‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 82 sur 117 · Père de Eguiluz, p · texte numérisé non relu

Père de Eguiluz, p

2. Si l'on devait en croire les matériaux sur lesquels Brué a construit ses cartes de l'Amérique méridionale , les Carubabas habiteraient, d'après celle de 1826, jusqu'au 12.e degré de latitude sud, tandis que, dans celle de 1834, ils s'étendent jusqu'au 10.e

serts d'une immense étendue. Tous Chrétiens, ils sont actuellement réunis dans la mission d'Exaltacion , sur la rive ouest du Mamoré, à douze lieues au-dessous de l'embouchure du Rio Yacuma. Le nombre des Cayuvavas était, en 1831, de 2,073 individus.1

Par la couleur, la taille élevée des hommes, leurs formes robustes, leurs membres replets, leurs traits réguliers et agréables, leur douce physionomie, les Cayuvavas ressemblent auxMoxos, dont ils ne diffèrent peut-être que par plus de sérieux dans l'aspect général, réunissant, du reste, tous leurs caractères physiques.

La langue cayuvava se distingue de toutes les autres langues de la province de Moxos, par le fond des mots; car , bien qu'elle présente encore un peu d'analogie avec les idiomes itonama, canichana et movima, pour la dureté de beaucoup de sons, elle est néanmoins plus euphonique. La complication des sons de consonnes réunies est assez fréquente. Celle de dz et de dj , devant des voyelles, est un peu dure; néanmoins alors la seconde consonne a toujours le son doux de la prononciation française. On retrouve encore, parmi les sons propres à celte langue, Vu légèrement nasal, le z , Ye muet, le ch, et des finales en an et ain, les seules, du reste, que terminent des consonnes, toutes les autres finissant invariablement par des voyelles.

1. Le père Eguiluz évaluait, en 1693, leur population à 3,000 âmes (p. 35).

Le son guttural du j espagnol est très-commun, ainsi que le c/i de cette langue, et 17 est la seule lettre qui manque. Nous n'avons remarqué aucune anomalie. Les adjectifs sont des deux genres. Le système de numération n'a pas de rapport aux noms des doigts; mais il offre une particularité nouvelle. Les nombres, qui ordinairement ne se joignent à d'autres qu'après dix, sont joints, dans la langue cayuvava, dès le nombre six; ainsi toutes les autres langues américaines ont des noms différens jusqu'à dix; puis elles comptent dix et un, pour onze, tandis que chez les Cayuvavas les nombres ne changent que jusqu'à cinq seulement; pour six, on dit Carata rirobo , cinq et un; pour sept, Mitia rirobo, deux et cinq, et ainsi de suite, jusqu'à dix; puis commencent les dizaines, allant seulement jusqu'à cent.

Le caractère des Cayuvavas a beaucoup de rapports avec celui des Moxos; néanmoins nous le croyons meilleur. Ardens, hardis, entreprenans, industrieux, francs et loyaux , les Cayuvavas se font aimer de tous ceux qui les connaissent. Par les mœurs également, ils ne diffèrent pas des Moxos; seulement, les plus habiles rameurs de la province, les plus habiles pilotes du Mamoré, ils connaissent mieux la navigation que les autres Moxéens. Ils sont pêcheurs, chasseurs et agriculteurs. Jadis ils étaient guerriers redoutés. Sous le rapport de l'industrie , ils ne le cèdent en rien aux Moxos, surtout en ce qui a trait à l'agriculture. Le costume national est actuellement celui des Moxos.

Leurs armes, lorsqu'ils étaient sauvages , étaient l'arc, la flèche et la lance. '

Nous ne savons rien de positif sur leur ancien gouvernement; mais les huit sections qui les partagent à la mission d'Exaltacion 2, nous feraient croire que la nation a dû être divisée sous les ordres de chefs différens. 3

Bons Catholiques , les Cayuvavas n'ont conservé de leur religion primitive que le nom d'un être protecteur de toutes choses, YIdaapa, et celui d'un génie du mal , cause de tous les malheurs , le Maïnajé. Ils admettaient l'immortalité de l'âme. Ayant conservé quelques-unes des superstitions de leur état sauvage, ils croient, comme les Itonamas, empêcher la mort de sortir du corps d'un malade à l'agonie, en lui fermant la bouche et le nez. Les hommes ne se livrent à aucun travail pendant la menstruation de leurs femmes, et n'osent rien entreprendre lorsqu'ils sont veufs.

Les Cayuvavas, voisins des Moxos par tous leurs caractères, apparliennent évidemment au même rameau , comme nation distincte par le langage.

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