Terres ma gel toniques, t. If, p
soit sur les rives du Rio Negro ». En jetant les yeux sur notre résumé synoptique des observations comparatives des voyageurs, on se convaincra qu'ils ont toujours rencontré des hommes de grande taille au port Désiré, au port Saint-Julien , sur les côtes de l'Océan , dans la baie Possession, au cap Grégoire (détroit de Magellan) , sur les parties non boisées étendues plus à l'ouest, et dépendant des plaines qui succèdent aux Pampas. Les Patagons se divisent en une foule de petites tribus dispersées par familles au sein des vastes terres unies du sud. De tout temps ils ont eu de fréquentes communications avec les Puelches, leurs voisins du nord; avec les Aucas, leurs voisins de l'ouest, qui ne tardèrent pas à leur procurer des chevaux , et leur ont aussi probablement appris les premiers mots espagnols, recueillis au détroit par quelques-uns des navigateurs européens 2. Leurs relations avec les Fuégiens paraissent trèsrares, tandis qu'on les a vus, à plusieurs reprises, envoyer des députations au nord jusqu'au Tandil, dans les Pampas de Buenos-Àyres. Ils semblent, au reste, préférer aux bords de la mer, qu'ils ne gagnent que très- rarement, et seulement quand la saison le
1. Voyez notre Voyage dans V Amérique méridionale, partie historique, t. II, ctr. XVIII, et ch. XX, pour des détails plus étendus sur la nation patagone.
2. On a vu pour la première fois des chevaux aux Patagons lors du retour des naufragés du Wager, compagnons infortunés de l'amiral Anson en 1740 (Wager, p. 69).
(63) leur permet, le séjour de l'intérieur des terres et le voisinage des fleuves, où ils trouvent plus de gibier ; ce en quoi ils diffèrent essentiellement des Fuégiens.
Leur nombre, d'après ce que nous avons pu savoir des chefs, ne s'élèverait guère au-dessus de 10,000 âmes, réparties sur plus de 28,000 lieues, ce qui donnerait à peu près un homme par 3 lieues de superficie. 1
Leur couleur, plus foncée que celle des Fuégiens leurs voisins, et que celle des nations du nord -est, n'est pas cuivrée, mais brun-olivâtre foncé : c'est la nuance des mulâtres et non celle qu'on a généralement assignée à la race américaine ; mais elle est d'une teinte aussi intense que celle des nations du Chaco. Les seuls Américains qui soient plus foncés que les Patagons, sont les Puelches et les Charmas ; la différence est néanmoins peu sensible.
La taille des Patagons fut bien long -temps un problème qui paraissait insoluble, et dont s'occupèrent avec une ardeur égale les écrivains anciens et modernes : les uns voulaient qu'ils fussent de petite taille; les autres en faisaient des géans. Quelques auteurs , plus sensés , supposèrent avec raison qu'il y avait confusion de nation; mais le défaut de lumières sur la géographie locale et des recherches superficielles
1. Voyez à cet égard noire Voyage dans V Amérique méridionale y partie historique, t. II, p. 97.
avaient encore laissé jusqu'ici des doutes à cet égard. Le mal venait de ce que l'on confondait les Fuégiens avec les Patagons. Les voyageurs qui n'ont vu que les Fuégiens, comme Loaysa, Chidley, Sébald de Weert, Garcia de Nodal, l'Hermite, Degennes, Beauchêne- Gouin, Frézier, Ànson, Cook, Forster et Weddel1, ne devaient parler que de petits hommes, puisqu'ils n'en avaient pas vus d'autres, et la plupart alors nièrent absolument l'existence des géans. Une autre catégorie de voyageurs aurait seule pu éclaircir la question; ceux qui , ayant vu successivement les Patagons et les Fuégiens, ont parlé des uns comme d'hommes de grande taille, et des autres comme de taille ordinaire. De ce nombre sont Alcaçoba, Drake, Sarmiento, Cavendish, Olivier de Noort, Narborough et Wood, Byron , Duclos Guyot , Bougainville , Wallis et King. Ces derniers spécifient les lieux invariablement les mêmes où ils ont rencontré des hommes différens; il eût été dès-lors possible de se convaincre qu'il y avait deux nations distinctes, et d'établir sur cette base, ainsi que nous l'avons fait , une ligne de démarcation entre les Patagons et les Fuégiens.
Si, en distinguant les nations, il nous a été facile d'expliquer la discordance entre certains voyageurs qui ont vu des naturels sur des points différens , le même mode de conciliation ne s'applique pas également
1. On peut voir la citation des ouvrages de chacun de ces navigateurs dans l'historique des nations auslrales.
bien à ceux qui, dans une même localité, ont tour à tour aperçu des colosses ou des hommes ordinaires; cependant, après avoir prouvé l'identité des géans de Pigafetta avec nos Patagons, l'exagération devient évidente; car on ne peut croire que cette nation ait dégénéré. Il est bien plus simple d'admettre qu'à mesure que le progrès des lumières nous a rapprochés de la vérité, la taille chimérique des Patagons est peu à peu rentrée dans les bornes naturelles. La preuve de ce fait résultera de la comparaison de la taille approximative donnée par les voyageurs anciens, et de celle qu'indiquent les observateurs plus modernes.
En 1520, Magellan (selon Oviedo) disait : Ils ont
de douze à treize palmes de haut.
En 1 520 , Pigafetta disait : Notre tête touchait à
peine à leur ceinture.
En 1579, Sarmiento : Colosses de trois varas
(3 mètres).
En 1592, Knivet (voyage de Cavendish) : Quinze à seize palmes de haut ; leur pied quatre fois le nôtre. En 1593, Hawkins : Géans.
En 1615, Lemaire et Schouten : Squelettes qui
firent croire à des hommes de 1 0 à 11 pieds. En 1704, Caïman : 9 à 10 pieds.
En 1764,Byron : 7 pieds (anglais) les plus grands;
6 pieds 6 pouces les petits.
En 1766, DuclosGuyot : 5 pieds 7 pouces (français) les plus petils.
il 5
En 1 767 , Bougainville : 5 pieds 8 pouces à 6 pieds
4 pouces (français).
En 1767, Wallis : 6 pieds 7 pouces (anglais) les
plus grands; 5 pieds 10 pouces les hommes de
taille ordinaire.
En 1826, King : 5 pieds 10 pouces (anglais); pour
les plus hauts, 6 pieds.
Parmi les voyageurs qui dès les temps reculés critiquèrent les relations exagérées, et ramenèrent la taille des Patagons à des appréciations raisonnables, on peut citer Drake, qui en 1578, parlant des hommes vus par Magellan , dit : Il y a des Anglais plus grands que le plus haut d'entr'eux1; et, en 1670, Narborough, judicieux observateur, qui les décrit comme ayant une taille ordinaire. Il existe parmi les auteurs modernes un autre motif de discordance, dont on a peu tenu compte , la différence des mesures locales : ainsi , en traduisant les écrivains anglais , on a conservé le pied d'Angleterre, qui, de près d'un douzième moins grand que le nôtre, augmente la taille de cette même proportion. Cette différence appréciée, les mesures de Byron se réduisent à 6 pieds 5 pouces pour les plus grands, celles de Wallis à 6 pieds , et la taille moyenne à 5 pieds 5 pouces français; enfin, celles du capitaine King, données comme taille ordinaire, à 5 pieds 5 pouces, appréciation conforme à nos observations personnelles.
1. Histoire des navigations aux Terres australes, t. I.er, p. 186.
Nous avons été (nous ne le dissimulerons pas) trompé nous -même plusieurs fois à l'aspect des Patagons : la largeur de leurs épaules, leur tête nue, la manière dont ils se drapent de la tête aux pieds avec des manteaux de peaux d'animaux sauvages, cousues ensemble, nous faisaient tellement illusion, qu'avant de les mesurer, nous les aurions pris pour des hommes d'une taille extraordinaire, tandis que l'observation directe les ramenait à Tordre commun. D'autres voyageurs n'ont -ils pu se laisser influencer par les apparences, sans chercher comme nous la vérité au moyen de mesures exactes?
En résumé, après avoir vécu huit mois au milieu des ïéhuelches, après en avoir eu sous les yeux et mesuré successivement un grand nombre , et de ceuxlà même qui venaient soit du port Saint- Julien , soil des rives du détroit de Magellan , nous n'en avons pas rencontré un seul qui dépassât un mètre quatre-vingtdouze centimètres (5 pieds 11 pouces métriques), leur taille moyenne ne s'élevant pas au-dessus d'un mètre soixante-treize centimètres (5 pieds 4 pouces). C'est, sans contredit, une belle taille; mais il y a loin de là au gigantisme1, si l'on veut bien nous passer ce mot. Les femmes sont à proportion aussi grandes et surtout aussi fortes que les hommes; leur taille moyenne s'élève à 1 mètre 620 millimètres.
1. Les Caribcs décrits par M. de Humboldt, For. , t. IX, p. 11, sont au moins aussi grands.
Les hommes sont remarquables par la largeur de leurs épaules et la proéminence de leur poitrine. Leur corps est d'une venue1, leurs membres sont bien fournis, leurs formes arrondies, leurs articulations grosses, leurs chairs fermes. On ne trouve pas chez eux ces constitutions efféminées des Indiens de certaines parties de la zone torride; ils sont, au contraire, massifs, bien que sans difformité. Presque tous ont la main et le pied petits comparativement au reste du corps, et méritent peu, sous ce rapport, le nom de Patagons. Leur coutume de s'asseoir à terre leur fait rentrer les pieds en dedans, et leur donne une démarche peu gracieuse. Les femmes offrent les mêmes formes que les hommes; mais leur taille élevée les fait paraître plus minces que ne le sont ordinairement les Américaines; elles ne sont pas mal faites, quoique leur extérieur soit peu féminin.
La tête des Patagons est grosse, leur face large, pleine, carrée, aplatie, à pommettes peu saillantes si ce n'est dans la vieillesse. Ils ont les yeux petits, noirs, vifs, horizontaux ; le nez court , épaté , large , à narines ouvertes; la bouche grande, saillante, à grosses lèvres, montrant, lorsqu'elle s'ouvre, des dents magnifiques, blanches , bien rangées et qui résistent , même dans la plus grande vieillesse; le front bombé, proéminent; le
1. Nous n'avons pas reconnu cette disproportion observée par l'expédition du Beagle entre la longueur relative du corps et les extrémités.
menton assez court, un peu saillant; le cou gros; mais (chose remarquable pour des Américains), dans leur profil le front , la bouche et même quelquefois le menlon, saillent au point, qu'en abaissant une perpendiculaire du front aux lèvres, le nez à peine viendra Feffleurer et la dépassera rarement. L'ensemble des traits est souvent difforme; leur aspect sévère, mais néanmoins doux plutôt que désagréable; d'où vient qu'on se sent disposé à se rapprocher d'eux , tandis qu'il est des hommes, moins laids peut-être, dont l'air féroce repousse invinciblement. Les jeunes gens des deux sexes ont la physionomie vive, spirituelle, quelquefois même la figure assez passable, pour des Patagons; il est difficile d'y reconnaître les sexes jusqu'à l'instant où les traits prennent les caractères saillans de l'adulte. Ils ont tous alors ce faciès pour ainsi dire uniforme, qui distingue immédiatement les nations les unes des autres. Leurs cheveux noirs, gros, longs et lisses, ne tombent jamais et blanchissent rarement; leur barbe paraît très-peu fournie, fait dont il est, au reste, très-difficile de s'assurer, par suite de l'usage qui leur est commun avec les autres nations australes, de se l'arracher, ainsi qu'une partie des sourcils.
La langue patagone, tout à fait différente pour le fond de celle des Puelches, s'en rapproche pour les formes: elle est accentuée, gutturale, comme celle-ci, mais moins saccadée et moins dure. Elle renferme peu de sons compliqués de consonnes; les seuls qui soient durs, sont jr et le y espagnol dans toute sa
gutluration; du reste, moins de consonnes terminales des mots, et seulement encore les suivantes : em, ex, es, ar, el , et, in., ip , et, ec, L'« nasal y est peu commun; le ch français n'y est pas rare; Vf et le v y manquent entièrement. On n'y trouve aucune anomalie pour les noms des parties du corps, comme on peut le voir par les trois mots suivans : Capenca, joues; Guter, yeux; Jene, oreille. Du reste, l'emploi du k est commun. Les adjectifs s'y déclinent. Le système de numération est décimal et va jusqu'à 100,000; mais, comme dans la langue puelche, les nombres 100 et 1000 sont empruntés à la langue des lncas1. La langue patagone a aussi, dans sa dureté, des rapports avec celle des Fuégiens.
Le caractère moral des Patagons est à peu près le même que celui des autres nations australes : hautains , indépendans, esclaves de leurs promesses entr'eux, serviables même et se soutenant mutuellement; ils sont, à l'égard des Chrétiens, faux, dissimulés, rancuneux, sans aucune parole, et volent par principe d'éducation ; dispositions qui viennent sans doute, comme représailles , du peu de foi des Espagnols envers les Indiens. Incapables de trahir les leurs, discrets et courageux, ils unissent à ces vertus l'astuce des pays civilisés. Bons pères, bons maris, ils laissent néanmoins peser sur leurs femmes le fardeau de presque
1. Ils ont sans aucun doute été transmis par les Araucanos dans leurs échanges réciproques.
tout le travail journalier; mais ils ne les brusquent jamais.
L'arrivée des Européens en Amérique a grandement modifié la manière de vivre des Patagons. Avant la conquête, ils voyageaient à pied, par petites familles, s'établissant dans un lieu tant qu'ils y trouvaient du gibier; puis, la contrée dégarnie, ils se transportaient ailleurs, errant ainsi sans cesse. Ils voyagent plus encore aujourd'hui, parce qu'à l'intérêt de la chasse, nécessaire à leur existence, se joint, dans leurs courses actuelles, le besoin de pâturages pour leurs chevaux; et si ces animaux leur facilitent la traversée de déserts dont ils n'osaient d'abord approcher, s'ils leur donnent les moyens de s'emparer du gibier avec moins de peine, ils résident aussi moins long-temps en des lieux plus promptement dépeuplés. Dès qu'une famille palagone a détruit tout le gibier du canton où elle s'était établie , les femmes, seules chargées du travail du ménage, s'occupent à rouler les peaux qui, soutenues sur des pieux, forment la tente (Toldo) , son humble retraite; elles empaquètent tout, tandis que les hommes réunissent les chevaux ; elles chargent leur bagage, et montent ensuite par dessus avec leurs jeunes enfans. Les hommes ne portent que leur arc, leurs flèches, aimées d'un morceau de silex, comme celles des Fuégiens; ils ont aussi leur fronde et surtout leurs bolas ] , la plus terrible
1. Pour plus de détails, voyez notre Voyage dans VJmét\ méridionale, partie historique, t. II , les chapitres XVIII et XX, où nous avons décrit tout ce qui a rapport à celte nation.
de leurs armes. Ils se rendent ainsi , à petites journées, au canton où ils doivent séjourner de nouveau. Dès qu'ils sont arrivés, les femmes reforment la tente, allument du feu; leurs maris , comme toujours , passant à dormir tout le temps qu'ils ne donnent pas à la chasse, leur occupation exclusive. Déplus les femmes, avec une patience extrême, écorchent les animaux tués, en préparent les peaux, les assouplissent, les cousent ensemble , quand elles sont petites, au moyen de tendons d'animaux, et en confectionnent ainsi principalement de grands manteaux ornés de peintures, servant d'habillement aux deux sexes, indépendamment d'autres pièces qui entourent la ceinture. C'est là d'ailleurs toute l'industrie des Patagons; jamais ils n'ont songé à se construire même un radeau. Essentiellement terrestre, le Patagon s'abaisse rarement à manger des coquillages, lorsque les circonstances lui font diriger sa chasse vers les rivages maritimes. Les hommes relèvent leurs cheveux sur la tête et les attachent avec un petit ruban de tissu ou de cuir. Ils ne laissent pas fréquemment à leur figure sa couleur naturelle ; ils se peignent en rouge et en noir, mettant le rouge sur les joues , le noir sous les yeux , quelquefois du blanc sur les sourcils. Les femmes emploient les mêmes couleurs, à l'exception du blanc; elles séparent leurs cheveux en deux parts, sur le milieu de la tête, les laissant ainsi flotter sur leurs épaules , ou en formant deux queues ornées de grelots et de verroteries; elles portent des boucles d'oreilles
(73) d'argent, larges de quelques pouces ] , et s'ornent les pieds de bracelets et de colliers en verroteries, qu'elles obtiennent par échange des autres nations, qui se les procurent dans les villes.
Le gouvernement des Patagons n'a rien de positif : les chefs qui les mènent à la guerre, sont leurs égaux en tout autre temps. Jamais ils ne se sont soumis au joug européen, et toujours ils surent au besoin défendre par les armes, la liberté dont ils jouissent encore.
Leur religion est, avec quelques modifications, celle des Puelches et des Aucas; ils redoutent plutôt qu'ils ne révèrent, leur Jchekenat-kanet , tour à tour génie du mal et génie du bien. Eprouvent-ils quelqu'indisposition ? Le génie est entré dans leur corps ; et les devins, en même temps médecins, cherchent à l'en arracher par des succions, par mille conjurations, par mille jongleries. Egarent-ils quelque chose? C'est encore le génie qu'on accuse de la perte , sans que le bien qu'il fait soit l'équivalent du mal dont il est l'auteur. Leurs devins, déguisés en femmes, lorsqu'ils ne sont pas du sexe féminin , exercent aussi les fonctions d'interprètes du génie malfaisant, lui parlent et transmettent sa réponse à l'instant où, tout exaltés, comme les anciennes pythies des Grecs, ils sont encore remplis du dieu. Les Patagons croient à une autre vie,
1. Voyez notre Voyage dans V Amérique méridionale, planches de Coutumes, n.os 4 et 5, et de Costumes, n.° 5.
où ils doivent jouir d'une félicité parfaite; de là vient, chez eux, la coutume d'enterrer, avec le défunt, ses armes, ses bijoux, et même de tuer, sur sa tombe, tous les animaux qui lui ont appartenu, afin qu'il les retrouve dans le séjour de la béatitude. Ce dernier usage oppose une barrière insurmontable à toute civilisation; car, ne conservant jamais rien de ce qu'ils ont pu amasser, ils demeurent toujours pauvres et ne sauraient assez multiplier les troupeaux pour subvenir à leur nourriture, ce qui les empêche de se fixer. Les plus superstitieux entre tous les sauvages, ils fêtent l'époque de la nubilité des femmes.
En résumé, si les Patagons doivent former une espèce séparée des autres Américains, ce n'est pas seulement en raison de la supériorité de leur taille, comme on l'a dit jusqu'à présent. Ils nous semblent simplement appartenir à un rameau d'hommes distingués par des formes massives, une taille avantageuse et des traits nullement efféminés; d'hommes propres aux plaines de l'est de l'Amérique méridionale, qui, par les Puelches, passent aux Charruas, aux Mbocobis ou aux Tobas du grand Chaco. Leurs mœurs, leurs coutumes, leur religion sont celles des Puelches, surtout, et des Aucas. Sous ces divers points de vue, toutes ces nations australes ont la plus étroite analogie. Par le langage, les Patagons n'ont rien qui les rapproche des Aucas, l'idiome de ces derniers étant très -doux et très -harmonieux, taudis que celui des Téhuelches est dur. ils paraissent, sous ce rapport,
liés aux Puelches, dont la langue, plus gutturale encore, présente beaucoup des mêmes formes. On retrouve aussi, dans la manière dont prononcent les Mbocobis et les Tobas, les sons durs de la langue patagone. Comme le montrera la description comparative, les Patagons se distinguent des Aucas par leur taille, par leurs formes, par leurs traits, différence que nous avons trouvée partout en Amérique , entre les peuples montagnards et ceux des plaines.