DR R’ AG R DR BRONZG
l’architecture druidique, dans l’Europe occidentale, fut remplacée par un style entièrement différent, tandis que dans l'Inde, au contraire, elle suivit son développement naturel ; aussi faut-il un œil exercé pour découvrir dans les grossiers dolmens, dans les cercles de pierres et les tumuli, les prototypes de l'architecture si ornée des bouddhistes.
11 est un fait très-remarquable, c’est que même à notre époque, quelques-unes des tribus habitant les pays montagneux de l'Inde contin uent à élever des dolmens et d’autres combinaisons de pierres gigantesques, quelquefois en rangées, quelquefois en cercles; mais dans tous les cas ressemblant beaucoup à ceux qu’on trouve dans l’Europe occidentale. Chez les Khasias (1), « les cérémonies des funérailles sont les seules qui aient quelque importance ; elles sont faites avec beaucoup de pompe et nécessitent de grandes dépenses; ils érigent comme monuments des pierres grossières, soit seules, soit en rangées, soit en cercles, soit supportées les unes par les autres, comme celles de Stonehengc, avec lesquelles elles rivalisent en dimension. »
Ceux qui croient que l’usage du métal a été introduit en Europe par une race d’origine indo-européenne trouveront dans ces faits intéressants la confirmation de leur opinion; mais, d’un autre côté, le professeur Nilsson peut en appeler aux passages de l'Ancien Testament, qui prouvent que de semblables coutumes existaient, sinon chez les Phéniciens, tout au moins chez leurs voisins. Ainsi, nous lisons dans la Genèse (xxxi) que « Jacob prit une pierre et la dressa pour monument » ; et dans le verset 51 : « Laban dit à Jacob : Regarde ce monceau de pierres, vois le monument que j'ai dressé entre moi et toi. Ce monceau et ce monument seront témoins que je ne passerai point ce monceau de pierres pour aller à toi ; et qu’aussi tu ne passeras point ce monceau et ce monument pour me venir faire du mal. » Au mont Sinaï, Moïse dressa douze pierres (2). Puis encore, quand les enfants d’Israël eurent traversé
(1) Himalayan Journal du docteur Hooker, vol. Il, p. 270.
(2) Ex., xxtv, A.
DE l.’AGE DE RRONZE.
le Jourdain, Josué prit douze pierres et les dressa à Gilgal ; « el il parla aux enfants d’Israël et il leur dit : Quand vos enfants interrogeront à l’avenir leurs pères et leur diront : Que veulent dire ces pierres? vous l’apprendrez à vos enfants en leur disant : Israël a passé ce Jourdain à sec (t). » Dans le Moab, de Saulcy a observé de grossières avenues de pierres et d’autres monuments qu’il compare aux dolmens celtiques ; et Stanley a vu, à quelques milles au nord de Tyr, un cercle de pierres grossières debout.
Des restes plus ou moins semblables se trouvent, en outre, dans différentes parties du monde. Ainsi, en Algérie, MM. H. Christy et L. Féraud (2) ont récemment examiné un grand nombre de dolmens, de cercles de pierres et d’autres restes antiques, ressemblant beaucoup à ceux que, dans l’Europe septentrionale, nous avons l’habitude d'attribuer aux druides. On les trouve en nombre considérable, car, en trois jours, dans le voisinage de Coustantine, MM. Christy et Féraud en ont vu plus de mille. Ils ont ouvert quatorze cromlechs, et tous, comme ils s’v attendaient, étaient des tombeaux. Le cadavre y avait été déposé dans une position assise, accompagné quelquefois d’anneaux de cuivre ou de fer, de silex travaillés et de fragments de poteries ; dans un cas même, ils ont trouvé une monnaie à l'effigie de Faustine, qui vivait dans le second siècle de 1ère chrétienne.
Les voyageurs arctiques mentionnent aussi des cercles de pierres et des rangées de pierres chez les Esquimaux; il parait, cependant, (pie ces cercles de pierres sont très-petits el forment simplement la partie inférieure de leurs habitations.
Ainsi donc il est évident que des monuments semblables ont été élevés dans des pays bien différents et à des époques bien différentes aussi, presque toujours, cependant, pour honorer la mémoire de quelque homme distingué, ou pour rappeler le souvenir de quelque grand événement.
(1) Josué, îv, 21, 22.
(2) Recueil des notices et mémoires de lu Société archéologique de la province de Constantin t, 1863, p. 21 A.