‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 1 sur 117 · PREMIER RAMEAU · texte numérisé non relu

PREMIER RAMEAU

PAMPÉEN.

Couleur : brun - olivâtre ou marron foncé. Taille moyenne, \ mètre G88 millimètres. Formes herculéennes. Front bombé. Face large y aplatie. Nez très-court, très-épaté, à narines larges, ouvertes. Bouche très-grande. Lèvres grosses, très -saillantes. Yeux horizontaux, quelquefois bridés à leur angle extérieur. Pommettes saillantes. Traits mâles et prononcés. Physionomie froide, souvent féroce.

Le rameau de la race pampéeimc auquel nous avons imposé le nom de Pampécn , parce

(6) que les Pampas ou terrains unis des parties australes de F Amérique ont été le berceau du plus grand nombre des nations qui le composent, est peut-être , de toute l'Amérique méridionale , celui qui couvre la plus grande superficie. En effet, il commence au détroit de Magellan, au 53.e degré de latitude sud , sur les terrains arides et froids de la Patagonie, s'étend sur la totalité des immenses Pampas ; et, de là, suit les plaines tempérées, chaudes et quelquefois ombragées du grand Cliaco, jusqu'aux premières collines de la province de Chiquitos , au \ 9.e degré. Ses limites sont , à l'ouest , les derniers contreforts des Andes; à l'est, la mer, du détroit de Magellan au 33.° degré; de là, les montagnes de la Banda oriental, le cours du Rio Uruguay, vers le 50.e degré, puis les rives du Parana et du Paraguay jusqu'à Chiquitos, embrassant ainsi le sol horizontal de la Patagonie , les Pampas de Buenos- Ayres , de la Banda oriental, de la Plata, de la province d'Entre-Rios et du grand Chaco; le tout équivalant à une surface d'au moins 88,000 lieues marines, surface dont la forme allongée est comme resserrée entre la race ando-péruvienne , à l'ouest, et la race brasilioguaranienne , à l'est.

(7) Les pays habités par les Pampéens sont d'une grande uniformité, quant aux accidens du terrain : partout des plaines sans horizon, où l'homme chasseur devient naturellement vagabond, n'étant arrêté, dans ses excursions, par aucun obstacle; plaines où, dès -lors, toutes les tribus se connaissent. Au sud, une aridité désolante influe sur les migrations annuelles des peuples chasseurs; dans les Pampas, moins d'aridité; mais le manque d'eau, qui contraint le gibier à changer de lieu , obligerait souvent l'homme à voyager pour le poursuivre, s'il ne le faisait par habitude. Plus au nord, dans le Chaco , encore des plaines ; mais celles-ci , inondées à la saison des pluies, sont privées d'eau pendant les sécheresses , et ces deux causes contraires obligent leurs habitans à changer fréquemment de place; aussi, quoiqu'il y ait d'assez grandes différences entre le sol uni de la Patagonie et des Pampas et celui du Chaco, dont quelques bouquets de bois viennent au moins rompre l'uniformité, l'homme s'y trouve conduit à un genre de vie à peu près analogue, qui n'est peut-être pas sans influence sur ses caractères physiques. Dans le rameau qui nous occupe, plus d'agriculteurs fixés et paisibles, comme

ceux des impénétrables et sombres forêts des collines de Chiquitos, lesquels peuvent vivre ignorés, quoique voisins les uns des autres; plus de navigateurs intrépides, comme à Moxos, où les mille méandres de nombreuses rivières et des inondations périodiques offrent à l'industrieux indigène, au sein des forêts et des plaines, des moyens de communication dont ne pourraient jouir la plupart des Pampéens, faute de matières premières pour se construire des pirogues. Le rameau pampéen , au contraire , réunit des hommes presque toujours errans, belliqueux et cruels, en qui l'on trouve plus d'uniformité de caractères physiologiques, de mœurs, de croyances religieuses, que dans toutes les autres parties de l'Amérique , ou des obstacles se sont opposés à la fréquence des communications. Comme preuve, nous allons rassembler, sous un seul point de vue, les caractères qui unissent les différentes nations dont se compose le rameau pampéen.

Ces nations, infiniment moins nombreuses que celles indiquées par les auteurs , se réduisent, pour nous, à dix, dont sept nous sont bien connues : les Patagons ou Téhuclches des parties les plus australes, les Puelches des Pampas,

les Charmas de la Banda oriental et de la province d'Entre-Rios , les Mbocobis ou Tobas , les Abiponès, les Lenguas et les Mataguayos du grand Chaco. Nous croyons y pouvoir rapporter, sans les avoir vues, les Payaguas, les Mbayas et les Guaycurus, décrits par Azara, nations que nous nous contentons de citer à la suite de celles que nous avons étudiées par nousmême. On sera peut-être étonné de n'en voir figurer ici qu'un nombre si peu élevé, tandis qu'il faudrait un volume pour transcrire les noms différens qui surchargent les cartes ou figurent dans les écrits sur le Chaco1 et les

1. Sources principales : 1.° Dans son énumération des nations du grand Chaco (Description chorographica del gran Chaco Gualamba, p. 51 ) , le père Lozano cite d'abord un très -grand nombre de nations; mais, dans les pages suivantes, il en cite beaucoup d'autres, entièrement différentes, comme 36, tirées d'un manuscrit pris dans les archives de Cordova (même ouvrage , p. 52), puis tant de tribus de chaque nation, qu'il est extrêmement difficile de s'y reconnaître. 2.° Le père Fernandez (Relation historial de los Chiquitos , 1723, p. 419) indique, dans le grand Chaco, 400 hameaux de différentes nations. 3.° Une relation insérée dans l'intéressant ouvrage de M. Arenales (Nolicias hisloricas sobre el gran pays del Chaco, p. 86) parle de 54 nations.

Pampas1; mais un travail long et pénible nous a fait acquérir la conviction que cette multitude de dénominations devait se réduire à dix. Ces recherches nous ont, en même temps, fait connaître d'où provenait cette nomenclature si compliquée , et nous croyons pouvoir l'attribuer : \ .° au mépris qu'on a toujours fait de l'étude des langues , comme moyen d'arriver à réduire les tribus en nations; 2.° à la corruption des mêmes mots qui se reproduisent avec une orthographe différente et finissent par être regardés comme désignant des nations distinctes ; 5.° au fait que ces noms changent continuellement, selon les historiens et les voyageurs, d'où cette multitude de nations prétendues éteintes , bien qu'elles existent toujours : les Espagnols donnent journellement de nouveaux noms, tenant aux lieux habités par les tribus ou aux caciques qui les commandent; puis chaque nation, chaque tribu ou même chaque famille indigène en donne aussi, dans sa langue, à chacune des autres réunions d'hommes dispersées au sein des déserts; et, comme ces tribus sont

1. Nous avons démontré, aux descriptions partielles des nations, combien Falconer avait multiplié celles des Pampas.

(M ) souvent ambulantes, leurs dénominations changent suivant les endroits qu'elles habitent, ou suivant le nouveau chef qu'elles se sont choisi. Nous ne pouvons offrir une meilleure preuve de ce que nous avançons, que celle que nous fournissent trois rapports officiels faits au viceroi de Buenos- Ayres, sur les expéditions1 des gouverneurs de Salta, du Paraguay et de Santa -Fe, qui, dirigées simultanément, en 1790, vers un même point, sur le cours du Rio Vermejo, n'en ont pas moins donné une nomenclature tout à fait différente des nations qu'elles ont rencontrées.2

1. Dans ces rapports, dont nous possédons les originaux: 1.° le gouverneur de Salta nomme les Mataguayos , les Matacos , les Chunupies , les Malvalaes et Signipies; 2.° le gouverneur du Paraguay parle des Mbocobis, des Tobas, des Pitilagas, des Lenguas, des Guaycurus, des Enimagas, des Gentusés, des Chunupies et des Filelas ; 3.° le gouverneur de Santa -Fe indique les Mabataras , les Lules, les Aquilotes, les Amulalaes , les Callagaes, les Palomos, les Torquicines : les Jsistines, les Oristines, les Frentones, les Tobas, les Mbocobis, les Toquistines , les Abiponès, les Calchaquies et les Naticas.

2. Le cours du Rio Vermejo n'est plus , depuis long-temps , habité que par les tribus des Mataguayos et des Mbocobis ou Tobas.

( 12 ) Le nombre des habitans des Pampas et du Chaco n'est pas, dans les historiens, moins exagéré que celui des nations : dans une relation que conservent les archives de Cordova *, une liste de 54 nations du Chaco offrirait un total de 1 05,250 âmes; dans une autre, également du Chaco seul et publiée par le père Lozano 9, figurent les noms de 40 nations , dont la population serait de 62,650 âmes; mais, si l'on considère que cette dernière liste donne 12,000 âmes aux Guaycurus, tandis qu'Azara3 dit positivement qu'en 1 801 il ne restait plus qu'un seul homme de cette nation, on pourra se faire une idée de la discordance des opinions sur le nombre des individus qui peuplent encore le Chaco et les Pampas. Le tableau suivant présente les chiffres auxquels nous nous sommes arrêté, d'après les approximations les plus rigoureuses.

1. Voyez p. 86 de l'ouvrage de M. Arenales, Noticias liistoricas , etc.

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