‹ L'homme à bonnes fortunesChapitre 47 sur 61 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MONCADE. PASQUIN

MONCADE

Ah, ah, ah, ah, ah, ah!

PASQUIN

Qu"avez-vous donc à rire?

MONCADE

Ah, ah, ah, ah î

PASQUIN

Dites-moy donc ce que c'est, afin que j'en rie aussy?

MONCADE

J'estois à l'Opéra, comme tu sçais.

PASQUIN

Vrayment oûy, vous y estiez : à qui diable en vouliez-vous .-' Parterre, Théâtre, Amphithéâtre, Loges hautes et basses, il n'y a point d'endroit où vous n'ayez esté.

MONCADE

Ne m'as-tu pas veu dans une de ces coulisses ?

PASQUIN

Vrayment oûy, je vous y ay veu, et j'ay veu l'heure que le Parterre alloit vous siffler. On ne siffle encore que les mauvais acteurs; si vous continuez, vous amènerez la mode de siffler les spectateurs — les ridicules, s'entend.

Quelles diables de contorsions faisiez-vous, tantost sur un pied, tantost sur l'autre ?

MONCADE

Je faisois des mines à une femme d'une seconde Loge que je croyois connoistre.

PASQUIN

Appelez-vous cela faire des mines? Ah! du moins je ne suis plus si fasché; je sçay à présent faire des mines. Se déhancher, secouer la teste, baiser le bout de son gant bien tendrement, cela s'appelle faire des mines, n'est-ce pas? Hé bien, respondoit-on à ces mines?

MONCADE

Si bien, que je suis monté dans la Loge où elle estoit, où je n'ay demeuré qu'un moment avec elle, à cause dun jaloux qui perçoit le Parterre pour nous venir trouver. Nous ne l'avons pas attendeu, et, d'une autre Loge où nous nous sommes mis, nous l'avons veu quereller une femme qui s'estoit mise à la place de celle avec qui j'estois ; je croy mesme qu'il luy a donné quelques coups de poing. Enfin, cela a causé une telle rumeur que l'Opéra a cessé; le Parterre et les Loges se sont tournez de leur costé. Nous n'avons point vouleu attendre la fin de l'aventure; je l'ay ramenée chez elle. Ne trouves-tu pas cela plaisant?

PASQUIN

Point du tout. De tout cela, je n'aime que les mines; je veux estudier sous vous; vous me paroissez expert en ce mestier.

A BONNKS FORTUNES.

MONCADE

Moy? Je ne suis encore qu'un escholier, je ten veux faire remarquer un à l'Opéra, devant lequel il faut mettre pavillon bas.

PASQUIN

N'en est-ce pas un, là, qui fait tousjours le doucereux, qui croit que toutes les dames sont amoureuses de luy, qui pousse des soupirs qu'on entend du fond du Parterre?

MONCADE

T'y voilà.

PASQUIN

Ah ! oûy, je le connois : c'est un homme à bonnes fortunes aussy ?

Il le dit.

Est-il riche ?

Pourquoy ?

MONCADE

PASQUIN

MONCADE

C'est que j'appelle cela avoir eu de bonnes fortunes. Ah! j'en auray aussy, par ma foy, puisque cela est si facile. J'ay envie de retourner à l'Opéra pour faire des mines. (Aux spectateurs.) N'y a-t-il personne icy qui aime les mines?

MONCADE

Tais-toy: tu es si sot...

PASQUIN

On frappe par le petit escalier.

Baron. lo

146 l"hommk

MONCADE

Qui pourroit-ce estre?

PASQUIN

Je ne sçay; verray-je?

MONCADE

Vois. A l'heure quil est, je n'attens personne.

PASQUIN

L'on demande à vous parler, et l'on demande si vous estes seul.

MONCADE

Quel homme est-ce ?

PASQUIN

Il se cache : je n'ay pu le voir.

Son nom ?

PASQUIN

Il ne veut point dire de quel part. Renvoyons-le, Monsieur, de peur d'accident. Il a mauvaise physionomie.

MONCADE

Tu dis que tu ne l'as point veu?

PASQUIN

Cela est vray; mais son air mystérieux, un certain chapeau enfoncé, un manteau qui luy entoure le nez, que diable sçay-je?...

MONCADE

C'est-à-dire que son manteau a la physionomie mauvaise. Fais-le entrer.

PASQUIN

Monsieur, on parle de voleurs : si c'en estoit un

MONCADE

Ne sommes-nous pas deux ?

PASQUIN

Nous ne sommes qu'un, tout au plus.

MONCADE

Fais ce que je te dis.

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