Nous nous sommes procuré sur les lieux tous les
Réduits au christianisme par les Jésuites , tous vivent encore , au sein des missions , sous l'ancien régime institué par les pères.
Leur couleur est à peu près celle des Samucus, quoiqu'un peu moins intense; mais la nuance est si peu distincte, qu'il faut, pour en juger, en voir un grand nombre ensemble. La teinte est bistré brunpâle et tient plutôt de l'olivâtre que du jaune. 1
La taille des Chiquilos, à peu près la même que celle des Samucus, est assez belle, et peut s'élever à la moyenne de i mètre 663 millimètres (5 pieds 1 % pouce). Les plus hauts ne passent pas 1 mètre 760 à 790 millimètres (5 pieds 5 à 6 pouces). Les femmes, sans être grandes , sont dans la proportion des hommes ; leur taille moyenne est de 1 mètre 535 millimètres; quelques-unes atteignent néanmoins 1 mètre 635 millimètres (5 pieds % pouce).
Les Chiquitos, en général des plus robustes, ont les épaules larges , la poitrine avancée et s'effaçant bien ; le reste de leur corps , à peu près d'une venue , est des plus massif; leurs membres sont fournis , replets, sans muscles saillans. Il est rare de leur voir les extrémités amaigries. Bien plantés, se tenant très-
renseignemens relatifs à la statistique du pays , et nous croyons pouvoir en garantir rauthenticité.
1. Le père Fernandez , loc. cit., p. 31, s'exprime ainsi sur leur couleur : El color es de azeytuna ( la couleur est celle de l'olive); il les avait donc vus comme nous.
droit , ils ont une démarche aisée; très -vigoureux seulement en apparence, ils ne résistent guère au travail. Les femmes présentent , à peu près , les mêmes formes que les hommes; excessivement larges des épaules et du corps, tout, chez elles, atteste la force; mais on y chercherait en vain des tournures gracieuses et élancées; elles sont même plus massives que les hommes. Leurs seins sont séparés et petits; leurs bras bien faits; leurs pieds et leurs mains dans des proportions minimes. 11 n'y a que très -peu de villosité aux aisselles et au pubis; encore ne paraîtelle qu'à près de vingt ans. Elles sont des plus fécondes.
Les traits des Chiquitos, différents de ceux des nations du Chaco, peuvent servir de type au rameau des collines élevées du centre de l'Amérique. Ils ont la tête arrondie, plutôt grosse que moyenne, presque toujours circulaire, rarement comprimée des côtés; la face ronde et pleine , les pommettes nullement saillantes; le front bas et bombé; le nez toujours court et légèrement épaté; les narines peu ouvertes, comparativement à celles des nations australes. Les yeux, pleins d'expression et de vivacité, sont petits, horizontaux; cependant, chez quelques individus, ils sont légèrement bridés à l'angle extérieur , ce qui les ferait croire un peu relevés; mais le fait est exceptionnel. Les lèvres sont assez minces, les dents belles, la bouche est médiocre; le menton arrondi et court; les sourcils sont étroits et agréablement arqués; la barbe,
peu fournie , non frisée, ne croît que dans l'âge avancé, et ne couvre jamais que la lèvre supérieure et le dessous du menton; les cheveux, longs, noirs et lisses, jaunissent dans l'extrême vieillesse, mais ne blanchissent pas. L'ensemble des traits ne se
rapproche aucunement du type européen C'est
un autre genre; néanmoins quelques figures sont passables ; et l'on y remarque de la vivacité , de la gaîté, un fonds de bonté, de franchise, une naïveté qui intéresse. Nous n'avons jamais vu , chez les Chiquitos, une seule figure longue. Les femmes ont également des traits d'un ensemble assez grossier; dans la jeunesse cependant, beaucoup sont assez bien, sans être précisément jolies. Leur face est beaucoup plus circulaire, beaucoup plus pleine que celle des hommes; leur bouche petite. En souriant, elles montrent, presque toutes, deux petites fossettes aux joues et aux angles extérieurs de la bouche. Après vingt-cinq ans leurs traits deviennent semblables à ceux des hommes ; la décrépitude les rend fort disgracieuses.
La langue des Chiquitos est une des plus étendues , des plus complètes de l'Amérique. A en croire le Jésuite auteur d'un vocabulaire in-folio de plus de cinq cents pages1, elle serait fort riche et d'une fécondité
1. Nous avons trouvé, dans les missions des Chiquitos, le dictionnaire de la langue générale , resté manuscrit et se composant de trois volumes : 1.° un volume in-folio de plus de 500 pages, chiquito-espagnol; 2.° un volume in -8." de
il. 1 1
illimitée, quant à la combinaison de ses particules. Elle se dislingue, en tous points, des autres idiomes du Chaco et du guarani , et peut être considérée comme la souche des langues de quelques autres tribus des mêmes contrées. Néanmoins, en la considérant sous le rapport des sons , on y trouvera beaucoup de ceux qui caractérisent la langue guaranie, comme celui de notre u, prononcé du nez, un peu différemment de Vu français, très-rare chez les autres peuples, ainsi que les sons prononcés du nez et de la gorge; mais ces derniers s écartent de ceux des langues des plaines, et ce n'est jamais une gutturation analogue à celle du y espagnol. En un mot, à l'exception de Vu, plus accentué que le nôtre , la langue peut être considérée comme plus douce que dure, particulièrement pour les Français accoutumés aux diphthongues. La langue chiquita n'a pas le ck espagnol. Il y est remplacé par le nôtre qui y devient caractéristique , s'employant très-fréquemment et surtout à la fin des mots , comme dans Napeick1, les côtes, et Paich, femme;
plus de 400 pages, espagnol - chiquito ; 3.° une grammaire in-8.° Rien n'a été écrit de plus complet sur aucune langue américaine, et nous regardons ces trois ouvrages comme renfermant en ce genre les documens les plus précieux que nous ayons rapportés de ces contrées.
1. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, les dictionnaires écrits par les Espagnols rendent ces sons par un x, la langue castillane n'ayant pas de signes qui représentent notre du
mais toujours sans e muet après, c'est-à-dire sans prolongation de son. Une particularité de cette langue, c'est la différence d'expression des mêmes objets pour les deux sexes. Non -seulement les noms des objets indiqués par la femme ont une terminaison autre que pour les hommes, mais encore il y a souvent des mots tout à fait dissemblables ; ainsi l'homme exprime père par Iyàï, et la femme par Yxupu (prononcez Ychoupou), Comme nous l'avons fait remarquer pour la langue samucu , les noms des parties du corps commencent presque tous par une même lettre ; dans la langue chiquita, c'est un TV, exemple Nochostê, joue; Nèhèmosis , oreille, et Nosuto , yeux. La tribu des Cuciquias parle un dialecte du même idiome , c'est-à-dire que, dans presque tous les mots, elle supprime les finales en ch, ne se servant presque jamais de ces sons. Chez elle les noms des parties du corps ne commencent plus par un N , mais bien par un O. Exemple : Ohumasis , oreille; Osuto, yeux. Les Chiquitos ne savent compter que jusqu'à un [tama) , n'ayant plus ensuite que des termes de comparaison.
Leur caractère consiste généralement en un fonds de bonté à toute épreuve ; ils ont des goûts sociables , de la fixité dans les idées, aiment peu le changement, et se soumettent volontiers à tout ce qu'on leur ordonne ; par de bons procédés , on peut en obtenir tout ce qu'on veut. Leur abord inspire la confiance; l'hospitalité est chez eux poussée à l'extrême. Nullement jaloux de leurs femmes, ils sont si peu rancu-
neux, qu'ils ont les attentions les plus délicates pour ceux-là même qui les font châtier. En un mot, semblables à de grands enfans, sans volonté, ils sont doués néanmoins d'un jugement sain et d'un esprit naturel, qui se manifestent à chaque instant ; mais aussi , comme les enfans, ils aiment peu le travail; et libres, leur peu de prévoyance pourrait les exposer à manquer souvent du nécessaire dans les années de mauvaises récoltes. Autant ils sont peu travailleurs, autant ils sont ardens pour le plaisir, se livrant tour à tour à la danse et aux jeux d'adresse, surtout dans ces réunions motivées par le désir de boire des liqueurs fermentées, qui exaltent encore leur hilarité. Tous musiciens nés , ils composent même des airs et des chants. L'Indien chiquito passerait heureusement sa vie près d'un vase de liqueur de maïs fermenté , ne se dérangeant que pour chanter, danser, faire de la musique ou chasser; car la chasse, son exercice primitif, lui est toujours chère. Anciennement guerriers redoutés par leurs voisins, les Chiquitos ont conservé, dans l'état de domesticité, si l'on veut bien nous passer ce terme, leur goût pour la vie hasardeuse du chasseur. Capables de beaucoup d'attachement et de beaucoup de dévouement, ils n'ont pourtant pas tous cet amour paternel ou filial qui caractérise l'homme sauvage; ils se séparent facilement et sans émotion de leurs enfans; habitude qui leur était déjà familière avant d'être réunis en villages.1