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MÉTHODE DES COLORANTS

Un grand nombre d’auteurs, en raison de la difficulté d'étude de ces processus normaux se sont adressés à une méthode indirecte pour étudier lélimination des matériaux de l'urine.

Ils ont observé le passage de certaines matières colorantes pouvant être brusquement insolubilisées

à l'état de précipité coloré ; ce qui permet de saisir sur le fait les phases de leur excrétion.

Nous ne sommes pas cependant en état d'affirmer la similitude des processus d’excrétion d’une matière colorante et d’une substance normale de l'urine : on ne peut comparer que des phénomènes connus et nous ne connaissons pas encore directement le mécanisme d’excrétion d’une seule de ces substances. On ne pent donc pas affirmer qu'il y a identité de phénomène ; mais ceux-ci doivent certainement être très voisins, et l’étude des uns n’est pas indifférente à la connaissance des autres. Nous serons obligés d'admettre a priori que les processus cellulaires normaux qui se passent lors de l'élimination des substances étrangères où non à l'urine sont toujours, sinon identiques, du moins dans le même sens général.

Avant toute étude de l'élimination des matières colorantes par le rein, nous devons nous poser - cependant cette question préjudicielle, Comment se comportent les matières colorantes vis-à-vis des cellules vivantes en général ?

Certaines matières colorantes colorent les cellules vivantes sans les tuer ; ce sont les matières colo: rantes vitales. Ainsi se comportent certaines couleurs d’amiline comme le bleu de méthylène, le rouge neutre, le violet de gentiane, eic., diluées dans du sérum isotonique.

On peut, lorsqu'on les emploie, soit les faire absorber par le tube digestif, soit les injecter sous

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la peau et dans les veines ; on a alors, ainsi que le dit Arnold, une coloration vitale. On peut aussi les porter en contact avec des cellules vivantes séparées de l’organisme, on aura alors une coloration postvitale (supravitale d'Arnold). Dans le premier cas, on peut bien assimiler les processus histophysiologiques de celte élimination rendue visible dans le rein, aux processus normaux de l'élimination des matériaux de l'urine ; dans le deuxième cas, la substance ne peut être employée qu’à litre de simple colorant.Les déductions à tirer dans ce cas ne doivent donc pas être appliquées de ce fait aux processus histophysiologiques d’excrétion.

R. Heïdenhaiïn fut le premier à utiliser la méthode des injections de colorants. Il injectait une solution saturée à froid de carmin d’indigo dans les veines d’un chien et sacrifiait l'animal quand l'urine prenait une coloration bleue. Une injection de chlorure de potassium en solution aqueuse saturée était ensuite pratiquée dans l'artère rénale, afin de précipiter la couleur.

Heindenhain observa la résultats suivants :

1° Les glomérules de Malpighi ne participent pas à l'élimination de l’indigo. Ils demeurent incolores sur les coupes ;

2 Les canaux contournés et la partie large de l’anse de Heule sont colorés en bleu ; c’est à travers ces formations que s'opère le passage du carmin d’indigo. Certains tubes apparaissent plus bleus que les. autres, et si l’intensité de la coloration est en

rapport avec le degré plus ou moins grand de l’activité excrétrice, il en résulte que les tubes fonctionnent indépendamment les uns des autres :

% Les canaux collecteurs et les branches descendantes de l’anse de Heule n'éliminent pas le carmin d’indigo. La lumière de ces tubes renferme l’indigo excrété par les tubes contournés mais les cellules ne sont jamais colorées en bleu.

R. Heidenhain et Neisser ont complété ces expériences en supprimant la filtration glomérulaire par diverses méthodes (section du bulbe, ligature de l’uretère). Dans ces conditions la Sltration glomérulaire ne se produit plus, et le courant liquide ne peut entraîner la couleur excrétée vers les tubes contournés. On observe alors que l’excrétion de la couleur se fait uniquement au niveau des tubes contournés. |

On a pu par ces recherches déterminer en outre la durée approximative de l’acte sécrétoire ; l'absorption de la matière colorante par la cellule dure environ dix minutes, et son excrétion se prolonge à peu près durant une heure.

Un grand nombre de travaux exécutés à l’aide, soit de la méthode de Heidenhain, soit des méthodes analogues, ont tour à tour confirmé et infirmé ces résultats. Von Wittich en 1835 confirme les résultats de Heidenhain ; Henschen et Pautinski les contredirent.

Pour eux, le colorant est excrété par le glomérule, mais est rapidement entraîné hors de la capsuie par

À. Garcin

le courant d'urine ; voilà pourquoi dans l'expérience de Heidenhain, quand il s'écoule un certain temps entre la fin de l'injection et la fixation, le glomérule paraît incolore. Il y aurait ensuite résorption au niveau des tubes, ce qui les colorerait.

Ils essayèrent de démontrer cette hypothèse, soit en faisant durer longtemps l'élimination et cela en injectant une grande quantité de colorant (Pautinski), ou bien en tuant l’animal de suite après l'injection d’une quantité relativement minime de colorant (Henschen).

Gutzner (1881), qui critique leurs résultats, fait remarquer, que si Pautinski a pu observer.dans la lumière des tubes et dans la capsule des glomérules un magma bleu, ce n’est qu’en injectant une quantité de colorant égale à la masse du sang, et qu’en ce faisant, il s’est mis dans des conditions pathologiques. Le magma bleu étant probablement formé d’albumine plus ou moins colorée, qui a filtré dans le glomérule, comme il arrive en particulier dans la néphrite dothiénentérique. Quant aux résultats d’Henschen, Gutzner n’a pu les confirmer qu’en provoquant une stase veineuse dans le rein.

Les expériences de M. Nussbauim, faites en utilisant le dispositif anatomique de la circulation dans le rein des Batraciens, ont complètement vérifié la manière de voir de Heidenhain. Cet auteur a ligaturé l'artère rénale, supprimant ainsi la circulation glomérulaire. La vascularisation du rein chez cet animal élant la suivante : l'artère rénale et ses branches irri-

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gant le glomérule, le collet cilié, le segment gréle et le segment à bâtonnets, la veine porte rénale ou veine afférente vascularisant le segment à bordure en brosse, la veine rénale efférente ne participant pas à la vascularisation de ce segment. Il a constaté, après celte ligature, que la matière colorante est tou- Jours éliminée par le rein, el en conclut que les glomérules ne jouent aucun rôle dans son excrétion. Halsey est parvenu aux mêmes résultats en employant la même méthode.

D'autre part, Gurwitch, en faisant la contre-partie de cette expérience, a vu que l'urine et les tubes contournés ne prennent jamais la coloration bleue quand on ligature la veine porte rénale, et qu’on injecte le carmin d’indigo dans le sac lymphatique dorsal.

La substance colorante est doncéliminée au niveau des tubes contournés. :

Les expériences faites avec le carmin ont conduit à des résultats analogues. Celte matière est éliminée, en partie du moins, par le tube contourné, la pièce intermédiaire et la branche large de l’anse de Ileule (Schmidt, Ribbert, Arnold). Certains auteurs ont prétendu, sans que leurs expériences soient à l'abri de tout reproche, que cette couleur passe égalèement au niveau du glomérule. (Chrzonsezewski, v. Wittich, Sobiéranski.)

Arnold, puis Regaud, Regaud et Policard ont employé une matière colorante vitale, le rouge peutre. Policard qui a étudié son élimination par la

méthode de coloration supravitale sur le rein de la vipère, vérifie la théorie de Heïdenhain. Pour lui,

l'histophysiologie de la sécrétion urinaire se résume

ainsi :

IL y a d’abord formation dans les cellules épithéliales des tubes à bordure en brosse de grains de ségrégations (qui préexistent dans les cellules). Ces grains s’élaborent dans des vacuoles spéciales au sein du milieu différencié, et fixent électivement le rouge neutre, grâce à une propriété de la nappe fluide qui les entoure et les imbibe dans la vacuole protoplasmique, où ils sont logés.

L’excrétion exocellulaire s'effectue par dialyse et non par effraction. Il ÿ a aussi alternance fonctionnelle, s’effectuant en masse de tube à tube et non de cellule à cellule.

Mais, les recherches les plus intéressantes ont élé faites avec le bleu de méthylène, dont on s’est servi en clinique pour étudier la perméabilité rénale.

Ebrlich en 1885 découvre la coloration vitale des ‘ cellules par le bleu, et s’en sert pour étudier les cellules nerveuses. Arnold à son tour l’emploie en

coloration supra-vitale ; Schulize et Galéotti étudient aussi son élimination.

Achard et Castaigne en 1900, refont avec cecolorant les expériences de Heidenhainetarrivent aux résultats contraires. D’après ces auteurs, lorsque l’on détruit expérimentalement les glomérules d’un animal à l'aide d’une intoxication saturnine, le bleu ne passe pas dans le tube urinaire ; au contraire dans la des-

NÉE D truction des tubuli par néphrite hydrargyrique, il est éliminé. Il n’y a donc pas sécrétion du bleu par les cellules des tubuli, mais filtration du leucodérivé par le glomérule, suivie d’une résorption et d’une transformation en bleu au niveau des tubuli.

Ces expériences sont très critiquables. On ne peut léser à volonté soit le glomérale, soit le canalicule urinaire. Tous les histologistes ont constaté au contraire l'étroite solidarité qui lie ces deux parties du tube urinaire. Cette hypothèse cadrant avec certaines idées générales admises en analtomo-pathologie grossière, est absolument inexacte.

Récemment, Turchini (1919) vérifie expérimentalement avec le bleu de méthylène les résullats de Heidenhaïn, et détermine le sens de la marche du colorant à travers la cellule rénale. D'ailleurs pour cet auteur, la structure de cette cellule doit à priori indiquer qu’il y a à ce niveau une sécrétion et non une résorption. La cellule rénale a en effet une structure glanduiaire. Or: « Toute cellule glandulaire est une cellule polarisée au point de vue fonctionnel, comme au point de vue cytologique. Par un de ses pôles, la cellule puise la substance à sécréter et par l’autre elle l’excrète. Les pôles ayant des fonctions différentes ont pris des caractères cytologiques spéciaux. | Les chondriocontes ou bâtonnets ergastoplasmiques président à la fonction élaboratrice de la cellule glandulaire. Ils sont orientés dans la cellule vers Île pôle absorbant. Les produits à éliminer occupent le cyloplasma du second pôle, du pôle excréteur. »

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C’est ce que nous trouvons dans le rein, où les chondriocontes occupent la région opposée à la lumière du tube, et les produits à éliminer, le cytoplasma voisin de celle-ci. Il y aurait donc élimination et non absorption à ce niveau.

Mais dans les expériences que nous venons de relater, les auteurs ne cherchaient qu’à localiser dans le rein le lieu de l'élimination du colorant sans en rechercher les processus cytologiques.

Gurwitsch, dans sa théorie des condensateurs, dit que le colorant comme les substances à éliminer, se condenserait à l’état dissous à l’intérieur de vacuoles de nature lipoïdes, qui viendraient ensuite crever dans la lumière des tubes. L'opinion de Cesa-Bianchi se rapproche de celle de Gurwitch. Turchini, qui critique leurs expériences, n’admet pas, cette théorie. Il constate que le chondriome est coloré vitalement au cours de l'élimination du bleu de méthylène et explique de la manière suivante les processus de son élimination :

Il y a d'abord fixation du bleu. dans les-espaces intertubulaires, colorant de ce fait la membrane propria de la cellule. Puis les chondriocontes et les mitochondries de la zone basale des segments à bâtonnets el des segments à bordures en brosse prennent le colorant. Celui-ci teint ensuite les grains de la zone apicale, et arrive en dernier lieu au niveau, soit de la membrane apicale du segment à bâtonnets, soit de la bordure en brosse du segment à cuticule striée et s’élimine dans la lumière du tube.

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La décoloration de la cellule se fait en allant des espaces intertubulaires à la lumière du tube; il y a donc bien élimination à ce niveau suivant le processus indiqué. Les autres segments du tube ainsi que le glomérule ne prennent aucune part à l’excrétion.

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