LEONOR, MARTON, LUCINDE
LEONOR
Qu'avez-vous donc, Madame? Que vous me paroissez triste !
lucinde.
Je ne sçay, Madame ; je n'ay point dormy.
LEONOR
Les gens qui troublent vostre repos ne prennent peut-estre pas assez de soin de vous le rendre?
LUCINDE
Vous estes trop bonne, Madame, de vouloir bien prendre part à ce qui me regarde.
Je vous avoue que je voudrois vous voir plus tranquille.
Lucinde tourne la teste vers l'appartement
de Moncade.
Que vous prestez peu d'attention à ce que
A .BONNES FORTUNES. 5g
je VOUS dis ! Il faut estre autant de vos amies que j'en suis...
LUCINDE
Mais point, Madame, il me semble que je vous escoute. Et quand cela ne seroit pas, devriez-vous prendre garde à ce que je fais?
LEONOR
Si je le dois, Madame? Est-ce que je ne m'intéresse- pas à tout ce qui vous touche? Croyez-vous que je verrois avec plaisir des gens abuser de vostre bonne foy? Ne me seroit-il pas sensible de vous voir faire une injuste préférence; et ne devrois-je point m'efforcer à vous faire connoistre la différence des cœurs qui s'attachent à vous? Croyez-moy, Madame, j'en connois, et vous les connoissez comme moy, qui ne vous aiment que pour vous, qui sacriheroient...
LUCINDE
Elle tourne la teste encore.
Marton, avez-vous veu...
LEONOR
Madame, je voy bien que je vous embarrasse .
Madame, je vous demande pardon. Je vous avoue...
LEONOR
Je VOUS laisse...
LUCINDE
Hé! non, Madame.
6o l'homme