‹ L'histoire romaine racontee aux enfantsChapitre 31 sur 33 · LA CLÉMENCE D’AUGUSTE · texte numérisé non relu

LA CLÉMENCE D’AUGUSTE

Depuis l’an 28 avant J.-C. jusqu’à l’an 15 de l’ère chrélienue.

Aussilêt qu’Octave se trouva seul maître de la république, il devint doux et affable, de sévère et cruel qu'il avait été jusqu’alors. Le litre de dictateur étant devenu odieux aux Romains depuis la mort de César , il prit celui d'EHPEUKUR, qui voulait dire général vainqueur, et dont les soldats saluaient ordinairement leur chef a])rès une victoire.

Ensuite, réunissant en lui seul tous les pou-

voirs de l’État, il se lit Souverain pontife, pour présider aux cérémonies de la religion; Censeur, pour exercer sa surveillance sur les mœurs des. sénateurs et des citoyens, et enfin Tribun du peuple, afin que sa personne fût inviolable et sacrée, comme l’était autrefois celle des magistrats populaires.

Le consulat fut la seule magistrature dont il conserva soigneusement les apparences, en désignant chaque année deux consuls, qui éxerçaient sous sa surveillance cette magistrature, dont il ne dédaigna pas de se revêtir lui-même pendant onze ans consecutifs.

. Ainsi l’empereur de Rome était à la fois le souverain pontife, le censeur, le tribun et le consul de la république, et on ne le nomma plus autrement que César-Auguste.

Dès ce moment il ne voulut avoir auprès de lui que les hommes les plus vertueux et les plus estimés de son temps, et ses plus chers amis furent Agrippa et Mécéke, que tout le monde aimait à cause de leur politesse et de leur bonté.

. Connaissant l’ ardeur insatiable que les Romains éprouvaient pour les spectacles, il ordonna qu’on leur en donnât fréquemment de nouveaux ; mais il défendit que l’on célébrât trop souvent ces combats de gladiateurs et de bêtes féroces auxquels le grand cirque était, réservé, parce qu’il avait remarqué que la vue continuelle du sang des hommes et des ani-

maux rendait les Romains impitoyables et féroce jusque dans leurs fêtes.

Lorsque vous apprendrez le latin , mes petits amis, on vous fera étudier les beaux, vers d’un poète, nommé Yirgile, qu’ Auguste prenait quelquefois plaisir à se faire lire, par ce grand homme lui-même ; ainsi que ceux d’un autre poète, appelé Horace, qu’il combla de bienfaits, à cause de ses talents et de l’amitié que lui portait Mécène.

Après tant d’années de troubles et de combats, Rome jouissait enfin d’un haut degré de prospérité ; et Auguste, ayant triomphé de tous ses ennemis, ferma le temple du dieu Janus, autrefois bâti par Numa Pompilius, et qui, comme vous savez, ne devait être fermé qu’en temps de paix.

Ce prince , parvenu au comble de la puissance, ne fut pourtant pas toujours heureux ; et en effet, il est bien rare que les hommes, quels qu’ils soient, puissent jouir d’un bonheur parfait sur la terre : il vit mourir l’un après l’autre sa sœur Octavie , qu’il aimait tendrement, son neveu Marcellvs, fils de cette princesse, jeune homme qui donnait les plus belles espérances ; et enfin il eut la douleur de survivre à ses deux excellents amis , Agiippa et Mécène, avec lesquels il passait les plus agréables moments de sa vie.

Cependant, mes enfants, les malcurs privés de l’empereur no pouvaient altérer son humeur.

alTable et sa popularité. Lorsqu’il exerçait la charge* (le consul, on le voyait sans cesse dans les rues ou sur le Forum, prêt à écouter les plaintes du moindre citoyen ; et toutes les fois qu’ il faisait célébrer des fêtes publiques, il se plaisait à se mêler à la foule afin de partager la joie du peuple, qui lui en témoignait sa reconnaissance par de bruyantes acclamations.

Quoique Auguste eût défendu qu’on fit mourir aucun de ses ennemis, et qu’au contraire il s’efforçât par ses bons procédés de les ramener à de meilleurs sentiments, un jeune romain, appelé Cinna, qui était petit-fils du grand Pompée , résolut cependant de l’assassiner , pour venger sur lui la mort de son aïeul et de son père , dont la famille de César avait causé la perte. L’ingratitude de ce jeune homme causa une vive douleur à l’empereur, qui depuis la mort de ses parents l’avait traité comme son propre fils: mais avant que Cinna eût connaissance que son complot était découvert, Auguste le fil appeler dans son appartatement et lui rappela avec tant de douceur les bienfaits dont il l’avait comblé, que le coupable se flattait déjà qu’aucun avis n’était parvenu jusqu’à l’empereur, lorsque ce prince ajoula : « Je fai fait beaucoup de bien, Cinna, et pourtant je sais que tu veux m’assassiner! )>

En entendant ces paroles, Cinna devint pâle et tremblant et s’efforça d’abord d’affirmer par les serments les plus solennels qu’il était vi-

clime d’une odieuse calomnie , espérant sans doute encore que ce mensonge, qui, au contraire, aggravait sa faute, suffirait pour dissiper les soupçons dont il était l'objet ; mais Auguste l’interrompant, lui donna des details si exacts sur le crime qu’il avait projeté, que Cinna confondu, se jeta à ses pieds en demandant gnke ; déjà môme il lui semblait voir les licteurs s’avancer avec leurs haches pour le traîner au supplice, lorsque l'empereur, persuadé que son repentir était sincère, le releva avec bonté, lui accorda un généreux pardon, et, pour témoigner qu’il ne lui conservait aucune rancune, le créa Consul pour l'année suivante. Cinna fut si touché de tant de clémence, que jamais , depuis ce temps , Auguste n’eut d'ami plus fidèle, et de serviteur plus zélé.

Cependant ce prince, voyant par cet exemple et par plusieurs autres, qu’un grand nombre de Romains supportaient encore avec impatience l’aulorilé absolue qu'il exerçait sur leur patrie, éprouva plus d’une fois la tentation de renoncer à l’empire pour se retirer à la campagne, comme Sylla l’avait ftiit avant lui. Il consulta même ses amis à ce sujet; mais quoiqu'il fût déjà avancé en âge , tous , à l'exception d’Agrippa, qui vivait encore à cette époque le détournèrent de ce dessein, convaincus que personne mieux que lui ne convenait pour maître aux Romains. Il consentit donc à rester sur le trône, et ne songea plus, jusqu’à son dernier soupir, qu’à faire prospérer la république.

Ce fut quinze ans avant la mort d'Auguslc, et sous la règne de ce prince, mes bons amis, que Notre-Seignkür Jésus-Christ naquit à Bethléem, en Judée, ainsi que vous avez pu le lire dans l’histoire du Nouveau-;Testament , et c’est de celle époque que date l’Ère chrétienne, qui commença l’an quatre mille neuf cent soixante-trois de la création du monde.

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