DEUXIÈME RAMEAU
CHIQUITÉEN.
Couleur: brun-olivâtre clair. Taille moyenne , environ \ mètre 663 millimètres. Formes médiocrement robustes ; face circulaire pleine ; front bombé; nez court , peu épaté; bouche moyenne; lèvres minces, peu saillantes ;y eux horizontaux, quelquefois légèrement bridés extérieurement; pommettes non saillantes; traits efféminés; physionomie enjouée, vive, gaie.
Nous avons appelé Chiquitéens , tous les indigènes américains de la province de Chiquitos,qui, bien qu'appartenant évidemment, par la couleur et par les formes, à notre race centrale ou pampéenne, s'en distinguent néanmoins, par un ensemble de caractères physiques et moraux qu'il est impossible de ne pas admettre.
Ce troisième rameau de la race pampécime occupe un territoire d'environ 10,000 lieues marines de superficie, comprises entre le 15.c et le 20.e degré de latitude sud, et les 60.e et 65.e degrés de longitude ouest de Paris. Ses limites sont : au nord, les collines situées au septentrion du cours du Guaporé; à l'est, le Rio du Paraguay ; au sud , les plaines du Chaco ; a l'ouest, les forêts qui se prolongent jusqu'au Rio Grande. Nous croyons que ce rameau s'étend également sur tout le territoire de la capitainerie générale de Cuyaba ou de Matto- Grosso, situé à l'ouest des premières collines séparant ce pays des autres parties du Brésil. Les voisins des Chiquitéens sont, au nord et à l'orient , des peuples qui , tout en nous étant inconnus, nous semblent néanmoins appartenir à la race brasilio - guaranienne ; au sud, les diverses nations du rameau pampéen ; à l'occident, quelques Guaranis, entr'eux et les nations ando-péruviennes.
La plus grande uniformité caractérise le pays habité par les Chiquitéens : partout nous n'y apercevons que des montagnes basses, la plupart primitives, formant, au centre, un large plateau d'où partent plusieurs collines qui n'affectent
( 127 ) pas de direction générale. Partout des cours d'eau diversement dirigés , partout une multitude de petits ruisseaux coulant au milieu de forêts épaisses, rarement interrompues sur les points de partage , et sur les plateaux par quelques clairières de très-peu d'étendue. C'est là que l'homme, trouvant des obstacles invincibles à ses migrations, a dû nécessairement fixer sa demeure au sein de la forêt qui l'a vu naître, sur le bord du ruisseau témoin de son enfance; c'est là que, devenu agriculteur et chasseur, il est disséminé en une multitude de petites nations, de tribus vivant isolées, souvent même ignorées les unes des autres, sans avoir néanmoins d'autre barrière que d'épaisses forêts. Dans la région qu'habite le rameau dont nous nous occupons , plus de ces plaines sans horizon , oii l'homme chasseur et guerrier devient naturellement nomade, n'étant arrêté, dans ses excursions, par aucun obstacle; oii dès-lors, toutes les nations se connaissent, comme chez les Pampéens. Plus d'immenses plaines traversées par de larges rivières, dont les versans, confondus par des inondations périodiques , obligent l'industrieux Moxéen à naviguer constamment. L'homme chiquitéen, au contraire, n'a jamais
voyagé, n'a jamais songé à se construire une pirogue; et toujours sédentaire, toujours paisible agriculteur , il reste au sein de ses collines ombragées , conservant des habitudes uniformes, déterminées par l'identité d'habitation.
Les nations qui appartiennent au rameau chiquitéen sont : celle des Chiquitos, occupant tout le centre de la province de ce nom , principalement sur les plateaux et les parties sudouest; celles des Samucus, des CuraveSj, des Tapiisj, des Corabécas , placés avant la conquête, au sud- est des Chiquitos; celles des Saravécas, des Otukhs, des Curuminacas, des Covarécas, des Curucanécas à leur nord-est; et, enfin, à leur nord-ouest, celle des Païconécas1. Les Chiquitos, divisés en une multitude de sections , sont à eux seuls plus nombreux que tous les autres ensemble.
Si la confusion qui règne dans les premiers historiens sur les noms trop multipliés des peuples de la province de Chiquitos, ne permet pas d'y reconnaître ceux qu'on doit considérer
1. Comme nous le dirons plus en détail, en parlant de chaque nation, nous croyons qu'on peut joindre encore à celles que nous avons vues , celles des parties voisines du Brésil.
comme nation ou comme simples tribus, il est plus difficile encore d'assigner précisément le lieu de leur habitation; aussi, dans la crainte d'augmenter la confusion, ne citerons-nous les nations indiquées d'une manière si vague par le seul historien qui s'en soit occupé1, que lorsque nous croirons pouvoir les rapporter avec certitude à nos propres observations, dont nous donnons ici le résultat.
Le nombre comparatif peut être évalué d'une manière presque positive; et le tableau suivant donnera une idée, non - seulement du chiffre de ceux qui, au sein des missions, ont été réduits au christianisme, mais encore du chiffre approximatif2 des indigènes qui ont conservé leur liberté sauvage.
1 . Padre Fernandez , Relation historial de las missiones de los Chiquitos.
C'est à tort que M. d'Àngelis, table de la Jrgentina de Rui Diaz de Guzman , p. 40 , dit que les Payaguas et les Chiquitos sont des Guaranis.
2. L'énoncé du chiffre des indigènes réduits au christianisme est le résultat de renseignemens pris en 1831 , pendant notre séjour à Chiquitos. Celui du chiffre des Indiens encore sauvages est déduit de renseignemens donnés par les nations voisines, et, tout en le croyant très-rapproché de la vérité, nous ne le donnons cependant que comme approximatif.
il. 9
NOMS DES NATIONS
Chiquitos . .
Samucus . .
Faïconécas .
Saravécas . .
Otukcs . . .
Curuminacas Curavès. . .
Covarécas. .
Corabécas. .
Tapiis. . . .
Curucanécas
Totaux.