‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 83 sur 117 · NATION 1TE OU ITENES · texte numérisé non relu

NATION 1TE OU ITENES

Interrogée sur son nom, cette nation nous a dit s'appeler lié et Iten; d'où nous ayons conclu qu'elle avait donné ce nom à la rivière qui vient, de l'est, se réunir au Mamoré, vers le 12.e degré sud, et que les Brésiliens connaissaient sous celui de Guaporé. Dans la province, les liés sont connus sous la dénomination de Guarayos , appliquée tour à tour aux Guaranis et aux Chapacuras, et qui, de même que celle de Guaycurus } donnée à toutes les nations du Chaco et à beaucoup de peuples du Brésil , a successivement désigné pour les Espagnols de ces contrées, tous les indigènes encore sauvages.

Les Iténès ont jusqu'ici conservé leur état primitif de liberté. Possesseurs du territoire compris entre le Rio Iténès et le Rio Mamoré, dans le delta formé par le confluent de ces deux rivières, jusqu'à une trentaine de lieues vers le nord , ils sont tous sauvages , et habitent les mêmes lieux où ils ont toujours vécu. Ils vivent divisés en hameaux dans l'intérieur des terres, au milieu des bois, ou sur les rives des ruisseaux afïluens du Mamoré, et de là parcourent incessamment le Rio Iténès et le Rio Mamoré, ainsi que les forêts qui s'étendent au nord du premier. Le pays

qu'ils occupent est circonscrit entre les 12,e et 13.° degrés de latitude sud, et les C7.e et 68.e degrés de longitude ouest. Leurs voisins, avant la fondation des missions, étaient, au sud- est, les Canichanas; au nord-ouest, les Movimas, et à l'ouest, les Cayuvavas: ces mêmes nations les entourent encore aujourd'hui. Nous avons appris par quelques Iténès, captifs à Exaltacion, que leur nombre peut être de 1,000 à 1,200.

Autant que nous en pouvons juger par trois Iténès, les seuls que nous ayons vus, la nation ne doit en rien différer des Cayuvavas et des Moxos, pour la couleur, pour les formes, pour les traits; elle semble seulement avoir plus de sérieux dans la physionomie. L'un des trois Iténès, encore jeune, avait une figure des plus intéressante.

La langue des Ités est distincte des autres de la province, pour le fond et pour la prononciation; mais nous supposons qu'autrefois il y aura eu contact entr'eux et les Chapacuras; car il se trouve, dans les deux langues, quelques mots dont l'étroite analogie ne saurait être due au hasard; néanmoins tout est différent dans chacune. Celle des Iténès est, sans aucun doute, la plus laconique, la plus douce, la plus euphonique de toutes les langues américaines; tous les mots s'y terminent par des voyelles, et aucun ne contient de consonnes dures. Les sons gutturaux et nasals n'y sont pas connus, et les seuls composés de consonnes résultent de la jonction du b au z français, assez communs et sans dureté. Les lettres f, g, y, /, x

manquent absolument. 11 n'y a aucune anomalie dans les substanlifs; les adjectifs sont en même temps des deux genres. En un mot, la langue ité est la plus simple dans sa prononciation , comme la plus laconique dans ses formes; souvent une seule émission de son suffit pour indiquer un objet. Le système de numération des Iténès ne va que jusqu'à cinq, et n'a aucun rapport aux noms des doigts.

Leur caractère ressemble peu à celui des Moxos; mais il présente quelques rapports avec celui des Canichanas. Indépendans et fiers au-delà de toute expression , courageux jusqu'à la témérité et guerriers indomptables , ils ne paraissent pas manquer entr'eux de franchise et de bonté. Ils ont mieux aimé se voir décimer journellement depuis plus d'un siècle, que de se soumettre au zèle religieux des Jésuites ou au joug des Espagnols. Encore aujourd'hui ce qu'ils étaient au temps de la découverte, ils doivent sans doute le maintien de leur indépendance à l'union qui semble régner entr'eux.

Leurs mœurs sont fort singulières. Vivant en des hameaux, au milieu de leurs déserts, défendus par d'immenses marais ou par des forêts peu accessibles, ils ne s'occupent de la demi -civilisation qui les entoure, que pour se glisser, à l'aide de leurs pirogues, dans les petits afïluens du Mamoré et de l'Iténès. Là ils épient les Indiens des missions et les soldats brésiliens du fort de Beira, les attaquent à l'improviste, surtout à la faveur de la nuit , et les tuent seulement

pour s'approprier des instrumens de fer. Chasseurs intrépides et pêcheurs infatigables, ils n'en sont pas moins agriculteurs. Jamais ils n'ont été anthropophages.

L'industrie chez les Iténès est assez bornée. Ils savent tisser et peindre ; mais ils excellent surtout dans l'art de confectionner leurs armes; leurs flèches sont armées d'un os pointu , et ornées d'une foule de dessins qui les rendent des plus curieuses. Leurs pirogues sont très-longues et peu larges. Leur costume paraît ressembler à celui des autres Indiens de la province; de même leurs femmes portent la chemise sans manches. Ils se peignent la figure, et les jours de gala s'ornent la tête de plumes artistement placées.

Leur gouvernement se réduit réellement à rien. Des caciques les conduisent au combat, sans avoir, du reste, aucune autorité.

Leur religion, sur laquelle nous n'avons que des notions très- vagues, se bornerait à craindre un génie malfaisant, connu sous le nom de Tumékè (Touméké).

Tous les caractères physiques des Iténès sont les mêmes que ceux des Moxos ; leurs mœurs les rapprochent des Canichanas, tandis que leur langage, le plus doux de toute la province, a, malgré ses différences de prononciation, quelques mots voisins de celui des Chapacuras. En résumé, les Iténès appartiennent évidemment au rameau moxéen.

NATION PACAGUARA.

Cette nation, connue des Espagnols des missions de Moxos et des indigènes, sous le nom de Pacaguara, est appelée différemment par les Brésiliens. Nous en avons rencontré plusieurs hommes et plusieurs femmes, qui nous en ont appris le peu que nous en savons, et d'après lesquels nous avons cherché à en déterminer les caractères physiques.

Les Pacaguaras, qui ont habité de tout temps le confluent du Rio Béni et du Mamoré, vers le 10.e degré de latitude sud et du 67. e au 68.e degré de longitude ouest, forment de grands villages au sein des forets bordant ces larges rivières. Ils sont, pour ainsi dire, en dehors du territoire de la province de Moxos, et appartiennent probablement à ces nombreuses nations disséminées sur les rives du Rio de Madeira, sur l'Amazone et sur ses alïluens. Nous ne connaissons pas leurs voisins du nord ; au sud , les plus proches sont les Iténès et les Cayuvavas; encore n'ont -ils de relations qu'avec ces derniers. Plusieurs fois on les amena à Exaltacion pour les convertir au christianisme; mais, comme on les a toujours trompés, tous sont rentrés dans leur asile primitif, sauf une douzaine d'entr'eux, restée à Exaltacion. Leur nombre total peut être de 1,00(Î environ.

Leur couleur nous a paru être, en tout, celle des Moxos. Leur taille, autant que nous avons pu en juger, serait peut-être un peu moins élevée; mais leurs formes et leurs traits réunissent tous les caractères de ceux des Moxos , et surtout des Cayuvavas par le plus de sérieux de leur physionomie.

Le langage pacaguara, tout en différant par le fond de celui des Cayuvavas , a néanmoins quelques rapports de prononciation avec ce dernier, et conséquemment par la dureté de ses sons, un peu d'analogie avec l'itonama, la canichana et la movima. On y trouve la complication de sons de consonnes réunies, tels que tz , ts , dj et jn, tantôt avec toute la gutturation de la prononciation espagnole, tantôt avec la prononciation plus douce des Français. Le z , le ch de cette dernière langue y sont fréquens; ainsi que ses diphthongues, comme on, an, et le son de Vu, pourtant plus nasal. Presque tous les mots se terminent par des voyelles, et il n'y a d'exceptions que pour les sons composés en on et an, et pour le ch français, sans qu'aucun de ces sons soit dur. Trois lettres, Vf, 17 et Xx , ne sont pas employées. Les adjectifs sont des deux genres à la fois; et la langue ne présente aucune anomalie. Le système de numération ne s'étend que jusqu'à dix et vient probablement du nombre des doigts.

Le caractère des Pacaguaras paraît ressembler à celui des Cayuvavas : même bonté, même hospitalité, même franchise, même loyauté; toutes vertus aux-

quelles ils joignent de la hardiesse et un génie entreprenant. Ils ont toujours été disposés à aider les Espagnols et les Brésiliens , sans néanmoins s'occuper jamais des querelles de ces deux nations. S'étant plusieurs fois laissé conduire dans les missions des Jésuites, ils se montraient disposés à se soumettre sans résistance aux règles de conduite qu'on aurait voulu leur imposer. Pour les mœurs, les Pacaguaras ont aussi un grand fond de ressemblance avec les Moxos; spécialement navigateurs , chasseurs , pêcheurs et agriculteurs, ils sont très-pacifiques et ne paraissent pas chercher à indisposer leurs voisins, avec lesquels ils vivent toujours en bonne intelligence. Leur industrie se borne au tissage des étoffes pour vôtemens et à la confection d'armes et de pirogues , semblables à celles des Moxos.

Leurs chefs, avec très-peu d'autorité, ne sont guère que de simples conseillers.

Nous n'avons obtenu d'autre notion sur leur religion que celle de leur croyance en un être bon, nommé Huara, et en un malin esprit nommé Yockina, pour lesquels ils n'ont pas de culte extérieur.

En résumé,* nous croyons qu'en raison de leurs caractères physiques et moraux , les Pacaguaras appartiennent positivement au rameau moxéen.

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