SCÈNE III
(L'Homme-au-Grand-Coutelas revient avec sa femme, fredonnant: « Allons-y, quel beau pays! » Mayiwane tient une marmile dans ses mains.)
MAYIWANE. — Îci (elle montre la marmite), je te cuirai le foie de la grande. C’est ton morceau de prédilection, je le sais!
L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS, — Merci, ma vieille! Tu es toujours pleine d’attentions. (1/ s’installe devant sa pierre et aiguise son couteau. À l'intérieur, Halandi chante le refrain suivanp) ;
Ac. EP ENS
Ne vous l’ai-je pas dit, mes sœurs; vous l’ai-je pas dit, mes
ÉSRRs
( Je vous ai dit: Prenons le p’titche-min.
sœurs | Le grand chemin nous conduitau malheur. è C’est le chemin quesuiventles gens derien. )
(Aux derniers mots du refrain, l’ogre se lève et va écouter à la porte de la huite.)
L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. -—— Dormentelles déjà ? On dirait qu’elles causent encore.
HALANDI. — Oh! ces moustiques !..…. ces moustiques.
L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Tu ne dors:
pas encore, fillette ? Qu'est-ce qu'il y a-donc ?
HALANDI. — Je suis dévorée par les moustiques.
L’HOMME-AU GRAND-COUTELAS. — Attends, je vais te donner une couverture pour te garantir de leurs morsures. (Il jetle par la porte une couverture à l'intérieur.) Et maintenant, dépêche-toi de dormir. Il y a déjà longtemps que vous êtes allées vous coucher.
(Il aiguise son coutelas) : Kouétché! Kouétché!
HALANDI (chante de nouveau son chant).
L’HOMME-AU-GRAND-COUTELAS (entend les dernières notes). — Coquine de fille, tu ne dors “toujours pas ? |
HALANDI. — Ces affreux moustiques! quelle engeance !
L’HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — I] te faut donc encore d’autres couvertures ? Tiens (il en jette un paquet dans la butte) et dépèche-toi de dormir. (11 s'assied de nouveau et aiguise son coutelas.)
HALANDI (passe la têle par la porte el le voit. Elle se couvre les yeux de terreur. Elle rentre). — Mes sœurs, allez voir là dehors ce qui se passe. |
(Toutes les lêles apparaissent les unes après les autres et disparaissent de nouveau avec des airs épouvantes.)
KHANYISA. — Filons au plus tôt!
HALANDI. — Mettons des défenses d’éléphant sous les couvertures à nos places.
JÉMINA ET TOUTES LES AUTRES (& voix basse). — Ça y est ! Filons ! Filons! Filons! (Elles se glissent par la porte, à quatre païles, sans être vues de l’'Homme-au-Grand-Coutelas.)
L'HOMME - AU - GRAND-COUTELAS (applique son oreille contre la porte). — Dormez-vous enfin ? (à Mayiwane) : On n’entend plus rien. C’est le moment. Prépare ta marmite, la vieille. Ah!
quel massacre !... (Il entre et tape à grands coups de son coutelas dans les couvertures.) Hé ! quels os elles ont, ces filles! La bonne moëlle qu'il y aura là-dedans ! Des os d’une dureté !!!
MAYIWANE. — Faut-il qu’elles dorment bien pour n’y rien sentir et ne pas crier. (4 /’Hommeau-Grand-Coutelas). Tires-en une dehors !
L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS (fire quelque chose dehors, sur la scène). — C’est une défense d’éléphant ! ! Oh ! les satanées filles ! Elles ont filé !... C’est cette coquine de petite qui ne voulait pas dormir !
MAYIWANE. — Malheur et malédiction !...
Elle a filé, la bonne petite viande fraiche!
L'HOMME-AU-GRAND-COUTELAS. — Rien nest perdu, ma vieille! Je vais leur courir après et les ramener mortes ou vives.
(I! court d'un bout à Pautre de la scène, brandissant son coutelas en grinçant des dents.)
Rideau.
NARRATEUR.— Les jeunes filles coururent à toutes jambes, jusqu’au matin. Quand le soleil se leva, elles commencèrent à craindre et se dirent : « Peutêtre l’'Homme-au-Grand-Coutelas s'est-il mis à notre poursuite et nous atteindra-t-il. » Elles rencontrèrent Mne la Grenouille auprès du gué du ruisseau et lui demandèrent asile, « Cache-nous dans ton ventre », dirent-elles. Celle-ci y consentit, elle les avala toutes les sept. Puis elle mangea un peu de dent-de-lion pardessus et attendit.
ACTEYTIT