‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 101 sur 117 · Voyage dans V Amer, mérid., t. II, p. 338 (tableau · texte numérisé non relu

Voyage dans V Amer, mérid., t. II, p. 338 (tableau

Guaranis de la province CWlien, Wages# Total.

des Missions et de

Corrientes 40,355 i * 40,355

Guaranis de la province

du Paraguay ... . 26,71 5 2 * 26,715 Chiriguanos de la Bo-

livia 3,9663 15,000 18,966

Guarayos de Bolivia. . 1,000 100 1,100

Sirionos de Bolivia . . * 1,000 1,000

Guaranis du Brésil. . , 150,0004 , 150,000

1. Il est positif qu'on ne pourrait retrouver les habitans de la province des Missions où il n'existe plus aucune bourgade; mais ils n'ont pu qu'être dispersés aux environs et non pas anéantis; aussi regardons-nous encore ce chiffre comme vrai.

2. Azara, dans ce recensement, n'a pas compris tous les Guaranis, à peu près aussi nombreux, qui habitaient les villes et paroisses.

3. Nous n'avons pas non plus indiqué les Chiriguanos répartis sur les fermes et dans la ville de Santa-Cruz de la Sierra.

4. D'après les renseignemens recueillis à Lisbonne par M. Balbi, M. de Humboldt (Voyage aux régions èquinoxiales du nouveau continent, in-8.°, t. IX, p. 179, et t. XI, p. 164) porte , en 1 8 1 9, le nombre des indigènes brésiliens à 259,4 00 ; somme reproduite dans la Miscelanea hispafio-americana, t. II, p. 299. Si nous comparons ces données avec celles publiées en 1822 par Veloso de Oliveira , t. I, §.4, lequel

Abordons, enfin, la description physique des Guaranis.

Leur couleur, dont nous avons pu juger sur un très -grand nombre d'individus, tant à la frontière du Paraguay qu'en Bolivia, les distingue tout à fait des autres rameaux décrits : elle est jaunâtre, un peu rouge et très-claire ] ; c'est, en un mot, la teinte qu'on accorde

donne 800,000 Indiens sauvages et catéchisés, si nous les comparons également aux renseignemens que vient de nous communiquer M. le vicomte de Santarem, sur les notes que lui avait remises, antérieurement à ces époques, le père Damazo, conservateur de la bibliothèque royale de Rio de Janeiro, et d'après lesquelles les Brésiliens indigènes sont au nombre de 1,500,000, on trouvera si énormes les différences entre ces diverses sommes, qu'il en faudra conclure que nous n'avons encore rien de positif relativement à la population indigène du Brésil. Aussi, en donnant le chiffre de 150,000 comme Guaranis du Brésil, nous nous rapprochons davantage de la somme indiquée par M. de Humboldt, tout en étant bien certain d'être plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité; car les provinces entières de San-Paulo et du Rio grande do Sul ne sont habitées que par des Guaranis. C'étaient aussi les premiers habitans de la plus grande partie du littoral de l'océan atlantique jusqu'aux Guyanes, où ils se retrouvent encore, soit soumis, soit sauvages.

1. Oviedo , au seizième siècle, dans son Mémoire dédié à Charles V, De la Isla espanola. Barcia, Historiadores primitwos, chap. III, p. 5, dit: Color loros claros (couleur jaune -clair).

généralement aux peuples océaniens, mais moins jaune que celle-ci. Elle n'a pas non plus cet aspect brun qui caractérise les peuples des montagnes et ceux des plaines. La nuance n'est pas partout la même, et nous avons observé que la localité influe beaucoup sur son intensité : les Guaranis de Corrientes et les Chiriguanos de Bolivia ont une teinte infiniment plus foncée, parce qu'ils habitent les plaines ou des lieux découverts, tandis que les Guarayos et les Sirionos, qui vivent constamment au sein de forêts impénétrables aux rayons du soleil , ne le sont pas beaucoup plus que nombre d'hommes de nos contrées méridionales.

La taille est en général peu élevée chez les Guaranis ] : dans les provinces de Corrientes et des Missions nous avons trouvé qu'en moyenne elle s'élevait rarement à 1 mètre 62 centimètres (5 pieds); les Chiriguanos nous ont offert des proportions un peu plus grandes, chez eux pourtant il est rare de rencontrer un homme de 1 mètre 73 centimètres (5 pieds 4 pouces). Les Guarayos ont subi une modification qui tient peut-être aux conditions favorables d'existence des lieux qu'ils

1. Oviedo , De la Isla espaiîola. Barcia, Hisloriadores , chap. 111 , p. 5 , dit : La gente de esta isla es de estatura algo menov qae la de Espana. (Les habitans de cette île sont de slature un peu moindre que celle des Espagnols). Chap. X , p. 12, il dit encore : « Estos Indios de tierra ferme son de « misma estatura y color que los de las islas.* (Les Indiens de la terre ferme sont de même stature et couleur que ceux des îles.)

habitent1; aussi atteignent-ils la taille moyenne de 1 mètre 66 centimètres (5 pieds 1 )£ pouce). Les femmes sont le plus ordinairement petites, et conservent des proportions souvent au-dessous de la taille relative que nous leur voyons en Europe; leur taille moyenne est de 1 mètre 490 millimètres2; la seule tribu des Guarayos fait encore une exception à cet égard; car chez elle la taille des femmes se rapproche beaucoup de celle des hommes. Les formes du corps, chez les Guaranis, sont généralement on ne peut plus massives; la poitrine est élevée, le corps d'une venue, les épaules larges3, les hanches grosses, les membres très-replets,

1. La grande taille que M. de Humboldt {Voyage, édit. in-8.°, t. IX, p. H) a trouvée aux Caraïbes de l'Orénoque (de 5 pieds 6 pouces à 5 pieds 10 pouces), est sans doute une anomalie dans la nation, comme le croit cet illustre savant (t. III, p. 355); il faudrait admettre qu'ils se sont trouvés encore en des circonstances plus favorables , qui ont modifié la taille médiocre qui leur est propre.

2. La description que Rochefort donne (p. 351) des Caraïbes est parfaitement en rapport avec nos observations; il en est de même des relations suivantes.

Quatuor Àmerici Vesputii navigationes. Navigatio prima de moribus ac eorum vivendi modis. Saint-Dié, 1507. Hisloriade colon., p. 20. Barcia , Historiadores primitivos.

3. Rochefort , Histoire naturelle des Antilles, p. 35 1 (1 665), dit, en parlant des Caraïbes, qu'ils sont de moyenne taille, et qu'ils ont les épaules larges; caractères parfaitement en rapport avec ce que nous avons vu.

arrondis et sans muscles saillans; les mains et les pieds sont petits. Comparativement aux nations des plaines, on reconnaît de suite un Guarani à ses larges proportions. Les femmes présentent les mêmes formes; elles sont on ne peut plus massives, larges et courtes; elles ont tout ce qu'il faut pour être vigoureuses , pour résister aux travaux pénibles et pour être propres à la reproduction; leur gorge est toujours volumineuse et très-bien placée. Tels sont les caractères que nous avons trouvés chez les Guaranis des missions et parmi les Chiriguanos. Les Guarayos, au sein de leurs belles forêts humides, ont eu les leurs modifiés, sans doute, par l'influence locale, si puissante et si productive: les hommes et les femmes ont de belles proportions , presque européennes, quoiqu'un peu plus lourdes; la peau très-lisse et fine, le maintien en même temps fier et gracieux.

Les traits des Guaranis se distinguent au premier coup d'œil de ceux des nations pampéennes : leur tête est arrondie, non comprimée latéralement; leur front ne fuit pas en arrière; il est, au contraire, élevé, et son aplatissement, dans quelques-unes des tribus, tient à des causes artificielles1. La face est presque

1. Rochefort, loc. cit., p. 437, dit, en parlant des Caraïbes, le front et le nez aplatis , « mais par artifice et non pas natu- « rellement; car leurs mères les leur pressent à leur naissance, « et continuellement pendant tout le temps qu'elles allaitent.»

On trouvait encore des têtes aplaties chez les habitans de

circulaire1, le nez court, très -peu large, à narines beaucoup moins ouvertes que celles des peuples des plaines; la bouche moyenne, quoiqu'un peu saillante; les lèvres assez minces, les yeux petits , expressifs, toujours relevés à leur angle extérieur, et quelquefois comme bridés à cette partie2; le menton rond, trèscourt et n'avançant jamais jusqu'à la ligne de la bouche; les pommettes, non prononcées dans la jeunesse, saillent un peu plus dans l'âge avancé; les sourcils sont bien arqués, très-étroits, les cheveux longs, droits, gros et noirs; la barbe, chez les tribus du Paraguay et des missions, ainsi que chez les Chiriguanos, se réduit à quelques poils courts, droits et

la Guyane. Barrère, p. 239. La même coutume avait lieu chez les Omaguas des îles du Maranhan. Corografia brasilica, t. II, p. 326.

Oviedo, liv. III, chap. 5.

D'ailleurs Oviedo , au seizième siècle , disait qu'ils ont la f rente ancha ( le front large). De la Espanola. Barcia , Historiadores primitwos de Indias, chap. III , p. 5.

1, On peut voir des figures guaranies très-ressemblantes dans le beau Voyage au Brésil, par M. Debret,pl. 23 , 24, 25.

2. Rochefort , loc. cit. , p. 351 , dit des Caraïbes des Antilles : «Visage rond, ample, yeux petits, noirs, aussi « bien que les Chinois.» N'y a-t-il pas ici encore une concordance parfaite avec les Guaranis?

M. Auguste de Saint-Hilaire a aussi reconnu le caractère des yeux relevés ou bridés à leur angle extérieur. Voyage, chap. XVII.

peu nombreux seulement au menton et au-dessus de la lèvre supérieure. Nous nous sommes bien assuré que ce peu de barbe ne provient pas de la coutume de l'épilation , comme chez beaucoup des tribus sauvages, l'ayant trouvée la même chez les Guaranis soumis au christianisme, et qui ont abandonné cet usage ], général parmi la nation ; mais un fait bien curieux est cette exception remarquable qui existe chez les Guarayos , tous pourvus d'une barbe longue qui couvre la lèvre supérieure, le menton et même le côté des joues2. Cette barbe pourrait se comparer à celle des Européens, si elle n'avait un caractère constant, celui de n'être jamais frisée , et d'être même aussi droite que les cheveux. La présence d'une barbe fournie chez une tribu de cette nation presque imberbe, serait-elle

1. L'épilation avait lieu chez les Caraïbes. (Rochefort , loc. cit., p. 439) et chez les Brésiliens. Voyez Pigafetta, Voyage de Magellan en 1519, p. 18, édit. française.

Père Raymond Breton, Dictionnaire caraïbe, p. 240. Magalhanes Gandavo, p. 34, dit la même chose.

2. C'est à tort qu'on a donné une barbe touffue aux Patagons et aux Guaranis du Paraguay. Les Patagons n'en ont pas; et Azara (t. II, p. 58), qui a causé cette erreur pour les Guaranis , dit seulement : « Les hommes ont quelque- « fois un peu de barbe, et même du poil sur le corps. » Il est évident qu'il parle du peu de barbe cité par tous ses devanciers; et, quant aux poils du corps, c'est celui des parties sexuelles qui en sont toujours pourvues, lorsqu'il n'y a pas épilation.

encore la suite de l'influence locale, qui amène, comme on l'a vu, tant d'autres modifications physiques? Nous serions lente de répondre affirmativement; car il nous est bien prouvé, par les recherches que nous avons pu faire sur les lieux, que ce fait ne résulte pas du mélange de cette tribu aux races européennes , avec lesquelles elle n'a jamais eu de contact.

Nous avons pu remarquer aussi combien la position morale influe sur la physionomie des tribus d'une même nation. A.u Paraguay et à Corrientes, les Guaranis soumis , presque esclaves des colons , ont l'air triste, abattu; l'indifférence peinte sur les traits, ils ne montrent extérieurement ni passions ni vivacité dans la pensée ]. Les comparons-nous aux Guarayos libres? Nous trouvons, chez ces derniers, une figure intéressante, pleine de fierté, mais, en même temps, de douceur, et leur aspect seul suffit pour dénoter des hommes spirituels; tandis que les Sirionos et les Chiriguanos ont bien la fierté, mais non la douceur caractéristique des Guarayos. On voit, chez ces trois dernières tribus, chaque individu plein de la conscience de sa valeur personnelle, tandis que, dans les missions, l'esprit de servilité étouffe tout sentiment d'amourpropre et de dignité. Les Guarayos seuls ont une figure

1. Azara , Voyage dans l'Amérique méridionale, t. II, p. 60, représente tous les Guaranis comme ayant ce même aspect. On voit bien qu'il n'avait rencontré que des Guaranis soumis.

mâle; les autres tribus ont toujours les traits efféminés , ce qui tient probablement au manque de barbe.

La langue guaranie n'est composée que de particules ou de monosyllabes combinées avec art, pour rendre même les idées abstraites; la réunion de ces particules, diversement arrangées, forme les mots, variant autant que le besoin l'exige. Si les faits ne venaient prouver que la nation qui la parle n'a jamais été réunie en corps, quoiqu'elle occupât une surface immense, on serait tenté de croire que la langue a été le produit des mûres réflexions d'une civilisation avancée, d'un esprit d'analyse réellement extraordinaire; mais, pour ne pas sortir ici1 du cercle que nous nous sommes tracé, nous ne nous étendrons pas davantage sur les principes, suivant seulement la marche comparative adoptée pour les autres langues.

Le guarani, quoique rempli de sons prononcés du nez et de diphthongues, ce qui caractérise celte langue et la distingue facilement des autres idiomes américains, n'a que très-peu de gutturations, et peut même passer pour être assez douce. Les finales y étant presque toujours longues, elle est des plus accentuée. Les seules complications de consonnes sont un peu dures; mais elles sont si communes, qu'elles peuvent faire reconnaître immédiatement la langue à laquelle

1. On pourra voir, plus tard, notre travail spécial sur les langues américaines, dans lequel nous reproduirons les nombreux vocabulaires que nous avons recueillis.

elles appartiennent : comme mb el nd qui ont un son identique, résultant du mélange de l'une et de l'autre consonne avant de faire sentir la voyelle qui la suit. Les mots finissent presque tous par des voyelles, notamment l'a et IV; et seulement pour les infinitifs , et pour les adverbes, nous trouvons la terminaison en p ou en g, qui changent selon les cas. Nous avons dit que la langue contenait beaucoup de voyelles composées; en effet, nous y reconnaissons, à chaque phrase, des sons en an, ain, en, on1, et enfin nombre de diphthongues que nous pouvons rendre facilement en français, mais qui ont fort embarrassé les Jésuites espagnols2. Nous y voyons encore notre u, mais avec une prononciation nasale et gutturale intermédiaire entre celle de cette lettre en fiançais, et celle de IV5;

1. Cette observation a été faite par tous les missionnaires jésuites; aussi Lozano, qui était un érudit dans cette langue, ne craint-il pas de dire : «Esta lengua es sin controversa, « de las mas copiosas y élégantes que reconoce el orbe, » (Celte langue est, sans contredit, une des plus étendues et des plus élégantes du monde.) Historia de la compania de Jésus en la provincia del Paraguay, 1. 1, liv. 11 , chap. XIX, p. 259.

2. C'est précisément l'impossibilité de rendre ces sons avec les lettres espagnoles , qui , dans le Tesoro de la lengua guarani du père Antonio Ruiz, a contraint à employer celte multitude d'accens ou de signes de convention , dont on tient si peu de compte lorsqu'on cite ce vocabulaire.

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