‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 32 sur 117 · NATION PUELCHE · texte numérisé non relu

NATION PUELCHE

Les divers ailleurs *, et même les habitans des villes ou villages voisins des lieux où vivent les Aucas et les Patagons, confondent presque toujours les Puelches avec ces deux nations australes , sous la dénomination vague de Pampas, parce qu'ils habitent les immenses plaines de ce nom, situées au sud de Buenos-Ayres. Le nom de Puelcke, que la nation se donne, lui est aussi appliqué par les Aucas; les Patagons l'appellent Yonec. C'est probablement le peuple connu sous le nom de Querendis 2 lors de la conquête de Buenos-Ayres. 5

1. Falconer (Terres magellaniques, t. II , p. 45) les confond avec les Patagons dans sa description ; et Azara ( Voyage dans VJmèr.mèrid., t. II, p. 55 et suiv.) , qui n'a vu aucune de ces nations australes, les mêle au contraire avec les Aucas. C'est à tort qu'on a presque toujours regardé le nom de Puelche comme identique avec celui de Pèhuenche, tribu des Aucas.

2. Ce mot , qui n'est ni auca ni puelche , appartient évidemment à la langue guarani, parlée aussi près de Buenos- Ayres.

3. Rui Diaz de Guzman, Hisloria argentina (écrite en (1612, imprimée (Collection de Angelis) à Ruenos-Ayres en 1835, dit, p. 9, qu'ils sont chasseurs, et p. 33, qu'ils emploient les bolas, ce qui ferait croire que ce sont bien des Puelches.

En contact au sud avec les Patagons , ils se mêlent fréquemment avec eux dans leurs courses. Passant pour avoir habité au seizième siècle les lieux occupés aujourd'hui par Buenos-Ayres , il est du moins certain que depuis plus de cent ans ils sont fixés du 39.e au 41.e degré de latitude méridionale sur les plaines situées entre le Rio Negro et le Rio Colorado, mais plus particulièrement encore sur les rives de ce dernier fleuve, à quelques degrés du bord de la mer dans l'intérieur. Ils voyagent au sud jusqu'au Rio Negro et au-delà , et vers le nord jusqu'à la Sierra de la Yentana , ne quittant ces parages que pour faire des excursions sur les terres de Buenos-Ayres ou sur celles des Aucas ; du reste, ils sont au moins aussi nomades que les Patagons , et toujours divisés en plusieurs tribus errantes, qui se réunissent soit pour attaquer, soit pour se défendre.

De tout temps les Puelches ont eu de fréquentes relations avec les Patagons et les Aucas , souvent même ils ont eu à soutenir des guerres cruelles contre ces nations; par suite, leur nombre, d'abord de quelques milliers, était déjà considérablement diminué, lorsque, vers la fin du siècle dernier, les funestes effets de la petite vérole le réduisirent au quart; et décimés encore parles attaques journalières des Aucas, ils ne comptent plus aujourd'hui que cinq à six cents âmes1, sous les

1. En 1535, selon Schmidcl, loc. cit., p. 9, ils étaient an nombre de 3,000.

ordres de* plusieurs caciques. Tout porte à croire que la nation entière sera détruite d'ici à un siècle, ou tout au moins qu'elle se fondra dans celle des Araucanos.

La peau des Puelches , de la même teinte que celle des Patagons, est peut-être un peu plus foncée; leur couleur est aussi plutôt brun-olivâtre que cuivrée.

Leur taille est moins élevée que celle des Patagons ; leur stature moyenne au moins de 1 mètre 70 centimètres (5 pieds 3 pouces). Peu d'hommes sont audessous de 1 mètre 62 centimètres (5 pieds), tandis que quelques-uns atteignent 1 mètre 75 à 80 centimètres (S pieds 5 ou 6 pouces), et même plus. Les femmes sont presqu' aussi grandes que les hommes, et nous croyons, d'après nos mesures, que leur taille moyenne s'élève à 1 mètre 620 millimètres.

Les Puelches peuvent rivaliser avec les Patagons pour la corpulence , la largeur des épaules et la force des membres. Ils leur ressemblent tellement qu'on pourrait les regarder comme des Patagons plus petits , parlant une langue différente; même figure large et sévère, même bouche saillante, très -grande, à grosses lèvres et renfermant des dents magnifiques; mêmes yeux petits, horizontaux; même nez épaté, à narines ouvertes; mêmes cheveux noirs, lisses et longs; même barbe, qu'ils arrachent également. Les pommettes seules sont un peu plus saillantes que chez les Patagons et annoncent la transition aux Mbocobis et aux Charruas. Les femmes participent aux traits et à la force des

hommes, et n'ont que dans l'extrême jeunesse la figure de leur sexe; sous ce rapport, elles ressemblent aussi beaucoup aux Patagones.

On se fera une idée plus exacte de la tête osseuse des Puelches par l'inspection de la planche 1 , fig. 1 , où nous en avons représenté une. On trouvera sans doule que, sauf la saillie des os maxillaires, ce crâne diffère peu de ceux des autres nations de l'ancien monde.

La langue puelche ne se rapproche de la langue patagone qu'en ce que cette dernière a de dureté; mais elle en est tout à fait distincte par le fond; gutturale , saccadée et rude, au point qu'en nous servant des lettres espagnoles , nous n'avons pas encore trouvé les moyens d'écrire certains mots. Employant souvent le k, et remplie de sons composés que forment les consonnes tz et mz , elle est fortement accentuée. Ce qui la rend plus dure encore, c'est que la moitié des mots sont terminés par les consonnes at, ex, ec , l, am, ig, s, ep , eq, c/iet tz, Le y espagnol s'emploie fréquemment; mais il est encore une articulation plus forte, celle du tr, prononcée du fond du gosier. Vu nasal est peu commun, ainsi que les diphthongues , comme ain; le ck français y est d'un fréquent usage; le son de 1'/ tout à fait inconnu. On y remarque une anomalie dans les noms des parties du corps, qui commencent tous par un j; comme Yacalêré , joues; Yatitco , yeux; Yaxyexhè, oreille; mais nous croyons devoir attribuer cette singularité à la contraction du pronom possessif, qui entre dans le composé de ces

(80) noms. Les adjectifs ne changent pas au masculin et au féminin. Le système de numération est étendu, il va jusqu'à 100,000; mais tous les nombres audessus de 99 sont empruntés à la langue des lncas. l

Le caractère des Puelches est identiquement celui des Patagons : même dissimulation, même fierté, mêmes idées d'indépendance.

Leurs mœurs sont aussi semblables : toujours en voyage, comme les Patagons, les Puelches sont ambulans et grands chasseurs ; ils possèdent maintenant beaucoup de chevaux, et se retirent sous des tentes de peaux d'animaux, qu'ils transportent partout avec eux, armés également de l'arc, de la flèche et des bolas2; ils sont tout aussi peu avancés pour l'industrie, quoiqu'ils commencent à savoir tisser. Même costume, bien que souvent mêlé à celui des Aucas;

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