‹ L'homme amâericain de l'Amâerique mâeridionaleChapitre 9 sur 117 · Voyez de Brosse, HisU des navig,, t. 1, p · texte numérisé non relu

Voyez de Brosse, HisU des navig,, t. 1, p

En 1610, ïurner1 fit voir à la cour de Londres le fémur d'un géant du Mexique, dont les proportions étaient démesurées; il dit que près de la Plata, des géans allaient tout nus , qu'il en avait vu un de douze pieds de haut, lequel, à la vérité, était le plus grand de la contrée. Il est probable que l'ossement était celui d'un mastodonte, et quant aux géans de la Plata, ils étaient de l'invention de Turner ou calqués sur ceux de Pigafetta ; car , à la rive nord de l'entrée de la Plata , il n'y avait que les Charmas, et sur l'autre rive les Puelches, qui ne sont rien moins que des géans.

En 1614, George Spilberg2 dit qu'étant à son bord, dans le détroit de Magellan, il aperçut, sur la Terredu-Feu, un homme de grande taille, qui se montra plusieurs fois sur les collines. N'y aurait-il pas eu ici un peu d'illusion? Ce serait le seul exemple d'un homme de haute stature rencontré à la Terre-du-Feu , habitée seulement par des races d'une taille peu avantageuse. 11 dit avoir trouvé deux tombeaux, l'un contenant des ossemens d'une taille ordinaire , l'autre de beaucoup plus grands.

Dans les lieux où Olivier de Noort avait vu les Patagons de hsftite stature, les Hollandais Lemaire et

1. Introduction générale aux voyages de Byron, Wallis, etc., trad. franc., t. I.cr, p. 56.

2. Spilberg, p. 22 et 23; Recueil de la Compagnie des Indes, t. VIII, p. 29 à 31 , et de Brosse, Hist. des nauig., t. I.er,liv.lII,p. 344.

Schouten l ne trouvèrent , en 1 6 1 5 , que des sépultures , dont les ossemens leur firent croire que les habitans devaient avoir dix à onze pieds de haut. Il fallait que l'esprit d'exagération fût alors poussé bien loin , pour reconnaître, d'après des ossemens qui montrent toujours une taille inférieure à celle de l'homme vivant, une stature de dix à onze pieds ; aussi ne chercheronsnous point à discuter quel fond on doit faire sur le récit de ces voyageurs , qui pourraient bien avoir pris des ossemens fossiles pour des ossemens humains.

L'Espagnol Garcia de Nodal2, en passant par le détroit de Lemaire, en 1618, ne vit que les Fuégiens, qu'il a représentés comme des hommes pleins de douceur.

Le Hollandais Jacques l'Ermite , passant par le détroit deLemaire, aperçut aussi , en 16243, les habitans de la Terre-du-Feu. Son voyage est le premier où cette nation soit bien décrite pour la stature et le costume; c'est aussi celui qui présente le plus de faits vraisemblables.

Les Anglais Narborough et Wood 4, qui abordent , en

1. Rec. de la Comp. des Indes, 1725, t4VIII, p. 128; de Brosse, Hist. des nav., 1. 1 , liv. III , p. 353.

2. De Brosse, Hist. des nav. aux Terres austr. , t. I , p. 423.

3. Hist. des navig., t. I, p. 442. C'est un voyage des plus véridique.

4. Voyez en l'extrait, Hist. des navig., t. II, p. 21 ; Voy. de Coreal, t. II, p. 231-284 : c'est le voyage le plus judicieux pour tout ce qu'il décrit.

1 670 , au port Saint-Julien , y rencontrent des hommes de moyenne taille , dont ils décrivent si bien le costume et les armes, qu'il est impossible de douter que ce ne soient des Patagons. Ils voient aussi les Fuégiens près de l'île Elisabeth , et remarquent qu'ils répètent souvent le mot Ursack. Ils nient absolument l'existence de Patagons géans ; et leur opinion a d'autant plus de poids, que tout, dans leur relation, est marqué au sceau de la vérité.

Degennes, parti de la Rochelle en 1696, voit des Fuégiens au port Famine1, et annonce que ceux-ci habitent les deux rives du détroit. Il les décrit assez bien et dit que le plus grand n'avait pas six pieds.

Beauchesne-Gouiu 2 , parti du même port, voit, en 1699, les Fuégiens seulement; il rapporte aussi que ces peuples couvrent les deux rives du détroit; mais qu'ils sont divisés en deux tribus, celle des Laguediche, habitant depuis l'entrée occidentale jusqu'à Saint- Sébastien, et celle des Aveguediche , s'étendant du cap Saint-Jérôme au cap Gâte ; il les indique comme étant de moyenne taille.

Frézier, en 1 7 1 2 , passe en dehors de laTerre-du-Feu. On ne peut trouver que de vagues renseignemens dans

1. Voyage de M, Degennes, par Froger, en 1700, édit. in- 12, p. 97, et HisL des navig., t. II, p. 109.

2. La relation de cette expédition, écrite par Villefort, enseigne de vaisseau , est imprimée, mais seulement en extrait , rlans Y HisL des navig. aux Terres ausir., t. II , p. 113.

tout ce qu'on a fait dire à cet auteur sur les Patagons; il dit lui-même ne les avoir pas vus, et avoir appris des Chonos, qui les appellent Caucahues , leur existence à l'est des Cordillères. A ce propos , il cite l le capitaine Harenton, de Saint -Malo, qui, en 1704, les aperçut au cap Grégoire; le Carman, de Marseille, qui les vit à la baie Possession; et, d'après ces autorités, rapporte que leur taille est de neuf à dix pieds. Il est facile de juger que l'opinion de Frézier , si long-temps d'un grand poids dans la discussion, se base sur des ouï -dire de marins, et non sur ses propres observalions. Il fait l'historique abrégé de ceux qui ont vu les Patagons géans, et les grandit encore.

En 1745, les pères Cardiel et Quiroga2, envoyés pour reconnaître la côte de Patagonie à l'effet d'y fonder une colonie , ne rencontrent point de Patagons ; mais au port Saint-Julien , ils voient un tombeau , et reconnaissent que les corps sont de stature ordinaire. Le tombeau était bien cependant celui d'un Patagon , avec des chevaux tués autour.

1 . Voyage de Frézier, p. 7 8 ; mais les citations des deux capitaines ne sont faites que d'après des rapports verbaux de marins; car nulle part ces relations n'ont été imprimées; elles ont cependant servi de base à beaucoup d'auteurs.

2. Voyez Charlevoix , Histoire du Paraguay, t. III, p. 271, et Collection de M. d'Ângelis , t. I ; Viage de los padres Quiroga y% Cardiel, p. 28 , 16-20, et padre Guevara , Historia del Paraguay, p. 31.

Le président de Brosse, dans son Histoire des navigations aux Terres australes , rassemble les rapports des voyageurs sur les Patagons, discute les relations, et finit par croire à leur existence en qualité de géans 1 ; mais les considère très -judicieusement, comme bien distincts des nations de navigateurs du détroit , toutes de moyenne taille. Suivant lui , la raison qui aurait empêché les premiers de se montrer au dix- septième siècle , serait leur retraite dans l'intérieur des terres , par suite de la peur des navires, ou leur habitude de ne venir que par intervalles vers la côte.

L'amiral Anson, en 1741, ne vit pas d'Américains à l'extrémité australe de l'Amérique ; mais les officiers du Wager rencontrèrent les Fuégiens2 sur la côte ouest de l'Amérique dans le détroit 3 , et aperçurent de loin les Patagons à cheval , un peu au nord du cap Sainte- Marie. Quant aux autres nations des Pampas dont ils donnent la taille 4, ce sont les Péhuenches et non les Patagons.

En 1762, Bernardo Hanez5 dit n'avoir jamais rencontré de Patagons qui passassent deux varas et trois pouces (à peu près 5 pieds 9 pouces).

1. Histoire des navigations aux Terres australes. , t. II , liv.V,p.331.

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