‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 44 sur 117 · Lozano, p. 51 et · texte numérisé non relu

Lozano, p. 51 et

2. On peut en acquérir la preuve en jetant les yeux sur les cartes françaises, anglaises, espagnoles, où se trouvent une foule de noms plus ou moins estropiés par les copies inexactes qui s'en font journellement.

3. Charlevoix, Histoire du Paraguay, t. II, p. 170, parle aussi des Mataguavos.

( 107 ) A l'ouest , ils sont bornés par les derniers contreforts des Andes de Salta et du Tucuman; et à l'est, ils pénètrent dans l'intérieur du continent, sur les rives du Vermejo , qu'ils habitent jusqu'à l'ancienne mission de Cangayé1, à peu près vers le 64.e degré de longitude occidentale de Paris, la tribu des Mataguayos restant continuellement au nord, tandis que les Chunupis ne franchissent jamais le sud du Vermejo. Les nations avec lesquelles ils se trouvent en contact sont : au septentrion, les Chiriguanos, tribu des Guaranis, et les Tobas, des rives du Rio Pilcomayo; à l'est et au sud, encore les Tobas et les Mbocobis, qui, pour ainsi dire, les entourent; à l'ouest, ils avaient, avant la conquête, les Quichuas ou Incas du Tucuman, remplacés aujourd'hui par des établissemens espagnols. Cette nation , comme celle des Tobas , paraît ne se plaire qu'au sein des plaines et rechercher les rivages des grands cours d'eau qui favorisent son genre de vie. Là, les Mataguayos se fixent souvent sur des

1. Toutes les relations sont unanimes sur ce fait; ainsi, depuis le commencement du siècle dernier jusqu'à nos jours , ces deux tribus des Chunupis et des Mataguayos n'ont pas changé d'habitation. Voyez: 1.° la Relation de l'expédition de Filiberto Mena, en 1764 (Arenales, loc. cit., p. 96); 2.° celle du gouverneur Matorras, en 1774 (même ouvrage, p. 182 et 183); 3.° celle du colonel Cornejo, en 1790 (même ouvrage, p. 201, 209 et 217); et enfin, 4.° la Relation de Soria,en 1826 (p. 253).

tertres1 un peu plus élevés que les plaines environnantes inondées au temps des pluies : ils s'y réunissent en petits villages, qu'ils n'abandonnent qu'en partie pour aller chasser aux environs, ou lorsque leurs guerres de tribu à tribu les forcent à déserter leur demeure. Ceux du nord du Vermejo ou Mataguayos sont continuellement en mésintelligence avec les Chunupis de la rive opposée, et pour eux la rivière est une borne que respectivement ils n'ont pas franchie depuis des siècles.

En relisant tout ce qu'on a écrit sur le Chaco, nous sommes arrivé à croire que la nation entière des Mataguayos pouvait être évaluée à 6,000 âmes2, chiffre que nous a donné un habitant de Tarija, qui pendant long-temps a vécu chez elle.

Leur couleur sépia foncée est identique à celle des Tobas et Mbocobis.

1. Le père Lozano, p. 77, les dit sédentaires, sous le nom de Mataguayos , tandis qu'il les indique ensuite comme vagabonds (p. 174). Il parle également des Mataguayos voyageurs , ce qui semblerait annoncer que si les uns sont ambulans, les autres sont fixes.

2. Le père Lozano , dans une note empruntée aux archives de Cordova, dit (p. 52) que les Mataguayos sont au nombre de 2,000; plus loin (p. 76) il dit, d'après le padre Techo, liv. VIII , ch. XV, que , sous le nom de Taunies, ils sont divisés en 188 villages; tandis que les ïeutas le sont en 46, les Mataguayos en 55; et, enfin (p. 109), il assure que 2,000 d'enlr'eux furent baptisés en 1589.

Leur taille est aussi très-voisine cle celle des Tobas; il paraîtrait même qu'il se trouve chez eux de trèsbeaux hommes 1 ; néanmoins nous n'en avons pas vu de plus de 1 mètre 72 centimètres (5 pieds 4 pouces), et nous croyons leur taille moyenne de 1 mètre 67 centimètres, un peu moins de 5 pieds 2 pouces.

On peut dire de leurs formes , comme de leur couleur, qu'elles ressemblent en tout à celles des Tobas. Bien musclés, larges des épaules, les Mataguayos son! généralement très-robustes; leurs traits sont aussi peu différens; néanmoins on remarque, chez eux, plus de gaîté, un air plus ouvert, moins de fierté dans le regard.

Quoiqu'il n'y ait pas, dans la langue malaguaya 2, de mots semblables, ou se rapprochant des mots tobas, on y reconnaît néanmoins une certaine analogie de sons et de prononciation ; car cette langue a , comme celle des Tobas, beaucoup de finales dures en ic , ec , oc, ac; en ag, eg, ig, at, et, etc. Elle a bien aussi des sons composés de consonnes , comme ceux de zl , dlj gt; mais elle n'a pas ceux de mb et de nd des

1. Le père Lozano (p. 54), en disant qu'ils sont trèsgrands, annonce qu'on en a vu même de deux varas et demi, ce qui équivaut à près de sept pieds français. Cette taille est, sans aucun doute , exagérée.

2. Nous possédons de cette langue un vocabulaire manuscrit assez étendu , recueilli , dans le courant du siècle dernier, par des missionnaires de Tarija.

Tobas; le y s'y présente très -souvent avec toute sa gutturation espagnole. 11 n'y manque aucune lettre. Le singulier et le pluriel y sont différens. Le système de numération ne va que jusqu'à cinq.

Leur caractère a beaucoup de rapport avec celui des Tobas; cependant on remarque, chez les Mataguayos, plus de gaîté, de franchise, d'aménité, moins de fierté, beaucoup plus de dispositions à converser; aussi en a-t-on réuni en missions à plusieurs reprises; mais leur inconstance ne leur a permis de se maintenir que peu de temps sous ce régime.

Les Mataguayos ont fait un peu plus de progrès que les Tobas dans la civilisation. Errans jadis, ils sont aujourd'hui sédentaires, agriculteurs, pasteurs et chasseurs tout à la fois , fixés près des cours d'eau , où ils se construisent des cabanes que plusieurs familles habitent ensemble, élevant leurs troupeaux de chevaux , de vaches , de moutons. Lorsque les eaux se sont retirées des terrains d'atterrissement du Vermejo ou des marais du Chaco, ils y sèment du maïs, des citrouilles, et quelques autres légumes; en attendant leurs récolles , ils vont, aux environs de leur demeure, chasser les oiseaux et les mammifères, ou, avec leurs lignes et leurs filets, pêcher les poissons qui peuplent en grand nombre les rivières; ils se distinguent surtout dans ces derniers exercices par l'adresse et la patience. Leurs cabanes sont plus divisées que celles des Tobas; mais ils y couchent, de même que ceux-ci, sans hamacs, sur des lits de camp peu élevés de terre.

Ils aiment beaucoup la danse, et s'y livrent avec ardeur lorsqu'ils sont animés par leur boisson de miel fermenté.

Si les Mataguayos ont toujours combattu les nations voisines des lieux qu'ils habitent, s'ils se sont fait respecter des belliqueux Tobas qui les entourent, par leur nombre et par leur adresse à manier l'arc , la flèche, la petite lance, l'assommoir ou macanna, ils ne se sont que rarement armés contre les Espagnols. Ils se souviennent même d'avoir été leurs alliés; et, depuis, ils ont, du moins les Matacos et Chunipis, contracté des habitudes qui leur rendent aujourd'hui nécessaires les communications avec les colons européens. Suivant une ancienne relation1, l'une de leurs tribus, les Queanaes, aurait été soumise aux Chiriguanos et les aurait aidés à cultiver la terre; ce qui semble d'autant plus vraisemblable, que tous les ans encore des troupes de Matacos et de Chunipis abandonnent momentanément leurs villages; hommes, femmes, enfans s'acheminent alors vers les frontières de Salta, de Ju jui , d'Oran , de Tarija 2, pour se louer, au temps des

1 . Voyez M. Arenales, loc. cit., p. 94 , première relation des Indiens qui existent dans la province du Chaco, etc. On y assure que les Chiriguanos avaient comme esclaves plus de 4,000 Indiens Queanaes.

2. Il n'est aucun habitant de ces provinces qui ne puisse affirmer ce fait, également publié par Soria. (Voyez M. Arenales, loc. cit., p. 253.)

récoltes, en échange des objets dont ils ont besoin, et retournent ensuite passer le reste de l'année dans leurs déserts, où ils jouissent en paix du produit de leur travail. Rien de plus curieux que l'attirail de ces familles voyageuses : les femmes portent tous les bagages, et se chargent même des chiens. Cette demiservitude ferait penser qu'on pourrait, sans peine, réunir la nation mataguaya en villages, en ne lui imposant que des obligations faciles à remplir ; néanmoins elle jouit actuellement encore de sa liberté, n'est soumise à aucunes lois, et, depuis la conquête de l'Amérique , n'a que momentanément changé de position. ï

Son industrie a dû naturellement gagner au contact avec les Espagnols; aussi, indépendamment de ce que tout sauvage sait faire (ses armes) , cette nation connaît le tissage de la laine, l'art de la teindre, vend aux colons des lignes de bromelia, et paraît même, ce qui est rare parmi les Américains encore non civilisés, pouvoir faire des espèces de filets qui lui servent à pêcher. Le plus souvent pourtant les Mataguayos

1. Une partie s'était réunie à la mission del Rosario , à l'est de Tarija, et d'autres, avec des Tobas, à celle de San-Bernardo , sur les rives du Vermejo; mais la révolution américaine a fait entièrement oublier ces établissemens, qui sont aujourd'hui complètement abandonnés; les Indiens qui les formaient sont redevenus sauvages. Le père Lozano, p. 78, assure à tort, selon nous, qu'ils étaient anthropophages.

se procurent le poisson à coups de flèches; mais jusqu'à ce jour ils n'ont jamais pensé à se creuser une pirogue , ni même à confectionner un radeau pour passer les rivières; s'ils en ont une à traverser, comme tous savent nager, ils jettent dans l'eau une branche de bois léger , à laquelle les plus forts de leurs enfans se cramponnent, et les hommes ou les femmes les poussent devant eux jusqu'à l'autre rive, tandis que les plus faibles sont transportés sur la tête de leurs mères. Les femmes s'occupent des soins du ménage , du labourage , et se chargent des effets dans les marches. Elles se baignent aussitôt après être accouchées. La chasse et la pêche sont exclusivement dans les attributions de l'homme. Leur commerce extérieur se borne à la vente de quelques tissus , et principalement de pelleteries.

Leur costume est analogue à celui des Tobas : en été ils vont nus de la tête à la ceinture; en hiver, ils se drapent avec des manteaux de peaux d'animaux sauvages, ou avec des tissus de laine fabriqués par leurs femmes. Ceux qui communiquent avec les blancs , en reçoivent des costumes dont ils ne font néanmoins que peu d'usage. Chez quelques tribus les femmes ont la coutume de se tondre les cheveux, d'avant en arrière , sur une large bande ; elles se peignent souvent la figure en rouge et toutes se tatouent de lignes noires le haut du nez et les joues. ]

Le gouvernement des Mataguayos ressemble à celui

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