Loc. cit., p
en se changeant en Gabiais et en Caïmans, Un homme et une femme seuls montèrent sur un arbre pour fuir le danger et voir couler les flots de feu ; une flamme leur brûla le visage et ils furent changés en singes.
En résumant les faits connus, on voit combien il y a de rapports entre les Tobas et Mbocobis et les Charmas, tant pour les mœurs, pour les coutumes, pour les traits, que pour le langage; il y a surtout entr'eux un trait de conformité qui ne se retrouve que parmi les nations du grand Chaco et parmi les Charmas, c'est le tatouage. Nous avons lieu de nous étonner de le voir seulement chez ceux des Américains qui vivent à l'est des Andes, tandis que, si, comme l'ont pensé quelques auteurs , les nations américaines descendaient des peuples océaniens, chez lesquels cette coutume est si commune, elle devrait, tout au moins, se montrer à l'ouest de cette chaîne au milieu des nations de couleur jaunâtre, et non chez les plus foncés des indigènes du nouveau monde.
Les Tobas, suivant nous, appartiennent évidemment au rameau des plaines , servant de passage aux Puelches par les Charmas, mais commençant à s'en éloigner par quelques-unes de leurs coutumes plus pacifiques , et par un commencement de culture. Au reste, ils diffèrent complètement du rameau guarani , établissant déjà certains rapports avec les Chiquitos.
NATION MATAGUAYA.
Celte nation , comme toutes celles du Chaco, se divise en plusieurs tribus, que leurs noms différons avaient toujours fait considérer comme des nations distinctes, quoiqu'elles parlassent absolument la même langue. Ces tribus sont : 1 .° les Mataguayos l , vivant entre le Pilcomayo et le Yermejo , subdivisés en Chanès 2 (peut-être les mêmes que les Guanas^); en Vilelas ou
1. Un vocabulaire manuscrit de la langue mataguaya, écrit par les religieux des anciennes missions de la frontière orientale de Tarija et que nous possédons, porte en tête que les Matacos et les Bejolos parlent la même langue.
2. Padre Lozano, Descripcion chorographica del gran Chaco, p. 294 , p. 55.
3. Azara ( Voyage dans VJmêr. mèrid. , t. II, p. 85) cite les Chanès comme synonyme des Guanas. Il paraîtrait alors , si c'est , comme nous le croyons , la même nation que celle des Mataguayos , qu'elle serait venue en 1526 (voyez Barcia , Historiadores de las Indias , Comentarios de Alvar de Nuiîes Cabeza de Baca, p. 43) du pied des Andes, avec Alexo Garcia, et qu'elle se serait fixée non loin de la rivière du Paraguay; ce qui , au reste , expliquerait parfaitement la route de cet intrépide aventurier, et jetterait un assez grand jour sur les lieux visités par lui.
Féielas1 , et, enfin, en Yoes ; 2.° les Matacos du sud du Rio Vermejo, qui se divisent en Bejosos2, Chunipis ou Chumipis* et OcolesA Ce ne sont pas néanmoins les seules dénominations de cette nation; elle s'en donne d'autres dans sa langue; par exemple, les Mataguayos s'appellent Taglélé au singulier et Tagléléys au pluriel5; les Matacos, Anal (singulier) et Analèys (pluriel); les Bejosos, Tatko (singulier) et Tationes ( pluriel ) ; et , en lisant avec attention le père Lozano , ce que nous n'avons pu faire sans nous armer de beaucoup de patience , nous nous sommes convaincu que ses Mataguayos , divisés en Coronados et en Curumatas 6 ; ses Tentas 1 , peut-être les Jaunies ou Tayinuis^, dont les noms ont du rapport avec ceux que se donnent
1. Padre Lozano, toc. cit., p. 89 et 399 , et Azara, t. II, p. 167.
2. Ces deux noms sont employés aujourd'hui par les habitans de Salta et de Tarija.