DE L’EMPLOI DI" BRONZE DANS L'ANTIQUITÉ
habilité, qui se présente ù priori , qu’une substance composée et comparativement dispendieuse, telle que le bronze, ait été employée généralement avant un métal aussi commun que le fer, nous devons, bien entendu, chercher autre part des preuves de ce fait.
Hésiode, qui vivait, croit-on, environ 900 ans avant Jésus- Christ, et qui est le plus ancien auteur européen dont les ouvrages nous soient parvenus, atlirme positivement que le fer a été découvert après le cuivre et l’étain. En parlant de ceux qui étaient les anciens, pour son époque, il dit qu’ils employaient le bronze et non pas le fer :
toi; S' r’v yaXxsa u.£v rvj/tz. yâXxeoi Si ts oumi yaXxw S' £ÎpY*^ovTo; asXa; S' n'jy £<ncs <;lSr,p%.
Les poèmes d’Hésiode, aussi bien que ceux d’Homère, prouvent que le fer, il y a près de trois mille ans, était connu et apprécié à sa juste valeur. Il est vrai que, comme le dit le docteur Smith dans son Dictionnaire des antiquités grecques et romaines , le bronze, « dans X Iliade et dans \’ Odyssée, est toujours la matière première des armes, des instruments, des vases de toutes sortes; le fer n’est cité que beaucoup plus rarement. » Tout en admettant ce qu'on vient de lire comme strictement correct, il faut se rappeler, cependant, que chez les Grecs le mot fer (ctSr,po() était employé, même au temps d’Homère, comme synonyme d'épée, et qu’ils paraissent avoir aussi connu l’acier sous le nom d'câïotga; et peut-être aussi de xdavo;, au temps même d’Hésiode. Nous pouvons donc dire que la guerre de Troie a eu lieu dans l'époque de transition de l’àge de bronze à l’âge de fer.
Lucrèce mentionne distinctement les trois âges. Il dit :
Arma autiqua, maaus, ungues, denlesque fucrunl Et lapides, et item sylvarum fragniina rami, l’osterius ferri vis est, ærisque reporta,
Sed prior a.ris erat, quum ferri eugnitus usus (1).
(I) Vers 1282.
DK L EMPLOI nr BKONZE DANS L'ANTIQUITÉ.
Pour en arriver il des temps plus modernes, Eccard (I) en 1750, et Gogueten 1758 (2), indiquent clairement les trois derniers âges (3). La même idée se retrouve dans X Histoire de la Cornouailles, par Borlase. Sir Richard Colt Hoare exprime aussi l’opinion que les instruments de fer, « dénotent une période beaucoup plus récente » que ceux de bronze; mais c’est M. Thomson, le fondateur du grand musée de Copenhague, qui, le premier, a appliqué ces observations comme la base d’une chronologie scientifique.
Il est fort difficile à présent d’assigner une date à l’introduction du fer dans le nord de l’Europe ; il est néanmoins probable que l’emploi de ce métal s’est rapidement répandu en Europe. Non-seulement il semble probable, à priori, qu’une découverte aussi importante devait se propager avec rapidité, mais il est aussi évident que la même organisation commerciale, qui avait déjà transporté l'étain de la Cornouailles sur tout notre continent, devait également faciliter la propagation du fer aussitôt (pie ce métal bien plus utile eut été découvert. Quoi qu'il en soit, quand les armées de Rome mirent en contact la civilisation du Sud avec celle du Nord, elles trouvèrent que la valeur du fer était déjà bien connue à leurs nouveaux ennemis; l’excellente qualité des armes de ces peuples indiquait des progrès considérables dans l’art métallurgique. Il n’y a pas lieu de penser que les armes de bronze fussent encore, à cette époque, en usage dans le Nord, car, s’il en avait été ainsi, les écrivains romains en eussent certainement parlé. La description que nous fait Tacite des armes calédoniennes nous prouve que les épées de bronze n’étaient plus en usage en Écosse au temps où il écrivait. On pourrait, d’ailleurs, citer bien des cas dans lesquels des quantités considérables d’armes, appartenant à la période romaine, ont été
(1) Eccard, De origine et moribus (lermanorum.
(2) Goguel, De l'origine des lois, des arts et des sciences. Voy. chap. iv et la Préface.
(3) Voyez Rhind, dans Arcli. ins. Journ., vol. XIII.