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Les Moxéens, par l'anomalie des mots, tiennent de près au rameau chiquitéen : quelquesunes de leurs langues ont, par la dureté, beaucoup d'affinités avec celles des habitans du Chaco; mais nous ne trouvons, dans cet aperçu rapide, aucun caractère qui puisse bien en embrasser la totalité et les séparer nettement des idiomes propres aux autres rameaux de la
même race.
Pour le caractère, les Moxéens ont beaucoup de rapport avec les Chiquitéens , dont les rapprochent leur bonté, leur sociabilité, leur hospitalité envers les étrangers , leur persévérance, et surtout la facilité avec laquelle ils ont changé de religion , pour se soumettre au christianisme et au régime des missions. Si à Chiquitos, plusieurs missionnaires furent victimes de leur zèle, avant qu'on arrivât à convertir les indigènes , il n'en fut pas de même à Moxos, où, successivement, toutes les nations embrassèrent la religion chrétienne, sans jamais se révolter contre les Jésuites. Les Moxéens diffèrent des Chiquitéens par un caractère moins gai, moins communicatif, plus taciturne, bien éloigné, cependant, sous ce rapport, de celui des habitans du Chaco et des Pampas. Les ii. i/f
Moxos, les plus superstitieux de tous, portèrent les autres nations à se soumettre au joug de l'étranger. Les Itonamas et les Canichanas ont fait exception. Les premiers ne se firent pas chrétiens par conviction, mais par intérêt; car ils étaient bien les plus rusés, les plus fins, les plus voleurs de toute la province ; les seconds , plus belliqueux, ne se convertirent que pour avoir des armes; et, en conséquence de leur position géographique, entourés qu'ils étaient de nations plus douces qu'eux, ni les uns ni les autres n'abandonnèrent entièrement leurs idées premières. Les Iténès seuls, plus indépendans, plus guerriers , sont encore ce qu'ils étaient au temps de la conquête. En un mot, le caractère des Moxéens tient le milieu, pour la gaîté, entre celui des Chiquitéens , qui la poussent à l'extrême , et celui des habitans du Chaco , fort taciturnes au contraire. Leur bonté, ainsi que leur peu de goût pour les voyages, doivent les faire comparer aux Chiquitéens.
Les Moxéens ont des mœurs fort analogues à celles des Chiquitéens, et ces mœurs sont, à peu de modifications près , les mêmes pour toutes les nations. Avant la conquête, fixés par suite de leur croyance religieuse, ils étaient di-
visés en villages établis tant au bord des rivières, des lacs, que dans les bois ou au milieu des plaines, dont ils croyaient descendre; partout pêcheurs , chasseurs et surtout agriculteurs. La chasse n'était pour eux qu'un délassement, la pêche une nécessité , et l'agriculture leur procurait les provisions et les matières premières servant aux boissons qui, de même que chez les Chiquitéens , se faisaient dans une maison commune oii l'on recevait les étrangers , et où , dans certains jours, les habitans se réunissaient pour boire, chanter et danser; mais ces diversions avaient un caractère de gravité qu'on ne trouvait pas chez les Chiquitos; leurs coutumes étaient aussi plus barbares. Un Moxos immolait, par superstition, sa femme, si elle avortait, et ses enfans, s'ils étaient jumeaux, tandis que de son côté la mère se débarrassait souvent de ses enfans quand ils l'ennuyaient. Le mariage était une convention résoluble à la volonté des parties, et la polygamie était ordinaire. L'habitude d'être toujours en pirogue leur faisait chercher les cours d'eau, qu'ils parcouraient incessamment, soit pour chasser, soit pour pêcher ou même pour aller à leurs champs. Ils étaient tous plus ou moins guerriers; mais les
traditions et les écrits ' ne nous ont conservé Ja mémoire que d'une seule nation anthropophage , mangeant ses prisonniers : c'était la canichana, qui, même aujourd'hui, est encore la terreur des autres. Les mœurs de cette nation ont été modifiées par le régime des missions; mais elle a conservé beaucoup de ses coutumes primitives.
L'industrie était plus avancée chez les Moxéens que chez les Chiquitéens. Les hommes ornaient leurs armes, qui consistaient en arcs, flèches et lances, creusaient leurs pirogues avec des haches de pierre et du feu, péchaient à coups de flèche, chassaient et cultivaient. Les femmes filaient le coton, et en faisaient, avec beaucoup plus de délicatesse que dans la province de Chiquitos, des tissus pour leurs vêtemens ou pour leurs hamacs, indispensables dans un pays presque toujours inondé. Si nous devons en croire un écrivain assez moderne2, les Moxos auraient,
1. Relation de la mission aposlolica de los Moxos (1696), p. 34.
2. Viedma, Informe gênerai de la provincia de Santa- CruZy p. 89, §. 521; manuscrit dont nous possédons l'original.
par des raies faites sur des planchettes, reproduit leurs pensées et conservé leurs annales, ce qui annoncerait un commencement de civilisation dont ils n'ont pas, du reste, conservé la moindre trace. Aujourd'hui les Moxéens sont, sans contredit, les plus industrieux, les plus adroits de tous les indigènes du haut Pérou, pour le tissage autant que pour une foule de petits ouvrages. Ils sont bons musiciens et peintres assez habiles; mais, jusqu'à présent, ils ne font qu'imiter, et n'ont pas le génie de l'invention.
Le costume annonçait jadis plus de civilisation parmi quelques nations des Moxéens que chez les Chiquitos. Les Baurès étaient complètement vêtus de chemises sans manches, faites de tissus ou d'écorces àejicus ; lesMoxos avaient à peu près le même costume. Toutes les nations s'ornaient la tête de plumes; presque toutes aussi avaient la coutume de se peindre la figure !, et beaucoup se perçaient la lèvre inférieure et la base des narines , afin d'y suspendre des ornemens. Les hommes portaient, au cou, les dents de leurs ennemis tués à la guerre, tandis que