Nous parlons ici des Moxos séparés des Baurès
3. Dans sa première visile aux Moxos, en 1691, le gouverneur Don Benito de Rivera y Quiroga avait trouvé 15,483 individus, dans les six missions fondées par les Jésuites; ce qui prouverait l'exactitude des énoncés de ces derniers.
( 199 ) rait à peine la moitié de la population qui couvrait alors la province. Si nous comparons l'importance des nations, en raison du nombre des individus dont se compose chacune d'elles, les Moxos prendront le premier rang, puisqu'ils forment à eux seuls près de la moitié de la population totale de la province; les Itonamas viendront après; ensuite les Cayuvavas, les Canichanas , les Chapacuras , les Movimas , les Pacaguaras et les Iténès. Cherchons maintenant à déterminer les traits caractéristiques de ce rameau.
La couleur des Moxéens est brun pâle, mélangé d'olivâtre; les Chapacuras, les Itonamas et les Canichanas, nous ont paru avoir absolument la même teinte que les Chiquitéens, tandis que les Moxos et les autres nations sont un peu moins foncés, ayant peut-être un peu de jaune mélangé à la nuance des premiers; mais cette différence est si légère , qu'on ne s'en aperçoit qu'à l'aide d'une attention soutenue : du reste, la teinte générale, peu distincte de celle des peuples du Chaco, est seulement plus pâle ou un peu plus jaunâtre.
Dans le rameau moxéen la taille, généralement plus élevée que dans celui des Chiquitéens,
se rapproche beaucoup de celle des habitans du Chaco. Les plus grands atteignent jusqu'à \ mètre 79 centimètres ( 5 pieds 6 pouces ) , et la taille moyenne des Movimas , des Moxos , des Canichanas et des Cayuvavas, est de plus de \ mètre 677 millimètres (5 pieds 2 pouces). Les seules nations qui ne parviennent pas à la même stature, sont celles des Chapacuras et des Itonamas. On peut, jusqu'à un certain point, expliquer cette différence, chez les premiers, par le voisinage des montagnes de Chiquitos ; mais alors les derniers ne doivent être considérés que comme se trouvant dans une condition anomale. Les femmes sont en général proportionnées aux hommes. Néanmoins celles des Canichanas nous ont paru petites, tandis que chez les Movimas , comme nous l'avons déjà observé parmi les nations des Pampas , les femmes sont, au contraire, presqu'aussi grandes que leurs maris, ou au moins bien au-dessus d^s proportions relatives ordinaires.
Les formes des Moxéens participent encore de celles des Chiquitéens et des habitans du Chaco ; de même que chez ces derniers , de larges épaules, une poitrine fortement bombée, un corps des plus robuste annoncent beaucoup de
( 201 ) force; avec cette différence néanmoins que les Moxéens, généralement encore plus vigoureux que les Chiquitéens , sont aussi forts , en apparence, que les nations du Chaco; se distinguant pourtant des uns et des autres par des formes un peu plus élancées , par un corps mieux dessiné, une ceinture plus marquée. Leurs membres, sans muscles saillans, sont généralement plus replets et plus arrondis. Ces caractères présentent une exception qu'on remarque chez les Itonamas , qui , avec des formes semblables aux autres nations, ont constamment les membres amaigris, surtout les jambes. Les Moxéens sont bien plantés , marchent droit et avec beaucoup d'aisance. Le plus grand nombre, les Moxos en particulier , sont sujets à l'obésité. Les femmes diffèrent un peu de celles du rameau chiquitéen; elles ont les épaules et les hanches larges; mais leur corps moins d'une venue et leur ceinture un peu plus étroite, accusent une tendance à la forme svelte des Européennes. Plus agréables , en général, que les Chiquitéennes, elles sont des plus robustes, ont les seins bien placés et de médiocre grosseur ; les mains et les pieds petits. Les traits sont assez différais chez les Moxéens , et se distinguent facilement de ceux des Ghi-
quitéens. La tête est grosse, un peu allongée postérieurement. La face, moins pleine et moins large que chez les Chiquitéens, est un peu oblongue; les pommettes sont peu apparentes; le front est bas et peu bombé; le nez court, épaté, sans être trop large; les narines sont ouvertes; la bouche moyenne, à lèvres peu grosses; les yeux sont généralement petits et horizontaux ; les oreilles petites ; les sourcils sont étroits et arqués ; le menton est arrondi ; la barbe , noire, peu fournie, pousse tard, seulement au menton et à la lèvre supérieure, et n'est jamais frisée; les cheveux sont noirs, longs, gros et lisses. Tels sont les caractères généraux que nous avons remarqués chez presque toutes les nations ; néanmoins nous y avons aussi reconnu plusieurs exceptions. Les Movimas ont le nez un peu plus large que les autres; les Itonamas, la face plus allongée, les pommettes plus saillantes ; mais une nation qui nous a montré une anomalie remarquable, quoiqu'elle soit placée au centre, est celle des Canichanas, où l'on retrouve beaucoup des traits des peuples du Chaco. En effet, ils ont la face oblongue, les pommettes très-apparentes , le front court , le nez épaté, fortement rentré à sa base; les na-
( 205 ) rines plus ouvertes, la Louche grande, les yeux petits, enfoncés, et légèrement relevés à leur angle extérieur.
La physionomie, quoique douce et ouverte chez les Moxéens, annonce moins degaîté que chez les Chiquitéens. Les Moxos sont , de tous , ceux qui paraissent le mieux disposés à l'hilarité, tandis que les Cayuvavas, les Itonamas , les Iténès et les Pacaguaras ont la figure presque toujours sérieuse, comme les nations du Chaco. Les Canichanas l'ont tout à fait triste ; ils ont même l'aspect féroce , tandis que les Itonamas offrent le type de l'astuce et de la fausseté. Les Moxéens ont une figure plus mâle que les Chiquitéens, sans qu'on puisse toutefois la comparer aux traits des Européens, ni même à celle des peuples du sud. Les Itonamas l'ont plus efféminée que toutes les autres nations, tandis que les Canichanas l'ont plus mâle. L'ensemble de leurs traits est généralement assez bien; beaucoup de figures sont intéressantes, et quelques-unes agréables. Les femmes sont passables , et même , chez les Moxos et les Cayuvavas, on en voit de réellement jolies. Leur face est un peu plus arrondie que celle des hommes.
Il serait difficile d'établir des caractères bien
tranchés entre les langues de la province de Moxos et celles de Chiquitos et du Chaco ; néanmoins il existe des nuances que nous allons chercher à faire ressortir. Les langues du rameau moxéen sont en général , bien plus dures , bien plus gutturales que celles des Chiquitéens; et, en cela , elles ont quelques rapports avec les idiomes du Chaco, à cette différence près , qu'elles ont peut-être encore plus de gutturation avec beaucoup moins de finales dures. Par un rapprochement assez singulier, la seule nation qui ait des traits féroces analogues à ceux des peuples du Chaco, la nation canichana, est aussi la seule dont beaucoup de mots soient terminés par des consonnes en ac> ec, etc. Dans les langues moxéennes , la plupart finissent par des voyelles, et même, chez les Iténès, aucun ne se termine par des consonnes. Dans d'autres langues, celles des Moxos, des Cayuvavas, des Pacaguaras, les finales en consonnes ne donnent encore que des sons composés ou diphthongues, comme les sons en ain, on, an, des Français; tandis que, dans les autres, les terminaisons par des consonnes présentent une assez grande variété. Chez les Chapacuras , c'est le t, le p? le y; chez les Movimas, seulement 17
et Ys. Aucune langue n'offre plus de dureté, dans ce genre, que celle des Canichanas. Toutes, excepté la langue iténès, ont la prononciation gutturale du y espagnol. Uu nasal ne manque que chez les Iténès, les Canichanas et les Movimas, tandis qu'il est employé par toutes les autres nations. Les sons divers du ch français et du ch espagnol se retrouvent dans toutes les langues, excepté dans celle des Iténès: Le son doux du z français n'existe que chez les Moxos, les Gayuvavas et les Pacaguaras. Ue muet français est prononcé par les Moxos, les Itonamas et les Cayuvavas. Les sons compliqués de consonnes réunies , qui rendent certaines langues si dures, sont assez communs; celle qui en emploie le plus, est la movima, oii l'on trouve ceux de lj> jn, jl> jr, chl, dont ley espagnol a toute sa dureté, tandis qu'en d'autres langues, comme la cayuvava, les sons composés se réduisent au dz ou dj de la prononciation française. Les idiomes chapacura et moxo n'ont aucun son composé. Plusieurs lettres manquent dans les langues moxéennes : Yf, Yx ne s'y trouvent jamais; 17 est inconnu au Cayuvava, à l'Itcn , au Pacaguara ; et quelques dialectes sont privés d'autres lettres. Les Iténès , par
exemple , ne connaissent pas le g et le y. Si Ton compare la dureté relative des langues moxéennes , on s'apercevra bientôt que la movima est à la fois la plus gutturale et la plus dure; que la canichana, la pacaguara, l'itonama et la chapacura sont aussi dures et gutturales , bien qu'à un degré beaucoup moindre , tandis que la plus douce, et même peut-être la plus laconique de toutes les langues connues, est, sans contredit, celle des Iténès. En général , toutes sont peu riches. Il y en a plusieurs , comme la chapacura, l'itonama, la canichana, la movima et la pacaguara, où les adjectifs étant des deux genres , le singulier ne se distingue souvent pas du pluriel. Leur système de numération, très-restreint, annonce peu de commerce; chez les Itonamas , les Canichanas et les Movimas, il ne passe pas deux et quatre; chez les autres nations il va jusqu'à cinq, quelquefois jusqu'à dix, et porte alors, le plus ordinairement, le nom des doigts. Les Cayuvavas ont dans leur numération une anomalie singulière, celle de recommencer à compter après cinq, au lieu d'aller jusqu'à dix , ainsi que nous le voyons généralement, dans les autres langues américaines. Les idiomes moxéens ne présentent
( 207 ) pas tous, comme ceux des Chiquitéens, cette bizarrerie de commencer les noms des parties du corps par une lettre déterminée; les seules nations qui l'offrent encore, sont celles qui, par leur position géographique, sont les plus voisines des Chiquitéens , comme les Moxos , et les Chapacuras; mais si chez les premiers on trouve une anomalie semblable à celle qui existe chez les Chiquitéens, il n'en est pas de même chez les Chapacuras, oii la finale et non l'initiale garde l'uniformité. La langue canichana se distingue par une particularité bien plus remarquable : non-seulement les noms des parties du corps y commencent par une lettre déterminée; mais encore tout ce qui tient à l'homme suit la même règle ; ainsi que tout ce qui appartient à la nature, comme les astres, les animaux et les plantes; mais ici la lettre est différente de celle des parties du corps. Le tableau suivant donnera l'idée des langues qui présentent cette anomalie, et servira, en même temps, de terme de comparaison avec celui des Chiquitéens.
bi
fi 3-