Voy. dans V Amer, mer., t. Il, p
guerriers, ce qui pourrait le porter à 6,000 âmes au moins; celui des Tobas à 500 guerriers, ce qui supposerait environ 1,500 âmes; celui des Pitilagas, à 200 guerriers (ou 600 âmes); les Aguilots à 100 guerriers (300 âmes), et enfin les Machicuys à 1,200 guerriers ou 3,600 âmes, ce qui ferait un total de 12,000, pour ceux que connaissait Azara. Si Ton songe ensuite que les Tobas des Cordillères font la guerre aux Chiriguanos, qui ont à leur disposition quelques milliers de combatlans, on devra penser qu'ils ne sont pas inférieurs en nombre aux Mbocobis; et pour peu qu'on y ajoute toutes les petites hordes disséminées dans le Chaco, l'on pourra, sans s'éloigner de la vérité, supposer que la nation entière se compose au moins de 1 4,000 individus encore indépendans. T
La couleur des Tobas et Mbocobis, bronzée, ou plutôt brun- olivâtre, moins foncée que celle des Charmas, n'est pas jaune comme celle des Guaranis; se rapprochant beaucoup de la teinte des Puelches, elle est plus foncée que parmi les nations du rameau chiquitéen.
Les Tobas que nous avons vus près de Corrientes sont d'une assez haute stature; on en trouve fréquemment de 1 mètre 73 à 76 centimètres (5 pieds 4 à 5 pouces), et leur taille moyenne paraît approcher de 1 mètre 68 centimètres (5 pieds 2 pouces). Celle des
1. Le père Lozano, loc. cit., dit, p. 77, que cette nation forme 43 villages distincts.
femmes est presque semblable, ou du moins dans de belles proportions relatives (1 mètre 590 millimètres).
La forme générale des Tobas les rapproche des Charmas. Ils sont robustes , ont les jambes grosses , les épaules larges, la poitrine saillante, le corps peu svelte. Les femmes participent à leur extérieur : on ne peut plus fortes, elles sont larges des hanches et de la poitrine; leur ceinture est peu marquée; leurs seins ne sont pas trop volumineux, et surtout sont très-bien placés; mais c'est pour peu de temps, par suite de leur coutume de les aplatir et de se les allonger, de manière à pouvoir, en marche même, allaiter leurs enfans , qu'elles portent derrière le dos ] . Nous n'avons jamais vu d'obésité parmi les Tobas. Leur démarche est peu gracieuse.
Leurs traits ont aussi beaucoup de rapports avec ceux des Charruas ; leur tête est grosse , leur face large sans être pleine, leur front saillant, leur nez élargi par des narines ouvertes; leurs pommettes sont prononcées dans l'âge adulte', ils ont la bouche grande, les dents magnifiques; les oreilles petites; les yeux petits, horizontaux, semblent quelquefois bridés au côté externe , ce qui les ferait croire un peu inclinés vers le haut. Les sourcils (chez ceux qui ne s'épilent pas) sont peu larges, noirs et arqués; leur barbe est trèsrare et ils se l'arrachent; leurs cheveux se rapportent à
1 . Voyez notre Voyage dans l'Amérique méridionale , partie historique, t. I.er, eh. X , p. 305.
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ceux de tous les autres Américains. L'ensemble des traits est des plus sérieux, et s'accorde parfaitement avec la taciturnité des hommes. Quelques jeunes femmes ont un sourire gracieux et une figure intéressante; mais, le plus souvent, dès qu'elles ont atteint vingt-cinq ans, leurs traits changent, leurs pommettes deviennent saillantes , et les deux sexes sont alors d'une laideur repoussante.
Leur langue, des plus facile à reconnaître par la multiplicité de ses terminaisons en ic , ec, ac , oc, ap et et, est excessivement saccadée et dure; d'autres sons, plus compliqués de consonnes, ceux, par exemple, de nd, de mb , de la double nn (la première de ces deux dernières lettres prononcée comme si elle était seule ) , lui donnent aussi un caractère tout particulier. La gutturation en est aussi extrêmement forte, extrêmement dure; mais ce n'est pas ley espagnol, c'est IV qui y est grasseyée et tirée de la gorge. Le ch français et espagnol lui manquent , ainsi que les sons des lettres b, f, œ. Quoique cette langue soit privée d'euphonie, au moins autant que celle des Puelches, elle est encore plus saccadée, et en diffère de tous points; mais elle présente une analogie de sons remarquable avec les autres langues du Chaco. La voix est constamment rauque chez les deux sexes.
Leur caractère est aussi fier, aussi indépendant que celui des autres nations des plaines; il est de plus insouciant, et tout chez eux annonce une indolence qui ne cesse que lorsqu'il s'agit de chasse ou de guerre.
Taciturnes autant que possible, ils ne rient presque jamais. Loin d'être méchans envers leurs femmes, ils les traitent même souvent avec beaucoup de douceur. Jamais on n'a pu réussir à les maintenir sous la tutelle des religieux.
Les mœurs des Tobas sont singulières; ils sont à la fois, par circonstance, errans et vagabonds, ou sédentaires et alors agriculteurs; pasteurs depuis la conquête, ils furent toujours chasseurs et guerriers. On voit dès-lors qu'ils servent de transition aux autres nations septentrionales. Les habitudes ne sont pas identiques dans les diverses tribus; mais elles ont partout un fond de ressemblance. Le Toba se fixe volontiers au bord des rivières, où il soigne ses troupeaux et sème le maïs, les patates douces, le mani, le manioc; se contentant, le plus souvent, de faire un trou dans la terre , lorsqu'elle est dégagée des bois qui la couvraient; mais, si la récolte vient à manquer, si les troupeaux ont été volés par d'autres nations, la moitié et plus des hommes laissent leurs femmes pendant une quinzaine, vont où ils comptent rencontrer du gibier, y chassent continuellement et boucanent ce qu'ils tuent chaque jour, tant avec leurs flèches armées de bois dur, qu'avec les bolas, qu'ils manient à cheval. Lorsqu'ils ont fait leur provision, ils reviennent à leurs cabanes, où ils se reposent jusqu'à ce que la nécessité les force à retourner à la chasse; tandis que ceux qui d'abord étaient restés, partent pour le même objet. Leurs cabanes , ordi-
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nairement communes, sont dirigées est et ouest, et fermées du côté du sud; ouvertes aux deux bouts, elles forment de longues files, dont chaque famille possède une partie marquée extérieurement d'un seul côté par une ouverture latérale. Couchés sur des espèces de lits de camp, élevés de terre de quelques pieds, les couples ne se servent pas de hamacs. Au toit sont suspendus l'arc, la flèche, la lance et la massue du chef de la famille, ou les instrumens de pêche. En voyage, ils marchent sur une seule ligne, les vieillards en avant, les femmes les dernières; cellesci portent leur bagage et leurs enfans. Dans tous les endroits où les Tobas s'arrêtent, ils se font provisoirement de petites tentes qu'ils couvrent de paille ; mais ils construisent des cabanes aussitôt qu'ils peuvent se fixer dans un lieu. Les Mbocobis ont maintenant des villages , et sont d'autant plus forts , qu'ils sont unis en plus grandes familles. Essentiellement chasseurs, ils sont en même temps guerriers; et, depuis la conquête, ils n'ont cessé que par intervalles de combattre les Espagnols et les nations voisines. Comme pour tous les Indiens, la surprise est leur seule tactique militaire. Leur mariage n'est qu'une affaire de convenance entre les parties intéressées et les familles. Ils ont souvent plusieurs femmes.
Leur industrie commence à faire plus de progrès que celle de quelques-unes des nations dont nous avons parlé; ils fabriquent leurs armes, sans avoir jamais conçu la pensée de se creuser des pirogues
pour naviguer sur les fleuves. Leurs femmes tissent, avec des métiers formés de deux barres de bois fixées à terre, la laine de leurs brebis, et le coton qu'ils obtiennent des autres Indiens; elles teignent leurs fils de couleurs vives, rouges et jaunes; elles fabriquent de la poterie grossière , et font des cordes très-longues et très-fortes avec des feuilles de Bromelia. Les deux sexes sèment et cultivent la terre ou élèvent leurs bestiaux; les hommes seuls chassent et pèchent. Ils commercent surtout en pelleteries, qui leur servent aussi de vêlement.
Leur costume est fort simple : hommes et femmes laissent tomber leurs cheveux sur les épaules, en les divisant seulement vers la ligne médiane, d'avant en arrière; ils portent une pièce de tissu roulée autour des hanches , et se couvrent d'un manteau de tissu , ou plus souvent encore d'une grande pièce de pelleterie , ornée de dessins du côté opposé aux poils , de même que celles des Patagons; comme ceux-ci, ils se drapent à l'antique. Les femmes s'ornent le cou et les bras de perles de verre et de petites coquilles. Azara dit que les Tobas portent la barbote; mais ceux que nous avons vus, ainsi que les Mbocobis, doivent avoir perdu cette coutume, car ils n'ont aucune ouverture aux lèvres.
Leur gouvernement est analogue à celui des Charmas : ils ont un conseil composé des vieillards; et chaque tribu se choisit un cacique qui la dirige à la guerre, tout en étant plutôt conseiller que chef.
Leurs croyances religieuses sont très -bornées; ils ont cependant l'idée d'une autre vie, puisqu'ils enterrent avec les morts tout ce qui leur a appartenu. Selon le père Guevara 1 , l'âme monte au ciel par l'arbre Llagdigua, qui unit la terre aux cieux. Leurs médecins pratiquent aussi des succions, des sortilèges; et, comme chez les Charruas, les femmes des Tobas proprement dits, à l'époque de leur nubilité, se tatouent, avec des raies noires, le haut du nez, les tempes, les joues; opération que les Mbocobis font au milieu de la poitrine. Le père Guevara 2 dit qu'ils reconnaissaient un dieu créateur , nommé GdoapidoU gâté. On peut croire, d'après le même auteur 3 ? que les Mbocobis ont, ainsi que les Patagons, un système de constellation compliqué, qui se mêle à leur histoire fabuleuse. La croix du sud est une autruche (Jmnic), les étoiles qui l'entourent (Jpiogo) sont des chiens qui la poursuivent; toutes les autres planètes sont, les unes des pénélopes (Bagada) , les autres des tatous (Natumnac), des perdrix (IVazalo). La lune (Adago) est un homme, le soleil (Gdazoa) est sa compagne. Ce dernier tomba du ciel, un Mbocobi le releva et le plaça où il est; mais il tomba une seconde fois et incendia toutes les forêts. Les Mbocobis se sauvèrent
1. Historia del Paraguay, p. 32 (Collection de obras y documentes ).