FIN
TITRE, p. 45. — L'Homme a Bonnes Fortunes. — Malgré les éditions des xvii^ et xviiie siècles, nous avons employé le pluriel, nous conformant en cela, d'abord à l'usage du tems, qui permettoit l'une et l'autre orthographe, puis au sens même du rôle.
DÉDICACE, p. 47. — Toutes les éditions, même l'originale, ont mis Lenos, Richemont, Darnly. Nous avons pu, grâce à Dangeau, rectifier les deux premiers noms; le troisième se rétablit tout seul, par l'origine du personnage. Quant aux autres, nous ignorons si l'orthographe en est bonne. Lemazurier, dans sa réimpression, écrit Marches Darnly : c'est probablement une faute de copie.
Charles de Lennox, né en 1672, étoit fils naturel de Charles II et de la fameuse Duchesse de Portsmouth. II avoit quatorze ans en 1686 et passoit pour l'un des plus jolis hommes de son tems. Après la mort de Charles (i685), il vient en France, où Louis XIV, pour récompenser les services de sa mère, lui accorde 20,000 livres de pension et érige en duché-pairie, en faveur de ce Stuart, la terre d''Anbigny, en Berry, revenue à la Couronne après avoir été donnée par Charles VII à Jean Stuart. En 167b, Charles II l'avoit
fait Duc de Richemond. Dans la guerre qui suit la révolution de 1688, il sert comme aide-de-camp du Dauphin, puis tout à coup, blessé, dit-on, de voir sa mère gaspiller sa fortune avec ses amants, il fuit en Angleterre, embrasse de nouveau l'anglicanisme qu'il avoit abjuré à Versailles, épouse la veuve de lord Bellasyse, et mène une vie de débauche et d'orgies. Sa conduite à la Chambre Haute vaut son existence privée : il y passe continuellement des whigs aux tories. En 171 3, il revient à Paris, et, l'année suivante, il reçoit deux coups d'épée sur le Pont-Neuf. A partir de ce moment, il nous échappe.
Quelle noble fierté dans cette Dédicace ! C'est la seule de l'époque que l'on puisse trouver écrite sur ce ton. On Y sent bien l'homme qui, à Louis XIV lui disant un jour : Baron, je vous retirerai jusqu'au souvenir de vi'avoir plû ! répondit : Et moi. plus puissant que Votre Majesté , je me retire jusqu'à l'espérance de lui plaire encoi'e!
P. 63. — Gloire, synonyme pompeux de bonne réputation, dlionneur. Au xviie siècle, il n'y avoit pas si mince gentilhomme qui ne parlât de sa gloire, se bornât-il à manger ses revenus — ou ceux des autres. De même pour les femmes de la Cour, qui mettoient souvent la leur à des actions peu glorieuses , comme tricher au jeu, rosser le créancier, ou ajouter au front de leurs époux autre chose qu'une gloire.
P. 66. — Grison. Vers la fin du xviie siècle, les grands seigneurs et les grandes dames, pour cacher des intrigues que pouvoient trahir les couleurs de leurs valets, firent prendre à ceux-ci, quand ils étoient chargés de messages amoureux, une espèce d'uniforme gris qui leur donna son nom. On dit même que la couleur déteignit sur les jeunes ouvrières^ grisettes , dont les gens de Cour entretenoient un grand nombre. D'autres
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attribuent l'origine de ce mot aux étoffes simples, généralement grises, qu'employoient les tilles du peuple.
P. 68. — // y a des momens où je voudrais nestre point fait comme je suis,etoiije donnerois toutes choses au monde pour estre fait comme toy. Après ces mots, les éditions du xyiii^ siècle portent une interruption de Pasquin : Je le croy. C'est une cascade qui n'est pas dans l'édition princeps et que nous avons négligée; elle n'a aucun sens.
P. 76. — Juste-au-corps ou justaucorps , vêtement serré à la taille, qui descendoit jusqu'aux genoux, analogue au surtout qu'il remplaça et à Vhabit qu'il a précédé.
P. 77. — Perruque. On la quittoit en se couchant, ou même quand on étoit chez soi.
P. 81. — Sonneray-je Madame? c'est-à-dire Sonneray-je Lucinde? Le théâtre représente évidemment une pièce qui est le débouché commun aux appartemens de Lucinde et de ses hôtes , Leonor et Moncade. Chacun de ces appartemens est muni dune sonnette, et l'on agite celle de la personne que l'on est venu voir. L'édition princeps , la seule qui ne mette point de virgule entre Sonneray-je et Madame, nous a fait découvrir la signification de la phrase, et, par suite, la véritable mise en scène.
P. 102. — Dans le billet lu successivement par Lucinde et par Moncade , avant toute la terre ensemble n'en viendrait pas à bout! les éditions du xviiie siècle portent ma gloire, ma fortune. Ces mots, qui n'ajoutent rien au sens, ne figurant pas dans l'édition originale, nous les avons exclus de la nôtre.
P. 102. — Le tems que prennent Lucinde après ma chère j — Moncade après ma chère Lucinde, — et qui
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détermine le sens général, ne peut surprendre ceux à qui les autographes du xyii^ siècle sont familiers. La ponctuation et les majuscules au commencement des phrases étoient alors moyens inusités ou dont on usoit à tort et à travers, même dans l'impression,
La signification de la lettre ne réside point uniquement dans cette différence d'arrêt. Llle doit s'accentuer, tout le long du morceau, par la différence du débit :
et j'y suis sans Lucinde me fait rester icy
dans une estrange solitude. Sur ces mots, l'œil et la voix de Lucinde seront accusateurs. Sur cette partie : Si vous ne vous charge:^ de ce soin, ma chère, — Lucinde, toute la terre ensemble n'en viendroit pas à bout. Je n'aimeray et n'adoreray que vous de ma vie. Adieu! l'indignation et la douleur doivent croître en se mêlant, et la fin de la lecture se noyera dans les sanglots.
Moncade, lui, dira, sur le ton du regret, ce que Lucinde a dit en accusatrice; et, quant au reste du billet, il faut qu'il y déploie, en l'adressant directement à sa partenaire, une intensité de passion, un tel calorique de débit {foyer en terme de coulisses) que Lucinde puisse, à la fin, souriant à travers ses larmes, lui dire, avec un abandon caressant : Ah! Moncade, Moncade, vous ave:[ bien des ennemys, ou je suis bienfoible.
Devoit-il être merveilleux le Moncade de la création, lorsqu'il jouoit cette scène, à trente-trois ans, dans la plénitude éblouissante de son génie et de sa beauté, devant les Lucindes qui remplissoient les loges et rappeloient à son orgueil tant de voluptés féeriques ! lui qui faisoit pleurer les spectateurs, par la force et Témotion qu'il employoit à déclamer le couplet du Misanthrope :
Si le Roy m'avoit donné Paris, sa grand'ville
C'étoit l'époque où on lui demandoit à genoux Vau-
viône d'un peu d'amour, et où il se passoit la fantaisie de répondre : Belle dame, j'ai mes pauvres.
Que de fois d'ailleurs il avoir joué cette scène à la ville ! C'est alors qu'il trouvoit ses mots les plus charmants. Vous ne pense:^ pas une goutte de vos larmes ! disoit-il à une Jleur de son herbier d'amour; et, les larmes continuant, il les buvoit, les dégustoit et s'écrioit : Fi! elles ne sont seulement pas salées!
P. io5. — L'isle. C'est l'Ile Saint-Louis.
P. i38. — Le cœur fait comme les manières. C'està-dire répond aux avances qu'on lui fait, phrase alambiquée que la soubrette appelle à bon droit du jargon.
P. 140. — J'ay entendeu son petit nepveu. Cette phrase ne se trouve que dans l'édition originale. Comme elle éclaircit la précédente, nous l'avons admise.
P. 142. — J'ay perdeu mon maistre a l'Opéra. Malgré diverses ordonnances royales, les laquais pénétroient dans le Parterre des théâtres, où ils s"amusoient à faire des cabales.
P. 143. — J'estois à l'Opéra. Les spectacles commençoient alors vers quatre heures, ce qui explique, dans cette pièce et d'autres, qu'on puisse revenir du théâtre avant la tombée de la nuit.
P. i43. — Parterre, Théâtre, Amphithéâtre, Loges hautes et basses, il n'y a point d'endroit où vous n'aye^ esté. Au Parterre, on étoit debout et l'on pouvoit circuler. Le Théâtre — on pourroit aisément s'y tromper — c'étoient, aux Comédies Françoise et Italienne, les banquettes placées de chaque côté de la scène; on les supprima en lySg. Il n'y en eut jamais à l'Opéra, en raison des changemens de décors, qui se faisoient tous à vue et demandoient une place nette. Moncade, qui a été au théâtre, se trouvoit simplement dans une coulisse^ ainsi d'ailleurs qu'il le dit plus loin : c'étoit un
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usage des petits-maîtres et des grands personnages qui est loin d'être tombé en désuétude. U Amphithéâtre se composoit d'une plate-forme élevée, derrière le Parterre ; il existoit dans toutes les salles. On ne le retrouve plus aujourd'hui qu'à l'Opéra de la rue Lepelletier.
II ne faut pas croire que l'incident raconté par Moncade soit une scène de fantaisie. Rien n'étoit plus commun que de pareils troubles. Baron reste même en deçà de la vérité en disant qu'on ne siffloit pas les spectateurs. Très-souvent, au contraire, il y avoit échange de grosses paroles entre la salle et les banquettes ou les balcons (avant-scènes), sans préjudice des batailles à main armée qui se livroient au milieu du Parterre.
P. 145. — (Aux spectateurs) ou plutôt (Aux spectatrices). L'acteur chargé du rôle de Pasquin devoit évidemment, à cet endroit, faire des mines aux femmes qui étoient dans la salle, et, sans doute, il ne choisissoit pas celles dont la conduite étoit notoirement à l'abri du soupçon.
P. 149. — Voule::{-vous vous résoudre à vous laisser
bander les yeux pour vous mener che:^ elle? Ergaste
ajoute, dans l'édition princeps : Permettre^-vous qu'on vous lie les mains? Nous avons omis cette dernière proposition, que le caractère de Mon c ad e ne permet point d'admettre et que l'action d'ailleurs ne justifie pas. Nous doutons fort que Baron l'ait écrite.
P. i5o. — La Cour du Palais étoit alors le champclos des entrevues galantes. Mais plusieurs détails de la pièce nous font croire que le lieu de la scène est très-proche de TOpéra. La Cour du Palais seroit donc, en ce cas, le Jardin du Palais-Royal, plus vaste encore à cette époque, attendu que, les galeries n'étant point construites, il étoit bordé par les rues de Richelieu et
des Bons-Enfans. C'étoit, comme aujourd'hui, un assez mauvais endroit, avec sa ceinture de tripots, dont la résidence du duc d'Orléans et l'Opéra formoient dignement la boucle.
P. i53. — Je Vay preste pour une Tragédie au Collège. L'usage des représentations dramatiques dans les Collèges remontoit à la Renaissance. C'est au Collège de Boncourt que Jodelle fit jouer sa Cléopdtre, en i552. Au xviii« siècle, les Jésuites avoient même un répertoire spécial. Ces amusemens n'étant qu'un accessoire des études et les budgets des Collèges n'ayant point d'article pour les dépenses de costumes, on jouoit sans appareil scénique et en habits de ville.
P. i55. — Fleur d'orange. L'eau de fleur d'orange étoit alors un parfum très-usité dans la toilette des femmes.
P. i55. — Mouche. Les femmes en mettoient beaucoup. Parmi les hommes, il n'y avoit que les petitsmaîtres qui suivissent leur exemple.
P. i55. — Escharpe. C'ètoit une sorte de mantelet pour les femmes. Les hommes ne la prenoient que comme ornement, et tous n'en portoient pas. Elle étoit ordinairement en moire ou en satin et se nouoit mollement au dessous des hanches, de manière à former des plis et des cassures. Comment faisoient les Comédiens, quand ils jouoient cette pièce et d'autres, en lySo, avec le costume Louis XV, qui ne comporte point l'écharpe ?
P. i58. — Grec, savant consommé.
P. i5g, — Rhingrave, Ringrave o\i Reingrave, sorte de haut-de-chausses large, introduit en France, vers i665, par un prince allemand.
P. iSg. — Teste bleu! foubliois le meilleur, de Veau
de fleur d'orange ! Préville^ à ce moment, versoit le contenu du flacon sur son mouchoir, qu'il tordoit ensuite sur la tête du souffleur. Ce n'étoit pas une de ses meilleures inspirations. Elle fut sifflée à bon droit, lorsque Dazincourt la reproduisit.
P. i65. — Madame n'est-elle pas partie intéressée? Ce mot à double entente est une malice de la soubrette, qui est seule à connoître l'amour de Leonor pour Moncade.
P. 171. — Je dis qii'il n'est pas estonnant quil en aist évité un seul en sa vie. On a va que Moncade donnoit toujours dans les pièges, quitte à en sortir habilement.
P. 181. — Nous n'avons point voulu altérer le texte, en y introduisant des indications de débit. Mais la sobriété du dialogue et l'indifférence ou la haine apparentes du quatuor féminin ne les rend pas superflues en notes. Ainsi, les adieux d^Araminte et de Cidalise, ces coquettes amoureuses par ton, doivent être secs, Moncade ayant blessé leur amour-propre, qui est leur seule préoccupation. Leonor, dont l'amour est vrai, qui peut croire même à celui du héros — il est de si fraîche date — et qui se voit, en tous cas, le champ libre par le mariage de son amie, dira ces mots à double sens : Pour moy,je suis contente, le plus et, à la fois, le moins durement possible. A cause du monde qui l'entoure, sa contenance doit être sévère, mais ses yeux et l'intention de sa voix lui donneront un démenti. Quant à Lucinde, c'est avec désespoir qu'elle doit fuir celui qu'elle adore toujours et jeter sa main au déplorable Eraste, à la place duquel, uue fois marié, je craindrois fort pour ma gloire.