PROMENADE DANS L’ANCIENNE ROME
Maintenant que je vous ai raconté l’iiistoirc de la république de Rome, et celle des principaux personnages qui l’ont tant illustrée, il faut que nous parcourions ensemble cette cité célèbre, mes pelils amis, afin que vous ayez une idée bien complète du théâtre de tant de grands événements.
Je dois vous dire, avant de nous mettre en marche, qu’il n’existe pas aujourd’hui sur toute la terre une seule ville qui renferme un aussi grand nombre de monuments de palais, de statues, de colonnes, d’arcs de triomphe, de temples magnifiques, de places publiques, que celle ancienne capitale du monde : les routes que l’on suivait pour s’y rendre des différentes provinces, étaient construites avec une si grande solidité qu’aujourd’hui même on les retrouve dans la plupart des pays de l’Europe, où elles sont désignées encore, par le nom de voies romaines. Les eaux qui abreuvaient celle grande ville, y étaient amenées d’une distance considérable par des aqueducs, c’est-à-dire par d’immenses conduits, tantôt souterrains, tantôt supportés en l’air par d’élégantes arcades ; et ses égouts même sont encore l’objet d’une véritable admiration ; tout ce qui sortait des mains de ce grand peuple portait le caractère de la duree cl de la maguiücence.
Entrons à présent dans Rome, en suivant la VOIE Appievne, la plus ancienne de ces fameuses voies romaines dont je vous parlais tout à l’heure : elle reçut ce nom d’un certaine Appius, autre que le Décemvir, quoiqu’il fût de la même famille , qui passait pour l'avoir fait construire; c’est par cette route que l'on arrivait d’Albe et de la plupart des villes du Latium. Nous remarquerons en passant le tombeau de la famille des Scipions , placé en deliors des murs de la ville, suivant une loi qui défendait qu’aucune sépulture pût avoir lieu dans l’enceinte des murs, si ce n’est pourtant celle des A’estales et des citoyens qui avaient rendu de grands services a la patrie; les tombeaux des Komains étaient ordinairement placés sur les chemins publics.
Voici la vieille muraille que fit élever autrefois le roi Servius Tullius, et la porte par où nous entrons se nomme la Pohte Capèae , parce qu’elle conduisait à Capoue. Avant d'y arriver, mous passerons sous les arcades d'un aqueduc qui distribue dans les principaux quartiers de la ville une eau excellente, que l’on appelle l’eau Appieaae, à cause de l’illustre Appius, auteur de la fameuse voie du même nom, à qui l’on attribue également la construction de ce précieux monument.
Celte vaste rue parhiitcment droite que nous voyons devant nous, c’est la voie Neuve; elle conduit directement au grand Cirque, où nous pénétrerons tout à Theure.
A droite, voci le mont Coeiiüs, sûr lequel est située la maison du roi Tullus Hostilius, et celle du. dictateur César. A notre gauche , c’est le mont Aventin, où le peuple mécontent se retira, lorsque le sage Ménénius Agrippa, par son ingénieux apologue, détermina les mutins à rentrer dans la ville.
Mais entrons dans le grand Cirque, cette vaste arène où se célébraient les combats d’animaux et des gladiateurs ; il y a eu autrefois bien du sang versé sur ce sable pour l’amusement du peuple de Rome. Ce Cirque contient quatre cent quatre-vingt cinq mille pieds d’étendue ; le plus élévé des deux obélisque égyptiens çpii le décorent n’a pas moins de cent trentedeux pieds de hauteur et il est formé d’une seule pierre.
Ici, nous ne sommes pas éloignés du mont Paiatix, où Romulus jeta les premières fondations de sa ville.
A’oilà le temple du Jupiter Stator , que ce roi lit élever en mémoire de son combat contre les Sabins, si heureusement terminé par le dévoument des Sabines. Plus loin, e’est le temple de Vesla, où les Vestales entretenaient le feu sacré; celui de la Lune, et plusieurs autres qu’il serait trop long de vous nommer ici: là, s'élèvent encore les maisons des rois Ancus Martius et Sérvius Tullius, celle du vertueux Publieola, et enfin la demeure de Cicéron, qui sauva Rome des fureurs de Catilina.
Enfin, nous arrivons au Forum, situe au pied du mont Palatin, où se sont réunis les comices, jusqu’à ce que le peuple romain étant devenu trop nombreux, ce fut au Champ de Mars que se tinrent ces grandes assemblées.
Ce tribunal que vous apercevez sur cette place, ce sont les Rostres ; il est ainsi nommé parce qu’il s’élève auprès de la colonne Rostrale, construite avec les éperons des galères prises aux Charthaginois par le consul Duilius. C’est de ce lieu que les magistrats parlaient au peuple, et ou l’appelle le plus souvent la tri- BUisE AUX iiARAKGUESÎ c’esl là quo Marc-Aiitoiiie eut la lâcheté de faire attacher la tète de Cicéron, après avoir eu la barbarie de le proscrire pendant le second triumvirat.
Non loin du Forum, on aperçoit la maison de Tarquin-le-Superbe, dont l’orgueil perdit la royauté dans Rome, et celle de Scipion-1’ Africain, ce grand homme qui mourut inconsola- Lle de l’ingratitude de ses concitoyens. Elles sont peu distantes du lieu où s’élevait autrefois la demeure de Manlius-Capitolinus, qui, après avoir sauvé sa patrie, conçut le dessein de l’asservir.
Sur le Forum même et sous le Capitole, sont les prisons que fit creuser autrefois le roi Ancus Martius, et où furent mis à mort les complices de Catilina.
Enfin, voilà le Capitole, consacré au dieu Jupiter, et commencé, comme vous vous en sou-
venez sans doute, par le dernier des Tarquins. Ce temple est ma^ifiquemeut orné de statues d’or et de marbre. Dans cette partie séparée, sont les oies sacrées qui sauvèrent Rome au temps des Gaulois, et près de ce lieu sont déposés dans un coffre de pierre les livres sibyllins.
Derrière le Capitole s’élève la Roche Tarpéienne , d’où l’on précipitait les ^ands criminels; vous n’avez point oublié, jespère, d’où lui est venu ce nom.
A ses pieds, on voit s’élever une colonne dorée, appelée Colonne Milliaire d’où partaient, comme d’un centre commun, toutes les grandes voies romaines, qui conduisaient dans les diverses provinces de l’Italie et de l’empire.
Hâtons-nous maintenant de descendre les cent marches de ce temple célèbre , sur lesquelles Tibérius Gracchus fut frappé à mort par Scipion Nasica, et traversons la voie Sacrée pour nos rendre au mont Ësquilin et au Viminal. C’est dans ces quartiers retirés que nous verrons la maison de Virgile, les jardins de Mécène , et le camp des légions chargées de la garde de la ville.
La voie Sacrée est ainsi nommée, parce que c’est dans ce lieu que Romulus et Tatius jurèrent d’étre amis et de régner ensemble. C’est là que se tient le principal marché de Rome, et que l’on apporte de tous côtés les choses nécessaires à la subsistance de l’immense po-
pulation qu’elle renfenne. Pompée et Antoine avaient leurs maisons situées sur la voie Sacré, et Jules César Phabita quelquefois.
A peu de distance du Yimiiial encore peu habité au temps d’Auguste, nous voyons le temple élevé à Quirinus, qui a fait donner le nom de Mont Qvirinal à la colline sur laquelle il est bâti ; en sortant de l’enceinte de Servius Tullius par la porte Scelerata, que le dévouement des Fabius a rendue si célèbre , nous passerons auprès des jardins d’ Agrippa, pour nous rendre au Mausolée d’Auguste, et de là au Cbamp de Mars, où s’élève le tombeau du sanguinaire Sylla.
Voilà donc cette vaste plaine où la jeunesse de Rome s’exerçait à vaincre le monde, et le Tibre que les combattants couverts de sueur traversaient à la nage.
Descendons maintenant la Voie Triomphale, c’est-à-dire celle que les triomphateurs suivaient babituellement au milieu des acclamations du peuple. Nous allons traverser le fleuve au Pont Janicule, voir sur la montagne de ce nom le tombeau de Numa Pompilius , et regagner enfin le quartier du mont Aventin , que nous connaissons déjà, en passant sur le Pont Su- BLicivs , ou de bois , que le vaillant Horatius Codés défendit seul contre l’armée de Por-
senna.
L’empereur Auguste avait divisé la ville de Rome eq quatorze régions ou quartiers di-
stincts, que ses successeurs embellirent d*une multitude de monuments de toute espèce; mais dans la promenade rapide que nous venons de faire , je n’ai dû vous faire remarquer que les édifices qui existaient du temps de ce prince, dont vous connaissez l’histoire.
FIN DU TOME PREmER.