Le padre Fernandez, hc. cit., p. 41, dit qu'à l'époque
Les mœurs des Chiquitos diffèrent essentiellement de celles des nations du Chaco. Tous agriculteurs, ils durent nécessairement se fixer en des lieux où ils trouvaient des ressources pour la culture ; mais chasseurs en même temps , ils se divisèrent en très-petites tribus, afin de ne pas se nuire mutuellement; de là leur usage constant de vivre au sein des bois, sous des ombrages protecteurs de la chasse et conservateurs d'une humidité nécessaire à la réussite de leurs travaux agricoles; de là, pour eux, l'habitude de se séparer par familles, au lieu de former un corps de nation. Telle était leur manière de vivre avant que les Jésuites les amenassent aux missions1. Leurs maisons, couvertes en paille, avaient alors une porte si basse , qu'elle ne permettait d'y entrer qu'en rampant, ce qu'ils avaient imaginé pour se préserver des mouches et des attaques de leurs ennemis. Chaque famille laissait ses enfans entièrement libres jusqu'à l'âge de quatorze ans, époque à laquelle ceux-ci se séparaient de leurs parens et allaient vivre en commun dans une maison distincte, consacrée aussi à recevoir les
où il écrivait (1723), les Chiquitos se vendaient. Nous avons, en 1831, retrouvé chez eux cette coutume.
1. Nous avons obtenu beaucoup de ces détails sur les lieux mêmes. Quelques-uns de ceux qui sont relatifs au temps antérieur à la conquête, sont tirés de l'ouvrage du père Fernandez, Relation historial de los Chiquitos, et des renseignemens conservés dans le pays.
étrangers, dont les visites déterminaient toujours des fêles où l'on s'enivrait de bière de maïs. Les jeunes gens des deux sexes dansaient souvent la nuit.
Un garçon voulait-il se marier? il allait chasser, et déposait , à son retour, sa chasse à la porte des parens de sa belle, qui l'acceptaient pour leur gendre, s'ils étaient contens du produit. Les chefs seuls se permettaient la polygamie. Une fois mariée, la femme s'occupait de la cuisine, du ménage, filait et tissait, couchait à terre, tandis que le mari s'étendait dans son hamac. Celui-ci cultivait le champ et chassait. Tous les matins, jusqu'à ce que le soleil eût séché la rosée, il jouait de la flûte, puis commençait sa journée de travail, achevée à midi. Alors, comme à présent, l'automne était une époque où tous les Indiens se séparaient et s'enfonçaient dans les forêts, pendant plus d'un mois, pour chasser, apportant ensuite chacun sa hotte ou Panaquich remplie de chair boucanée. Intrépides guerriers, maniant avec adresse l'arc et la flèche, ils attaquaient leurs voisins, et faisaient des esclaves, auxquels souvent leur bonté naturelle les portait à donner pour femmes jusqu'à leurs filles. Ils aiment la musique , cherchent tous les moyens possibles de s'amuser, dansent continuellement et sont toujours disposés à jouer. Parmi leurs jeux, il en est un caractéristique, celui du Guatoroch, jeu de balle, d'autant plus singulier, que deux ou trois cents individus peuvent s'y intéresser à la fois , et que la balle est lancée par les joueurs avec la
têle1. Tous ces diverlissemens se sont conservés dans les missions actuelles , ainsi que le fond de leurs anciennes coutumes. Dès l'inslanl où une femme est enceinte, elle interrompt, jusqu'à la fin de l'allaitement de son enfant , toute communication avec son mari.
Avant que celte nation se soumît au christianisme , l'industrie était chez elle dans l'enfance; cependant les femmes savaient filer et tisser; les hommes fabriquaient leurs armes, chassaient à l'arc et péchaient au moyen d'une racine qui, jetée dans l'eau, étourdit momentanément le poisson, lequel vient de suite à la surface et se laisse prendre sans peine. Jamais les Chiquilos n'ont navigué sur les rivières. Dans les missions ils ont montré de l'aptitude à tout, et maintenant on trouve parmi eux des artisans de toute espèce.
Les hommes allaient nus, les femmes se couvraient d'une chemise sans manches2; et s'ornaient de bracelets et de colliers. Dans les jours de fête, avant d'être Chrétiens, les Chiquitos portaient des ceintures de plumes colorées , et comme signe de victoire , la queue et les plumes des oiseaux tués par eux. Ils avaient aussi une coutume qui n'existe plus aujour-
1. Nous avons souvent été témoin de ces jeux, un des grande divertissement de celte nation.
2. Sohmidel parle de leur costume, en 1548, lors de l'expédition d'Irala, édition de Buenos- Avres , p. 48 à 52.
d'hui, celle de se percer les oreilles et la lèvre inférieure , afin d'y introduire des plumes de couleur. Les deux sexes ne se laissaient pousser les cheveux qu'après l'âge de vingt ans ; usage encore suivi , ainsi que beaucoup d'autres, qui n'ont pas été modifiés par la demicivilisation des missions. Le costume des femmes est toujours le même.
Les Chiquitos étaient gouvernés par une foule de petits chefs ou Iriabos , élus par le conseil des vieillards, et conduisant chacun sa petite tribu, tout en remplissant les fonctions de médecin. Souvent ils partaient avec les leurs et attaquaient les tribus voisines , dans le seul but de se faire une réputation de bravoure qui contribuait à leur donner beaucoup d'importance ; mais il n'existait entre tous aucune union dont pût résulter une force réelle. Ils se recherchaient peu , faisaient rarement cause commune; et, disséminés en centaines de sections, ne formaient point, à proprement parler, de corps national.
Selon le père Fernandez 1 , leur religion se réduisait , dans l'état sauvage , à la croyance d'une autre vie , motivant l'enterrement d'armes et de vivres avec les morts. Ils craignaient un être malfaisant, appelaient la lune leur mère, sans lui rendre de culte; mais, lorsque la planète s'éclipsait, pensant que des chiens
1. Voyez Relation historial de los Chiquitos, p. 39; description reproduite dans le Choix de lettres édifiantes, t. VIII , p. 260, et Charlevoix, Paraguay, t. II, p. 236.
la mordaient et lui tiraient du sang , ils sortaient de leurs cabanes et lançaient contre elle des flèches jusqu'à la fin de l'éclipsé. Ils se figuraient aussi que les éclairs devaient être les âmes des défunts qui descendaient du séjour des étoiles. Superstitieux à l'extrême, ils croyaient et croient même encore à l'influence des astres sur l'avenir, tirant des augures du chant des oiseaux ou de la présence d'un animal , dans certaines circonstances données. Les Iriabos pratiquaient des succions sur les malades l ; ils attribuaient quelquefois la maladie à des causes futiles, comme d'avoir donné de la chair de tortue à leur chien, ce qui poussait l'âme de la tortue à venir venger cette injure; mais si le mal résistait , l' Iriabos l'attribuait à une femme désignée par lui ; et alors les parens allaient la tuer. La section des Manacicas , selon le même auteur2, aurait eu une religion bien plus compliquée et une espèce de trinité , analogue à celle des catholiques : un Dieu père, un Dieu fils et un Saint-Esprit; une déesse, femme du père; un prêtre (Manopo) , rendant les oracles, quand les dieux ne descendaient pas pour les rendre eux-mêmes; un cinquième dieu, Isituuch,