d’une fois d’appeler des chefs de ces nations guerrières à la tète de leurs légions.

Depuis la défaite de Yalens à Adrianople , les Golhs avaient formé, on Dacie et en Pannonie , des établissements permanents , que Théodose lui-même avait renoncé à détruire, i’e prince, appréciant combien de pareils ennemis étaient redoutables , avait mieux aimé faire la paix avec eux que d’exposer l’empire à de nouveaux désastres, et il s’était môme engagé à leur payer chaque année une somme d’argent considérable pour qu’ils ne poussassent pas plus loin leurs conquêtes.

Mais à peine ce puissant empereur eul-il cessé de vivre, que les Golhs, sous la conduite d’A- LARic, le plus illustre de leurs chefs, qui prenait le l;tre de roi des Visigolhs , envahirent

la Grèce, sans qu'aucune armée pûl ralentir leur marche , passèrent les Thermopyles , dont le nom est si célèbre dans l’histoire ancienne, ravagèrent l’Altique, et se répandirent enfin dans rilljTie, celle province que baignent les flols de le mer Adriatique. Là ils s’arrêtèrent un moment pour rassembler leurs forces , et menacèrent d’ une invasion prochaine l’Ilalie ellemême, dont ils n’étaient plus séparé que par une chaîne de montagnes peu étendue , que Ton nommait alors les Alpes Julievves.

Le jeune empereur d’Occidenle , Ilonorius, qui résidait à Milan, était peu capable de se mesurer avec un guerrier aussi formidable qu’Alaric ; il apprit avec effroi l’approche du roi des Yisigolhs , et s’il n’eùl auprès de lui un général habile, nommé Stiliciion, à qui le grand Théodose, en mourant, avait confié la defense de l’empire pendant la jeunesse de son fils , le faible empereur eût regardé la fuite comme le seul moyen de salut qui lui restât.

Stilichon était Yandale d’origine, et joignit à toute rénergie d’un barbare toute l’habileté d’uri Romain. Son premier soin fut d’appeler de toutes les extrémités de l’empire, à la défense de Rome, les légions qui luttaient encore dans les provinces éloignées, contre les irruptions des nations ennemies. La Germanie, la Gaule, la Bretagne, ainsi affranchies de leurs oppresseurs, ne tardèrent pas à se soustraire entièrement à la domination romaine; mais SU-

liclion , en réunissant dans scs seules mains toutes les forces de l’empire , se mit en mesure d’opposer une résistance terrible à Alaric, dont la seule renommée avait déjà Téponvante parmi les peuples tremblants de rilaüe.

Le roi des Goths ne tarda point en elTel à franchir les Alpes Juliennes ; cl bientôt des combats acharnés eurel lieu entre les deux nations; une bataille sanglante livrée près d’une petite ville nommée Pollkxce, arrêta enlln l’invasion des barbares. Marie, vaincu, se vil contraint de retourner précipitamment sur scs pas, et le Vandale Slilichon eut la gloire d’avoir retardé la chute de l’empire d’Occidcnl.

Cependant Ilonorius , délivré par celte victoire de la terreur que lui avait fait éprouver l’approche des Goths, résolut de ne pas séjourner plus longtemps à Milan, dont les murailles ne lui paraissaient pas sullisanles pour le rassurer contre de nouvelles irruptions. Il choisit pour sa nouvelle demeure la ville de Ravenne , située à l’extrémité du golfe Adriatique, et entourée, à une grande distance, de marais impraticables. C’était là qu’ autrefois , comme je vous l’ai dit ailleurs, mes pelils amis, Auguste entretenait une des Hottes chargées de la garde de l’Italie, et vous ferez bien de vous rappeler dans quelle circoslance le siège de l’empire d’üccident fut transporté de Milan à Ravenne.

Ce fut à l’occasion de celle victoire de Pol- II r*

leiice sur les Visigolhs, que Rome eut pour la dernière fois le spectacle pompeux d’un triomphe. Le jeune Honorius monté sur un char magnifique, ayant à ses côtés l’illustre Stilichon, lit son entrée dans celle capitale au milieu des acclamations d’une population immense , ivre de joie. Ce triomphe fut encore célébré par des combats de gladiateurs, où le sang d’un grand nombre de ces malheureux coula sur l'arène, mais ce fut aussi la dernière fois que le peuple de Rome put repaître ses yeux de cet affreux spectacle , qui outrageait également la religion et l’humanité. Honorius, rappelant les édits de Conslaiitin-le-Grand contre ces jeux sanglants , défendit que désormais on les célébrât dans l’empire, et l’abolition de ces plaisirs cruels fut entièrement due à la douceur du christianisme, dont la charité est un des premiers préceptes.

L’Occident respirait à peine de l’effroi que lui avait causé l’irruption d’Alaric, lorsqu’une nouvelle invasion de Barbares vint y répandre de nouveau la terreur. Un chef germain nommé Radagaise, à la tête d’une armée de Suèves, de Vandales et de Burgondes, partie des bords du Danube et de la Vistule, vint fondre tout à coup sur l’Italie : comme autrefois les Cimbres et les Teutons vaincus par Marius , ils traînaient après eux leurs femmes et feurs enfants, et celle multitude lumuUueuso, ayant franclii les Alpes Jidienues, se dirigea sur Ro-

me, que rien ne paraissait plus devoir défendre.

Le lâche Ilonorius, enfermé dans les murailles de Ravenne, n’essaya point d’arrêter cette invasion menaçante, mais Slilichon veillait au salut de l’empire ; il réunit promptement quelques légions , et marchant sans délai contre Radagaise , il délit complètement ce chef redoutable à peu de distance de Florence, ville d’Italie dont vous entendrez souvent parler dans d’autres livres. Les Barbares, dispersés par cette défaite, et fuyant devant l’épée du vainqueur, se répandirent dans les provinces voisines, et l’une de leurs bandes les plus considérables se jeta sur les Gaules, alors abandonnées des Romains, et où ils commencèrent à former des établissements. Quant à Radagaise, qui, tombé vivant entre les mains de Stilichon, avait d’abord obtenu du vainqueur la promesse que sa vie serait respectée, il eut bientôt après la tête tranchée par ordre de ce général, peu scrupuleux: sur les moyens de se défaire d un ennemi aussi redoutable.

Celle invasion des Suèves, des Vandales et des Burgondes, est un événement fort remarquable, mes enfants, et que je vous engage à ne point oublier: vous retrouverez plus tard, dans d’autres histoires, ces differents peuples dont l’inlfoducUon en France et dans plusieurs pays de l’Europe remonte précisément à la défaite de Radagaise sous les murs de Florence.

- Mais tandis que Slilichon méritait ainsi deux fois le titre de sauveur de Tltalie, les flatteurs <jui entouraient Ilonorius lui persuadèrent que ce vaillant capitaine était plus redoutable à l'empire que les Barbares cux-méincs , et l’accusèrent (l'aspirer secrètement à placer sur le trône d’Occideiil son propre fils Euchérii’s , jeune homme brave et vertueux. L'ingrat empereur, oubliant alors les services de Stilichon, abandonna ce général à ses calomniateurs, qui, l’ayant surpris dans son camp , égorgèrent la garde fidèle qui l'entourait et le firent périr lui-méme peu de jours après, en faccablanl d’outrages: son lils et toute sa famille furent enveloppés dans sa ruine.

Telle fut la fin déplorable de cet homme à qui les courtisans d’IIonorius n’avaient pu pardonner sa gloire et son origine étrangère ; mais sa mort ne tarda pas à être vengée d'une manière terrible par les Barbares mêmes qu'il avait vaincus.

Pendant que ces événements se passaient en Occident, l’empereur Arcadius avait cessé de vivre à Constantinople après un règne peu glorieux, et Alaric apprenant la mort de Stilichon, se hâta de ramener en Italie une nouvelle armée de Golhs, iinpalients de venger leur défaite de Pollence.

A leur approche le tremblant Ilonorius n’ayant plus aucun moyen de leur résister, implora la pitié d'Alaric, et lui fit, pour i^lenlir

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sa marche , des promesses ([u’il n’avait point Tinlenlion de tenir. Mais bientôt sa mauvaise foi irrita son adversaire, qui marcha sans plus larder sur Rome pour s’en emparer.

Celle capitale, mes enfants , n’avait pas vu d’ennemis à ses portes depuis le temps où les Gaulois avaient été vaincus par le dictateur Camille ; aussi je vous laisse à penser quel fut l’effroi de ses malheureux habitants à l’approche d’Alaric, dont l’armée, ravageait impitoyablement tout le pays qu’elle traversait; et, en effet, ils avaient bien raison de craindre, car ù peine Alaric fut-il devant leurs murs , que les esclaves goths qui se trouvaient dans la ville, lui en ouvrirent les ports pendant la nuit, et livrèrent ainsi la vieille Rome à toute la rage des Barbares. , ■

Ce fut alors que celte immense cité expia par des calamités sans nombre l’abus qu’elle avait fait de sa grandeur passée. Alaric, quoique naturélleraent humain, avait promis à ses soldats le pillage et la dévastation dont ils é- (aient avides, mais il leur interdit de répandre le sang, et permit aux habitants désespérés de se réfugier dans les églises pour y être à l’abri des insultes des vainqueurs. Malgré cette précaution, un grand nombre de Romains, de tout Age et de tout sexe, périrent dans ce saccagement général, ou furent réduits] à un cscla-. vage plus cruel que la niort môme.

Au .milieu do cot épouvantable désordre, un

capilninc tîolh ayant pénétré dans une maison fiour la inellre au pillage, y trouva une dame âgée à laquelle il ordonna dureinenl de lui livrer loul ce quelle possédait de ])récieux: celle flauie. sans lui répondre, le conduisit dans un endroit écarté de sa maison, où il aperçut avec surprise une immense quantité de vases d’or et (l'argent du travail le plus exquis; (( Ces vases ne sont point à moi, dit alors celle courageuse fcniiue au chef barbare; ils sont la propriété des apôtres s. Pierre et s. Paul, auxquels ils ont été consacrés: je n'ai pas la force de les défendre contre vos violences: mais si vous y touchez, c'est sur vous que relomhera le saerilége.)) En cnteudant ces paroles, l'olficicr gulh, pénétré d'une terreur religieuse, referma soigneusciuent la salle qui contenait ce trésor, et se hâtant d'informer Alaric de la rencontre qu'il avait faite; ce prince, par respect, pour le christianisme, qu'il professait, ordonna qu’à j'iuslanl inèine ces objets sacrés fussent reportés auprès du tombeau des apôtres, ün vit alors , au milieu de celle ville désolée , une longue procession de soldats barbares porter dévotement sur leur tète les vases sacrés jus- (ju'à l’église de sainl-Picrre, tandis que sur leur passage les Visigolhs et les lloinains , s’agenouillant avec humanité, confondaient en quelque sorte leurs cris de guerre et leurs cantiques religieux.

Celte apparente modération des vainqueurs

n’empécha pourtant pointla capitale d’élre livrée aux flammes , qui en consumèrent une partie; et comme si le ciel eût fait cause commune avec les ennemis pour l’anéantir, un épouvantable orage, qui éclata dans le meme moment, renversa plusieurs édifices que leur fureur avail épargnés. ’

Tout ce désastre narrêla pourtant que trois jours le terrible Alaric ; au bout de ce temps, son armée, chargée de dépouilles précieuses et traînant après elle une multitude de captifs, abandonna Rome; et le roi des Golhs se préparait à s’embarquer pour l’Afrique, où il prétendait fonder un vaste empire , lorsqu'étant tombé malade avant d’étre sorti de l’Italie, il mourut au moment où il semblait parvenu au comble de la gloire et de la puissance.

Les Goths ne jugeant pas qu’un tombeau , quelque magnifique qu’il pùt être, fût digne du plus grand capitaine de leur nation, lui creusèrent une tombe dans le lit d'une rivière dont ils détournèrent les eaux; puis lorsqu’au poussant des cris lugubres , selon la coutume de ces peuples sauvages, ils y eurent déposé son corps avec une quantité prodigieuse d’armes ol de richesses, ils laissèrent les flots reprendre leur cours naturel. La rivière où fut creusé le tombeau d’ Alaric se nomme le Büsextin, et elle baigne les murs de Gosence , petite ville de cette partie de l’Italie qui portait autrefois le nom de Grande-Grèce.

Après la mort du plus grand des rois visigoths, Ataulphe, son successeur et son beaul’rère, ayant pris pour femme PtAaniE, fille du grand théodose et sœur des empereurs Honorius et Arcadius, cessa de se montrer l’ennemi des Romains. Sous prétexté de défendre l’empire contre les barbares de Germanie , il conduisit son armée, d’abord dans les Gaules, en Espagne, que les Alains, les Suèves et les Vandales avaient envahie, mais il périt assassiné an bout de peu d’années, après avoir fondé dans cette contrée une puissante monarchie, qui ne dura pas moins de trois siècles. Sa veuve Placidie, que les meurtiers de son mari traitèrent d’abord avec inhumanité, fut ensuite renvoyée par eux à son frère Honorius, qui la reçut avec tendresse , et lui fit épouser Cov- STAUCE, habile général romain cpi’il associa u l’empire avec le litre d’Auguste.

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