‹ L'homme à bonnes fortunesChapitre 59 sur 61 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LUCINDE, LEONOR, CID ALISE, ARAMINTE, MARTON, ERASTE, PASQUIN déguisé.

PASQUIN

Gare le pot au noir.

MARTON, à part.

Le beau début !

LUCINDE, bas.

Le traistre !

PASQUIN

Hé bien, mon Ange, me voilà.

MARTON

Réservez de pareilles douceurs quand vous me connoistrez mieux. Escoûtez, auparavant que de me respondre. les choses que j'ay à vous dire.

La peste ! vous me prendriez pour un grand sot ! Je vous veux faire voir si je mérite le choix que vostre cœur a fait ; car. je croy que vous ne m'envoyez pas chercher pour me dire que vous me haïssez.

MARTON

Vous ne scaurez pas aussy mes véritables sentimens. si vous n"esclaircissez par ordre le double où je suis.

PASQUIN

Allons, mon petit Cœur, ma Reyne, ne nous amusons point à la faribole. Regardez ces airs penchez, cette taille. Quand nous nous connoistrons un peu mieux, je vous feray des mines.

LucixDE. bas.

Ce n'est point là Moncade !

AR,-\.MiNTE, bas.

Non. asseurément.

PASQUIN

Qui est-ce qui dit là que je ne suis pas Moncade ? Vous en avez menty.

LEONOR, bas.

Mon frère, ce n'est pas luy.

ERASTE, bas.

Je ne sçay qu'en dire.

ciDALisE, bas.

Ce n'est pas luy.

MARTON . bas.

Madame, c'est Pasquin.

Comment donc. Pasquin ! Qu'est-ce donc que cecy, ma petite amye?

MARTON, bas.

C'est luy, Madame.

ERASTE, bas.

Un baston?

PASQUIN

Comment donc un baston ? Madame, je vous déshonorera}' !

ERASTE

Viste.

(Il le frappe.)

PASQUIN

Les voyes de fait? Encore? Au meurtre ! On m'assomme !

ERASTE

Comment ! coquin, tu te joûois de nous ?

LUCINDE

Hé bien, n'avois-je pas raison? Allez, Eraste; désabusez-vous : Moncade m'aime; et, pour se mieux mocquer de nous, il a feint de donner dans le piège. Qu'en dites-vous, Mesdames?

Je dis qu'il n'est pas estonnant qu'il en aist évité un seul en sa vie.

LUCINDE. à Cidalise.

Et vous. Madame ?

CIDALISE

Qu'il a pu se repentir...

LEONOR

Pour moy. je ne dis rien.

MARTON

Et moy, je diray tousjours que c'est un fourbe.

ERASTE

Il y a quelque chose à tout cecy que je ne comprens pas; mais, j'en seray esclaircy. Parleras-tu ?

PASQUIN

ERASTE

PASQUIN

ERASTE

Monsieur !...

Allons viste.

Monsieur !...

Je te tuëray.

Espargnez un homme à bonnes fortunes !

ERASTE

Allons, tout-à-l'heure, avoue. Que veut dire cecy?

PASQUIN

Monsieur, puisque vous le voulez...

ERASTE

Hé bien ?

PASQUIN

La curiosité d'aller en bonne fortune et la facilité que j'ay trouvée en celle-cy m'a fait entreprendre ce que vous voyez.

ERASTE

Ah, coquin ! Et comment as-tu fait?

PASQUIN

J'ay dit à mon maistre de ne se trouver au rendez-vous qu'à dix heures, et je m'y suis rendeu à neuf, à sa place.

A BONNES FORTUNES. lyS

ERASrE.

Il n'y a rien de gasté encore : il n'est que dix heures au plus. Ergaste ! (Ergaste paroist.) Retournez au Palais : vous avez pris l'un pour l'autre. Vous trouverez Moncade : amenez-le, comme vous avez fait celuy-cy.

ERGASTE

Si je le trouve, je seray icy dans un moment. (Il sort. On rapproche les flambeaux.)

ERASTE

Madame. Moncade ne sera pas si fidèle que vous vous l'imaginez.

LUCINDE

Pasquin, crois-tu qu'il vienne?

PASQUIN

Moy. Madame? Je n'en sçay rien. Mais si, de ma vie. je vais en bonne fortune...

MARTON

Elles ne réussissent pas tousjours. au moins.

PASQUIN

L'expérience ne m'en laisse pas doubter un moment. xMais. au moins, que je connoisse le frappeur qui me frappoit si distinctement; si c'est une frappeuse, elle est diablement forte.

MARTON

C'estoit moy. Je t'en devois , il y a bien long-tems.

PASQUIN

Je vous remercie de vos faveurs.

ARAMINTE

Si Moncade doit venir, nous ne serons pas long-tems à le sçavoir : le Palais n'est pas loin d'icy.

CTD ALISE.

Je serois bien faschée de ne voir point la fin de cette aventure, puisque je Tay préférée à une partie qui n'estoit pas trop désagréable.

LUCINDE

Marton. voyez là-bas si personne ne vient.

Marîon sort.;

PASQUIN

J'iray le faire haster, si vous voulez, Madame.

ERASTE

Madame, qu"il ne sorte point, s'il vous plaist.

LUCINDE

Quelqu'un vient-il enlin?

PASQUIN

Je voy bien qu'il ne viendra que trop tost.

MARTON, rentrant.

Madame, nostre homme vient de m'envoyer dire qu'il seroit icy dans un moment. Il luy fait prendre plusieurs destours, afin qu'il ne puisse rien juger sur la mesure du chemin.

Elle sort.,

LUCINDE

Allons, voilà qui est fait : me voilà guérye absolument, et je ne pense pas l'avoir conneu de ma vie.

A BONNES FORTUNES. lyS

cm ALISE.

Puisque vous voulez un aveu de moy, sçachez que j'ay bien plus de résolution que vous et que je l'ay oublié avec autant de facilité que j'en avois eu à l'aimer.

ARAMINTE

Pour moy, je n'ay pas eu l'âme si forte,

ciDALisE, à Leonor.

Mais vous, Madame, il vous aimoit.

LEONOR

Comme les autres.

PASQuiN, à Leonor.

Je vous asseure que vous estes la seule femme au monde dont je ne luy ay point ouy dire de mal.

LUCINDE

Et de moy, Pasquin ?

PASQUIN

Oh ! pour vous, il vous aime. Madame.

LUCINDE

On n'en peut pas doubter après cecy. Je m'en vais lui parler moy-mesme. Je n'auray pas de peine à changer le ton de ma voix.

ERASTE

Madame...

Laissez-moy faire, je vous prie; je veux luy parler. Mesdames, mettez-vous sur ces sièges. Eraste, retirez-vous aussy.

ERASTE

Recommandez à Pasquin de se taire.

176 l'homme

PASQUIN

Je ne veux plus dire qu'un mot. Traite-t-on tous les gens à bonnes fortunes comme je l'ay esté?

LUCINDE

Il n'est rien que ne méritast un traistre, un perfide, comme ton maistre !

PASQUIN

J'auray donc ma revanche.

MARTON, rentrant.

Madame, le voi^y.

(On esloigne encore les flambeaux.)

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