‹ L'homme avant l'histoireChapitre 20 sur 124 · DE L’AGE DE H HO N Z E · texte numérisé non relu

DE L’AGE DE H HO N Z E

Similitude des iuslrumcnls do bronze dans différents pays. — Les instruments de brou/c tic sont pas d’origine romaine. — Quelques archéologues supposent qu'ils sont d'origine phénicienne. — Voyages des Phéniciens. — lliroilcon- — Pyttiéas. — Niluon suppose que Tliulé est la Norvège. — Colonies et commerce phéniciens. — Le bronze est composé de cuivre et d'étain. — L'étain provient du comté de Cornouailles. — Ambre de la nier du Nord. — Cube de Haut dans l’Europe septentrionale. — La question est encore douteuse. — Civilisation de l’âge de bronze. — Architecture de l’âge de bronze. — Stonehengc. — Ahury. — La colline de Silbury est plus ancienne que la route romaine. — Cercles de pierres. — Cercles de pierres, etc., dans l’Inde. — Cercles de pierres en Palestine et en Algérie.

Il y a quatre théories principales sur 1 âge de bronze. Selon quelques archéologues, la découverte ou l'introduction du bronze n'a pas été accompagnée par d’autres changements soudains dans la condition des hommes, mais n’a été que le résultat et la preuve d'un développement graduel et pacifique. Les uns attribuent les armes et les instruments de bronze trouvés dans le nord de l'Europe, soit aux armées romaines, soit aux marchands phéniciens; tandis que les autres pensent que les hommes de l’àge de pierre ont été remplacés par un peuple nouveau et plus civilisé, de race indo-européenne, venant de l'Orient. Ce peuple, apportant avec lui la connaissance du bronze, aurait conquis l’Europe, dépossédé et en quelques endroits entièrement détruit les premiers possesseurs du sol.

Mais il n'est pas nécessaire de supposer que 1 introduction du bronze ait été accomplie partout de la même manière. Le docteur Relier (I) et Sir W. R. Wilde (2), par exemple, peuvent être

(1) iliUheit. lier Antiqulir. Gesellscli. in Zurich, Iîd. XIV, H. fi.

(2) XVildc, toc. cil., i>. 360.

UE L’AGE UE liHO.NZi:.

parfaitement dans le vrai quand ils affirment que, en Suisse et en Irlande, la population primitive, si l’on peut s’exprimer ainsi, n’appartenait pas à une race différente de celle qui plus tard, a employé le bronze.

Bien qu’il soit évident que l'emploi séparé du cuivre et de l’étain ait dû précéder la découverte du bronze, il est à remarquer cependant qu’on n’a pas encore trouvé en Europe un seul instrument d’étain, et que ceux de cuivre sont excessivement rares. On a supposé (pie la Hongrie et l’Irlande font exception ii cette règle. La situation géographique de la Hongrie dispense de toute explication; quant il l’Irlande, il peut être utile d’examiner si réellement elle forme une exception. Le grand musée do Dublin possède 725 haches celtiques et ciseaux, 282 épées et dagues, 276 lances, javelines et pointes de flèches, et cependant sur ces 1288 armes, il n’y a que 30 haches celtiques et une lame d’épée qui soient, dit-on, de cuivre pur (1). Je souligne «dit-on » , parce que ces spécimens n’ont pas été analysés, mais on les suppose de cuivre « à cause seulement des propriétés physiques et de la couleur ostensible du métal » . M. Mallet a même analysé une de ces haches celtiques, et il a prouvé qu’elle contenait une faible quantité d’étain. 11 est possible que pour quelques-uns des usages auxquels on employait les haches celtiques, le cuivre ait été presque aussi avantageux que le bronze; dans tous les cas, il a pu se faire que quelquefois, manquant d’étain, on ait dit se contenter de fabriquer quelques instruments avec du cuivre pur.

Si l’on considère ces faits, il est impossible de trouver en Irlande la preuve d’un âge de cuivre, et personne n’a jamais prétendu y avoir trouvé, ou quelque autre part que ce soit en Europe, la trace d’un emploi séparé de l'étain (2).

Sir \V. R. Wilde admet lui-même « qu'il est remarquable

(1) Le docteur Wilde considère même, en se basant sur d'excellentes raisons, qu’un de cçs spécimens est américain.

(2) On employait quelquefois l’étain pour des objets d'ornementation, mais cet usage, bien entendu, n’ad'ecte en rien noire raisonnement.

M.UUOCK, 3

nu i.agi: in: liUoNZi:.

([u'on ail trouvé si peu il' 'instruments auliques do cuivre, car lu découverte et l’emploi de ce métal ont dit nécessairement premier la manufacture du bronze». Il pense cependant que «l’on peut expliquer ce fait, soit en supposant qu’un espace de temps très-court s’est écoulé entre la découverte des moyens de fondre et de travailler les minerais de cuivre, la découverte de l’étain, et la manufacture subséquente du bronze; soit- en admettant comme probable que presque tous les objets de cuivre ont été refondus et convertis en bronze, l'alliage d’étain les rendant plus durs, plus coupants et plus précieux » (1).

11 y a cependant un puissant argument contre cette théorie d’un développement graduel et indépendant des connaissances métallurgiques dans différents pays : c'est le fait constaté en quelques mots par M. Wright, et qu’il est utile peut-être de répéter ici. que partout où l’on a trouvé des épées ou des haches celtiques de bronze, « que ce soit en Irlande, à l’extrémité ouest de l’ Europe, en Écosse, en Scandinavie, en Allemagne, ou plus à l’orient encore dans les pays slaves, ces armes n’ont pas seulement un caractère similaire, elles sont absolument identiques » . On peut expliquer d’une manière satisfaisante. la grande ressemblance qui existe entre les instruments de pierre trouvés dans les différentes parties du monde, par la similitude de la matière employée et la simplicité des formes. Or, si nous comparons les haches celtiques, les épées, les couteaux, les dagues, trouvés dans toute l’Europe, nous remarquerons une similitude telle, qu’il semblerait presque qu'ils ont tous été fabriqués par le même ouvrier : comparez, par exemple, les figures 1 . S et 9, qui représentent des haches celtiques irlandaises, avec les figures 10, 12 et 11 , qui représentent des spécimens danois; les trois épées, figures t/i, 15 et 10, qui viennent respectivement d’Irlande, de Suède et de Suisse, et les deux figures 17 et 18, la première représentant une épée suisse, la seconde une épée de Scandinavie. Il eût été facile de multiplier

(1) Wilde, lue • cil , i», 357.

ni: l'agk ni: bronzp.

les exemples tle cette similitude, et l’on peut, sans trop s’avancer, affirmer que cette ressemblance n’est pas le résultat d’un accident. Il faut admettre, d'un autre côté, ([ue chaque pays présente quelques particularités de détail. Ni les formes, ni les ornements ue sont exactement semblables. Au Danemark, dans le Meeklcmbourg, les ornements en spirale sont les plus communs; plus au sud, des cercles et des lignes les remplacent. les épées danoises ont ordinairement des poignées solides et richement décorées, comme dans les figures 17-123; les épées trouvées dans la Grande-Bretagne, au contraire, se terminent par une plaque recouverte de bois ou d os. Les tètes de lance anglaises portent fréquemment un anneau a côté du trou où s’emmanchait le bois de la lance, comme dans la figure 27 ; on ne trouve jamais cet anneau dans les spécimens danois.

La découverte de moules en Irlande, en Écosse, en Angleterre, en Suisse, au Danemark et dans bien d'autres pays, prouve que l'art de couler le bronze était connu et pratiqué presque partout.

/ 11 semble donc très-probable que la connaissance des métaux r est une de ces grandes découvertes que l'Europe doit à l'Orient, et que 1 usage du cuivre ne s'est répandu sur notre continent qu’après qu'il avait été reconnu que, par l'addition d'une petite quantité d’étain, on le rendait plus dur et plus précieux.

4- J'ai déjà, dans le premier chapitre, donné les raisons qui, à mon point de vue, prouvent que les armes de bronze ne sont pas d'origine romaine. Je pourrais résumer ces raisons comme il suit :

1" On n'a jamais trouvé des armes de bronze avec des poteries romaines ou d’autres restes de la période romaine.

2" L'ornementation n’a pas le caractère romain.

3“ Les épées de bronze n'ont pas la forme des épées employées par les soldats romains.

k° Le mot latin « femrn » était employé comme synonyme d’épée, ce qui prouve que les Romains employaient toujours des épées de fer.

UK l/AGIi UK lIllOSZK.

5° Les instruments de bronze se trouvent en nombre considérable dans quelques pays, comme, par exemple, le Danemark et l'Irlande, où les armées romaines n’ont jamais pénétré.

En outre, le bronze employé par les Romains contenait ordinairement une grande proportion de plomb, métal qui n eutre jamais dans l’alliage employé pendant l'àge de bronze.

Mou ami M. Wright rapporte trois cas dans lesquels on dit avoir trouvé des épées de bronze au milieu de restes romains.

J'ai déjà fait allusion (page 12) à l'un de ces cas. Quant aux deux autres, il a malheureusement négligé d’indiquer les localités, et je n’ai pu par conséquent vérifier ce qu’il avance. Mais, en supposant même qu'il n'y ait aucune méprise, que les faits soient tels qu'il les suppose, cela ne prouverait rien. I^es épées de bronze sont de belles et excellentes armes, (pii ont certainement dit être conservées comme curiosités, employées même quelquefois. longtemps après que le fer les. avait remplacées dans l’usage général. M. Wright attache beaucoup d’importance au fait qu’on a ordinairement trouvé les armes de bronze auprès des stations et des routes romaines. Cela sans doute est vrai, tout nu moins en Angleterre; mais nous devons nous rappeler que l'Angleterre tout entière est coupée par de nombreuses voies romaines, et que beaucoup d'entre elles, d’ailleurs, étaient de vieilles voies de communication, longtemps avant que César -* débarquât dans ce pays. M. Wright me semble cependant trop oublier que les armes de bronze sont très-communes en Irlande et en Danemark, pays où il n'y a pas une seule route romaine.

Mais .M. Wright ne voit rien en Grande-Bretagne qu’on puisse attribuer à une période antéromaine. Il attribue, comme nous l’avons vu, les armes et les instruments de bronze aux Romains eux-mêmes, les armes de pierre aux Bretons 10111*8 contemporains. Ainsi, ayant remarqué que les instruments de silex sont plus communs près de Bridlington que près de Leeds, il dit (1) :

0) Lecture sur les antùiuitcs de Leeds, p. 19.

DF. 1/ACE DF mtONZF.

« Si ces instruments de pierre appartiennent it une période antérieure à l’invasion romaine, et avant que les métaux aient été extraits du sol, pourquoi ne les trouve-t-on pas aussi fréquemment dans le voisinage de Leedsque dans celui de Bridlington? » U raison me semble évidente, bridlington se trouve dans un pays crayeux ; le silex y est par conséquent abondant, tandis qu’auprès de Leeds on me» trouve pas in situ. Mais si nous attribuons à la période romaine, non-seulement les instruments de bronze, mais encore ceux de pierre, nous demanderons à M. Wright quels sont les instruments dont se servaient les anciens Bretons avant l'arrivée de César? Il serait plus raisonnable de nier immédiatement l’existence des anciens Bretons que de les priver, pour ainsi dire, de tous les moyens d’obtenir leur nourriture; d’ailleurs, il nous est impossible d’oublier que ces soidisant barbares fabriquaient des chariots de guerre, frappaient de la monnaie, et étaient assez forts pour opposer une résistance formidable aux forces mêmes de Rome et au génie de César.

Leurs armes d'ailleurs étaient de fer et non pas de bronze. En somme, on peut, je crois, conclure que le bronze n’a pas été découvert dans l'Europe septentrionale, et qu’il n'y a pas été introduit par les Romains. Examinons donc les arguments do ceux qui attribuent la civilisation de l’àge de bronze à T influence du commerce phénicien. Cette théorie a été récemment défendue 4- avec beaucoup d’habileté par le professeur Nilsson (t). Sir George Cornewall Lewis (-2), d’un autre côté, tout en admettant que le comté de Cornouailles était, dans l'antiquité, la grande source de l'étain, a essayé de prouver que ce métal parvenait « aux nations habitant à l'est de la Méditerranée par la route de terre, à travers la Gaule, et que les vaisseaux phéniciens le chargeaient à l'embouchure du Rhône, sans avoir besoin d'aller jusqu e» Bretagne » .

Selon lui, donc, les récits des anciens voyages sont pour la

(1) Skandinaviska Xordens Ur-invanare. AT. S. Nilsson. Stockholm, 1862.

(2) Examen historique de l'astronomie chez les anciens , par le H. H. Sirtieorge Cornewall I.ewis, 1862.

DE I.’AGE DE BRONZE

plupart fabuleux ou tout au moins exagérés ; mais il ne remarque pas assez que tout ce que nous savons de ces anciens voyages nous vient d’ennemis ou de poëtes ; et il n'est pas besoin de chercher plus loin <jue l’ouvrage de Sir George Cornewall Lewis lui-méme, pour voir combien les auteurs souffrent de ce mode de traitement (1).

Prenez, par exemple, Himilcon, qui» fut envoyé, à l’époque de la plus grande prospérité de Carthage, pour reconnaître les côtes nord-ouest de l’Europe. Ses écrits ne sont malheureusement pas parvenus jusqu'à nous ; tout ce que nous savons de ce voyage, nous l’apprenons par un poëme géographique d’Âvienus, les « Ont waritima », que Sir Cornewall Lewis résume en ces termes : « Le rapport d’Himilcon que le voyage de Gades jusqu aux îles d Étain. c’est-à-dire le comté de Cornouailles, occupait au moins quatre mois, et que la navigation dans ces mers éloignées était interrompue à chaque instant par le calme de l'air, par l'abondance des plantes marines, par des monstres affreux, fables que tous les anciens marins racontaient sur les mers inconnues, ne devait pas être bien attrayant pour les négociants des colonies carthaginoises. » Ce raisonnement n’est pas tout ii fait satisfaisant : car si Himiteon fit réellement ce vovage, de pareils voyages étaient donc possibles ; si, d’un autre côté, il ne le fit pas, si son rapport n’était qu’un tissu de fables, il y a tout lieu de croire que les rusés marchands de Carthage auraient reconnu l’imposture, et seraient parvenus à savoir la vérité, sinon par Himilcon lui-même, tout au moins par quelques-uns de ceux qui l’accompagnaient.

Mais passons; nous examinerons les quatre «fables» dont parle tout particulièrement Sir George Cornewall !>'wis. Il n’est pas nécessaire de parler du « calme de l’air » ; ce serait être injuste envers Sir C. Lewis que de supposer qu'il attachât beaucoup de poids à cette objection. Ce peut être une invention, mais ce n’est

(1) Dans le long chapitre qu’il consacre à la chronologie et aux hiéroglyphes égyptiens, il ne cite pas une seule fois le nom du docteur Young.

DE I.'AfiE DE BH0N7F.

tw

pas une improbabilité. Le temps employé par une expédition d'exploration n'est pas non plus l’indice du temps qu'exigera un voyage commercial. 4e n’attacherai pas non plus beaucoup d'importance aux paroles d'Himilcon, que ses vaisseaux étaient arrêtés dans leur course par les monstres marins. Ce qu’Avienus dit réellement, comme Sir C. Lewis l’admet dans un autre passage, c’est que, au milieu d’un calme, alors que ses vaisseaux étaient arrêtés « ils furent entourés par des monstres marins» (1). On pourrait plaider honnêtement que les baleines étaient probablement beaucoup plus nombreuses sur nos ( êtes dans l'antiquité qu elles ne le soni à présent . les grands mammifères de la mer, aussi bien que ceux de la terre, avant reculé devant le pouvoir irrésistible de l'homme. Mais il n’est pas nécessaire de mettre cette hypothèse en avant. Les monstres marins ont de tout temps vivement ému i imagination humaine, et un poète ne manquerait pas d'y faire allusion, quand il décrit les dangers qui entourent ceux qui, « montés sur des vaisseaux, vont affronter les périls des mers inconnues » .

Le troisième point auquel Sir Cornewall Lewis fait allusion, loin de jeter un doute sur la véracité d'Himilcon, parait être plutêt un argument en sa faveur. Ses vaisseaux, dit-il. ou plutêt Avienus le dit pour lui, étaient « entourés par des plantes marines ». Où était-il quand cela arriva? Tout ce que nous pouvons répondre à cette question, c'est que, en quittant les colonnes d'Hercule, il entra dans l'océan Atlantique, et nous savons que quelques jours de route dans cette direction devaient l'amener il la « mare <h Sargassn » , mer qui a reçu ce nom à cause même de la quantité de plantes marines qu’on y rencontre. Sir C. Lewis dit : «L idée que les vaisseaux ne pouvaient pénétrer dans les mers éloignées, soit à cause de leurs nombreux écueils, soit à cause des obstacles qu’y présentait l'état boueux ou semi-fluide de l'eau, est une idée qu’on retrouve souvent chez les anciens. » 11 est parfaite-

(!)• Voyez I'Appkndice.

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IIK 1,’AfiK i>f. nnoxzi:.

mont vrai que beaucoup d’écrivains anciens, tels, par exemple, qu'Hérodote, Platon, Scylax, Aristote même, parlent de di dieu liés de cette sorte; mais pas un seul d’entre eux ne fait allusion aux plantes marines comme obstacles à la navigation, et l’on ne peut considérer comme un accident, que le seul voyageur qui s’en occupe soit exactement celui qui prit une route telle, que, s’il l’avait poursuivie pendant quelques jours, elle l'aurait amené* à l’endroit même connu encore aujourd’hui sous le nom de « mer des plantes marines» (t).

Pvthéas est un autre écrivain ancien, que Sir C. Lewis, s'appuyant sur l’autorité de Polybe et de Strabon, n hésite pas à flétrir du nom d'imposteur. Polybe met en doute les voyages de Pythéas, parce que Pythéas était pauvre ; mais les grands voyageurs, les grands explorateurs de notre époque, n’appartiennent pas ordinairement non plus à des familles opulentes. Strabon semble avoir des préventions contre Pythéas, parce qu'il prétendait avoir visité des pays qui, selon les théories de Strabon, devaient être inhabités. 11 faut, d’ailleurs, se rappeler que les premiers voyageurs dans le Nord ont dû voir, et à leur retour ont dû raconter bien des choses que les habitants des bords enchanteurs de la Méditerranée devaient regarder comme impossibles ou incompréhensibles. Sir C. Lewis cite principalement quatre assertions incroyables de Pythéas. Tout d’abord il l’accuse d’avoir raconté que si « l’on plaçait du fer non travaillé avec une pièce d’argent, sur le bord du cratère du volcan de l ile de Lipari.on retrouvait le lendemain, à la même place, une épée, ou tout autre article dont on avait besoin ». Ceci prouve tout simplement que le mythe de Valand, Wielant, Weland, ou, dans notre dialecte populaire, Wayland Smith, était accrédité aux îles Lipari au temps de Pythéas (2). D’ailleurs ce mythe n’est qu’une explication quelque peu modifiée

(1) La croyance à l'Atlantide a peut-être pour origine celle nier de plantes marine», qui suggère si naturellement l'idée d'une terre disparue, et n'est-ce pas là une explication aussi naturelle que toutes les autres qu'on en adonnées?

(2) V.,yez, sur cet intéressant sujet, Wright, Archœol., toi. XXXII, p. 315.

DE l.'AGE PF. BRONZE. /,l

de oe qui a lieu quand un peuple ignorant, vivant à côté d'une race plus civilisée, attribue la supériorité de cette dernière à la magie, et, tout en désirant profiter de la science des magiciens, craint de se trouver en contact avec eux.

Ainsi, par exemple, « quand les Veddahs de Ceylan avaient besoin de flèches, ils apportaient pendant la nuit de la viande qu’ils suspendaient dans la boutique du forgeron, et plaçaient à côté une feuille taillée sur le modèle qu’ils voulaient donnera leurs flèches; si le forgeron faisait ces flèches d'après ce modèle, ils lui envoyaient d’autre viande » (1). Si nous avions appris ce mode d'échange de la bouche des Veddahs eux-mémes, il est probable qu’ils lui auraient donné la forme du vieux mythe européen. D’ailleurs les métallurgistes de l'antiquité, afin de conserver leur monopole, avaient évidemment grand intérêt à encourager la superstition.

Sir Cornewal Lewis accuse, en second lieu, Pythéas d’avoir prétendu que la mer, autour des îles de Lipari, était en ébullition. Mais nous ne savons pas quels sont, à ce sujet, les termes exacts qu'a employés Pythéas ; aussi ne pouvons-nous guère prononcer un jugement, car il se peut qu’il ait rapporté dans ce cas, non ce qu'il avait vu, mais ce qu’il avait entendu dire. Nous devons nous rappeler, eu outre, qu’il y a eu des éruptions volcaniques sousmarines dans la Méditerranée, et que les fies de Lipari, situées entre l’Etna et le Vésuve, se trouvent au centre même d’une active région

(1) knov, üelaliun historique de Vite de Ceylan, Londres, 1681. Cité dans les Transactions de la Société ethnologique, vol. Il, p. 285, N. §. Voyez aussi Ceylnn, par Sir J. F. Teune.nl, vol. I, p. 593. — I.a forme belge du mythe, telle quelle est racontée par Schmerling (Ossements fossiles, vol. I, p. 53), se rapproche encore da\anlage du récit de Knox. Fn parlant des cavernes situées près de Liège fil dit: • Ces ouvertures sont connues des habitants de l'endroit sous le nom de trous des Sottais. Ils prétendent que jadis ces grottes servaient (l’habitation à une espèce humaine d une très-petite taille, sottais, nains, pygmées, qui y vivaient de leur industrie, et restauraient tout ce qu'on déposait près des ouvertures, à condition que l’on y ajoutât des vivres. En très-peu de temps ces effets étaient réparés et remis à la même place. »

DE 1,'AGE DE BRONZE

volcanique. Ces deux montagnes, qui, pendant les deux mille dernières années, ont été plus ou moins fréquemment en éruption, semblent avoir eu une longue période de repos ; pendant ce temps, les îles Lipari servaient d issue aux gaz. U me semble donc trèsprobable que ee récit fait par Pvthéas n’est que l'expression véridique de ee qui se passa sous ses yeux.

Une troisième difficulté est l'assertion de Pvthéas, qu'il vit autour de l ile de Thulé une substance qui n’était ni de la terre, ni de l'air, ni de l'eau, mais une substance ressemblant aux Medusœ ou poissons gélatine (7rveugo'vi ÛaXwjsuo ioixw;), qu'on ne pouvait traverser ni à pied ni en bateau. Le professeur Ndsson regarde ce passage, qui a complètement déconcerté les commentateurs méridionaux, comme la preuve évidente de la véracité de Pythéas. Quand la mer gèle dans le Nord, la glace ne se forme pas comme dans un étang ou dans un lac : il se produit d'abord de petits morceaux de glace, et, aussitôt que les pécheurs s’en aperçoivent, ils se hâtent de regagner la terre, craignant d’être pris dans la glace, qui pendant quelque temps est trop épaisse pour permettre à leurs bateaux d'avancer, et cependant trop faible pour supporter le poids d'un homme. Le capitaine Lyon fait une description toute semblable : «Nous nous trouvâmes, dit-il, au milieu de glace toute nouvelle, dans cet état qu'on appelle boue, tpii, par son aspect et sa consistance, ressemble ii une excellente chose, la glace au citron. Puis nous trouvâmes des petits morceaux ronds, ayant un pied environ de diamètre et ressemblant aux écailles de poissons gigantesques (1). » Richardson mentionne tout particulièrement aussi « les plaques circulaires de glace ayant un diamètre de 6 ou 8 pouces (2). » Ces disques de glace, agités par les vagues, suggérèrent au professeur Nilsson lui-même, quand il les vit pour la première fois, l'idée d’une foule de méduses; et si un Méridional, qui n’a jamais assisté à un tel phénomène, retourne chez lui et désire le décrire à ses compatriotes, il

(1) I.tjon’s Journal, p. 8 U.

(2) Arctie Expédition, vol. 11, p. 97.

DE L'AGE DE BRONZE. 43

lui serait difficile de trouver une comparaison plus fidèle et plus ingénieuse. Dans tous les cas, elle n’est pas plus exagérée que celle d'Herodote, qui, voulant décrire un orage de neige, le comparait à une chute de plumes.

« Enfin, dit Sir C. Lewis, Pythéas affirme qu’en revenant de son grand voyage au Nord, dans lequel, pour la première fois, il a visité l’tle éloignée de Thulé, il avait navigué le long de la côte entière de l'Océan, entre Gadeira et le Tanaïs, c'est-à-dire depuis Cadix, autour de l’Espagne, de la Gaule, de l'Allemagne et de la Scythie,' jusqu'à la rivière Don, que les anciens considéraient comme la limite entre l’Europe et l'Asie. Cette assertion nous fournit une nouvelle preuve de la mendacité de Pythéas. puisqu'elle est fondée sur la croyance reçue dans son temps, que l’Europe ne se prolongeait pas au nord, et que l’Océan baignait au nord les côtes delà Scythie et de l’Inde. » Pythéas, cependant, ne mérite réellement pas d être ainsi accusé ; le passage sur lequel s’appuie Sir C. Lewis affirme seulement qu après son retour du Nord («nxvsMwv iv6G&«), il voyagea le long des côtes entières de l’Europe, de Cadix jusqu'au Don. Ceci, se* rapportant évidemment à un second voyage, est une assertion toute différente, et que je ne vois pas lieu de mettre en doute.

Selon Geminus. Pythéas s’avança si loin au nord, que les nuits n’avaient plus que deux ou trois heures, et il ajoute que les barbares le conduisirent voir l'endroit où le soleil dort. Ces deux assertions semblent indiquer que Donnas fut le point le plus septentrional de son voyage. Dans cette ville, la nuit la plus courte a deux heures; mais derrière la ville se trouve une montagne dont le sommet est le point le plus méridional d’où l’on puisse voir le soleil à minuit. Les habitants y conduisirent le professeur Nilsson en 1810 pour lui montrer l’endroit où le soleil se repose, tout comme ils semblent y avoir conduit Pythéas dans le même but, il y a plus de deux mille ans. Je me contenterai d’ajouter que Pythéas n'était pas un simple voyageur; c’était un astronome distingué, qui, à l’aide du gnomon seul, semble avoir estimé la lati-

DK L'AGE ni: BRONZE.

iude de Marseille à /|8° 17' 8", calcul qui ne diffère que de quelques secondes du résultat obtenu par les astronomes modernes, cette latitude étant 17' 52".

Je me suis étendu quelque peu sur cette partie de mon sujet, car, si nous nous montrons désireux de rendre tous les honneurs possibles à nos voyageurs modernes, à Livingstone et à Galton, à Speke et à Grant, nous ne devrions pas oublier ceux qui leur ont montré le chemin. La mémoire des grands hommes est un legs précieux qu’il nous faut conserver, et une des parties les plus admirables do l’ouvrage du professeur Nilsson sur l’âge de bronze, est le chapitre dans lequel il défend la mémoire de Pythéas des accusations qu’on dirige injustement contre lui.

Mais, alors même que Sir Cornewall Lewis eût gagné sa cause, s’il était parvenu il nous prouver que ces deux expéditions n’ont jamais été faites, il resterait encore des preuves écrasantes d’un commerce important et étendu, à une époque bien plus reculée encore que celle où vivaient Pythéas et Himilcon. Les preuves de ce commerce ont été admirablement présentées par le docteur Smith, de CamBbrne (1), et je dois renvoyer il son ouvrage ceux de mes lecteurs qui désirent de plus amples détails à ce sujet. Quant à présent, je dois me contenter de rappeler quelques faits bien connus, qui cependant me suffiront.

Nous savons que Marseille a été fondée par les Grecs Phocéens G00 ans avant J. C.; on suppose que Carthage a été bâtie par les Phéniciens environ 800 ans avant J. C. ; selon Pline et Strabon, Utique avait été fondée 800 ans plus tôt encore, et enfin Yelleius Paterculus et Pomponius Mêla affirment que la ville de Gades (Cadix) fut fondée par les Tyriens peu d’années après la chute de Troie. Eu présence de semblables faits, toute improbabilité à priori du voyage de Pythéas en Norvège doit disparaître. La distance qui sépare Cadix de la Phénicie est de plus de 2000 milles, et est plus grande que la distance entre Cadix et

(t> The Casfiterides, par George Smith, LE. U.

I»K 1,‘AGK DK HHONZE.

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lii Norvège. Ainsi doue, si Pvthéos a fait tout ce qu’on lui attribue. il.u’a pas, après tout, fait des voyages plus longs que n’en avaient fait, plus de raille ans auparavant, des centaines de scs compatriotes.

Les dates données ci-dessus ne doivent pas, bien entendu, être regardées comme parfaitement exactes; mais il n'y a pas lieu cependant de douter de leur exactitude générale. Non-seulement les ouvrages d’Hésiode et d’Homère, écrits certainement 800 ans avant J. C. et probablement même plus tôt, prouvent (pie les peuples qui habitaient les côtes orientales de la Méditerranée avaient, à cette époque, une haute civilisation et un commerce considérable; mais encore nous trouvons dans le récit biblique des preuves précieuses des mêmes faits. Au quatrième chapitre de la Genèse, il est fait mention de l’airain à une époque qui, selon la chronologie la plus généralement adoptée, serait 3875 ans avant J. C. ; mais ces dates sont tellement incertaines, que je ne voudrais pas m’appuyer sur ce passage isolé. Tout lecteur du livre de 1 Exode comprendra certainement la haute civilisation qui régnait en Egypte au temps de Joseph. Puis, quand Salomon se prépare à construire le temple de Jérusalem, il envoie demander au roi de Tyr des cèdres du Liban, car, « tu sais, dit-il. qu’il n’y a personne entre nous qui sache couper le bois comme les Sidoniens » (Rois, I, v,6). Un peu plus loin nous lisons (Rois, I, vu, t3, 1/i) que « le roi Salomon avait fait venir de Tyr Hiram, qui était fds d’une femme veuve de la tribu de Nephthali , dont le père était Tyrien, qui travaillait en cuivre. Cet homme était fort expert, intelligent et savant pour faire toutes sortes d’ouvrages d'airain » . 11 est évident que le mot hébreu traduit ici, comme dans tant d’autres passages, par « airain », aurait dô être traduit par « bronze ». Le bronze était le métal commun dans l'antiquité, et l'alliage de cuivre et de zinc n’était pas encore connu.

Or. le bronze, que les témoignages indépendants d’Homère et du livre des Rois nous représentent comme si abondant dans

kC

l)K L’AGE ni: BHONZK.

l’Orient, il y a trois mille ans, était composé de cuivre et d'étain. dans la proportion de 9 parties de cuivre pour \ d'étain. La question à résoudre est donc celle-ci : D’où venaient ces métaux?

On trouve le cuivre dans tant de pays, qu’ou ne peut se faire aucune opinion définie quant aux lieux où les Phéniciens allaient chercher leurs approvisionnements. Nous avons tout lieu d’espérer, cependant, que nous arriverons ii le savoir, car les impuretés qui se trouvent dans le cuivre varient selon le pays d’où on l a tiré; or, le docteur Fellenberg a publié plus de cent analyses de bronzes antiques, analyses qui ont déjà jeté quelque lumière sur cette partie de notre sujet. Quant à l’étain, le cas est tout différent; presque tout l'étain maintenant employé provient du comté de Cornouailles ou de 111e de Banca, située entre Sumatra et Bornéo, bien qu’on trouve des minerais de ce métal dans d’autres pays, en Saxe et auprès de Nertchinsk, en Sibérie, par exemple. On a supposé que l'étain était, à une certaine époque, très-commun en Espagne; mais, comme le docteur Smith le fait observer, « le caractère le plus remarquable de l'exploitation des mines d’étain est la persistance de ces mines. Partout où les souvenirs authentiques de l’histoire nous indiquent une grande production de ces minerais, cette production existe encore. A Banca. dit-on, les filons sont inépuisables; la Cornouailles en produit encore uue quantité aussi considérable que jamais » . Voici le résultat d’une enquête faite par les ingénieurs du gouvernement à l’École des mines de Madrid : « Je ne sache pas que l'Espagne ait jamais produit une grande quantité d’étain. Le gouvernement ne possède aucune mine de ce métal. La quantité produite à présent est très-minime : ce sont des ouvriers sans travail qui cherchent l'étain dans quelques-unes des rivières qui avoisinent les collines granitiques de la Galicie et de la Zamora. Je ne crois pas qu'il y ait une seule mine d'étain en Espagne. »

A moins donc que les anciens n’aient tiré l’étain de pays que nous ne connaissons pas, il semble prouvé, et Sir Cornewall

m: i/ai;k ni: nnovzi:.

Lewis kii-môme l'admet, que 1 étain phénicien provenait principalement, sinon entièrement, du comté de Cornouailles, et que par conséquent, même il cette antique période, un commerce considérable était organisé, reliant des pays fort éloignés les uns des autres. Sir Cornewall Lewis, cependant, pense que l'étain était « transporté à travers la Gaule jusqu’à Massilia, et importé de là en Grèce et en Italie » . Sans aucun doute, dans des temps comparativement récents, la plus grande partie du commerce suivait cette route; mais les Phéniciens étaient dans la plénitude de leur puissance 1200 ans avant J. G., et Massilia ne fut bâtie que 600 ans avant J. C. En outre, Slrabon nous affirme que dans l’antiquité, les Phéniciens faisaient le commerce de l’étain par Cadix, qui, comme nous l’avons dit plus haut, est plus près de la Cornouailles que de Tyr ou de Sidon.

Nous avons donc le droit de conclure qu’entre 1500 et 1200 avant J. C., les Phéniciens naviguèrent sur l’Atlantique, et découvrirent les mines de l’Espagne et de la Grande-Bretagne ; et quand on considère qu’ils connaissaient admirablement la côte méridionale de l’Angleterre, on peut, je crois, supposer, sans crainte de sc tromper, qu'ils ont poussé leurs explorations encore plus loin, à la recherche de pays aussi riches que le nôtre. En outre, nous devons nous rappeler qu’ils ne pouvaient trouver l’ambre, substance si estimée dans l’antiquité, que sur les côtes de la mer du Nord.

M. Morlot pense avoir trouvé des traces des Phéniciens jusqu’en Amérique, et le professeur Nilsson a essayé de prouver, comme je l ai déjà dit, qu’ils avaient établi des comptoirs jusque sur les côtes septentrionales de la Norvège. M. Morlot se fonde sur quelques antiquités, et particulièrement sur des verroteries qu'il a trouvées dans des tumuli américains. M. Franks, cependant, incline il penser que ces verroteries sont d’origine vénitienne. On peut réduire à sept les arguments du professeur Nilsson, c’est-à-dire : la petitesse des poignées d’épée, des bracelets, etc.; le caractère de l’ornementation des instruments de

ht; L’AGE UE BRONZE.

bronze, et les dessins trouvés dans les tumuli do 1 âge de bronze; le'culte de Baal; certaines méthodes particulières pour récolter et pour pécher, et l’emploi de chars de guerre.

Les instruments, les ornements de bronze, paraissent certainement avoir appartenu à une race ayant des mains plus petites que celles des peuples européens de notre époque; les ornements (pii les décorent sont aussi particuliers, et ont, dans l'opinion du professeur Nilsson, une signification symbolique. Quoique les grandes pierres, dans les tumuli jde l'Age de bronze, soient trèsrarement décorées ou même taillées, il y a cependant quelques exceptions : ainsi, par exemple, le monument remarquable de Kivik, près de Christianstad. Le professeur Nilsson, se fondant sur le caractère général des dessins qui décorent ce monument, n'hésite pus à assigner ce tumulus il l'Age de bronze, et sur deux des pierres sont représentés des hommes, qui ont certainement l’air de Phéniciens ou d 'Égyptiens.

Sur une autre pierre est représenté un obélisque que le professeur Nilsson regarde comme symbolique du dieu Soleil; dans une ancienne ruine il Malte, ruine caractérisée par des décorations de l’Age de bronze, on a découvert un obélisque quelque peu semblable, et c’est là certainement une coïncidence remarquable. Nous savons aussi que dans bien des pays, Baal, dieu des Phéniciens, était adoré sous la forme d’une pierre conique.

Ce n’est certainement pas le seul cas dans lequel le professeur Nilsson trouve des traces du culte de Baal en Scandinavie ; car il nous affirme que la fête de Baal, ou Balder, était encore célébrée, il n’y a pas cinquante ans, la nuit qui précède le solstice d’été, en Scanie et dans toute la Norvège, presque jusqu'aux lies de Lofloden.On faisait sur une colline ou sur une montagne un grand feu de bois, et le peuple du voisinage se rassemblait, comme les anciens prophètes de Baal, pour aller danser autour de ce feu, en criant et en chantant. Ce feu de la nuit qui précède le solstice d'été a même conservé dans quelques endroits le nom ancien de « Baldersbal » ou feu Balder. Léopold von Buch a, il y a long-

DE L'AGE DE HHO.NZE

temps, fait la remarque que cette coutume ne pouvait pas avoir son origine dans un pays où, au solstice d’été, le soleil ne quitte jamais l’horizon, et où, par conséquent, on ne pouvait voir que la fumée. Une coutume semblable a, jusque tout récemment, été observée dans quelques parties de la Grande-Bretagne. Baal a donné son nom à bien des localités Scandinaves, comme, par exemple, la Baltique, le grand et le petit Belt, Belteberga, Baleshaugen, etc.

Les dessins d’ornements qui caractérisent l’âge de bronze sont, selon le professeur Nilsson, plutôt sémitiques qu’indo-européens. Il attache beaucoup d’importance à deux vases curieux, dont l’un a été trouvé en Norvège et l'autre dans le Mecklembourg, et qui certainement ressemblent beaucoup aux vases fabriqués pour le temple de Salomon, tels qu’ils sont décrits dans le livre des Rois. Eufin, il croit que l'usage des chars de guerre, la coutume de moissonner en coupant le blé tout auprès de l’épi, et une certaine manière de pêcher, sont autant de preuves de relations fréquentes avec les Phéniciens.

Le professeur Nilsson est une si grande autorité, ses travaux comme archéologue ont tant contribué à asseoir la science sur une base solide, que ses opinions méritent la considération la plus sérieuse. On ne peut guère les juger d’ailleurs par le court extrait que nous venons d’en donner, car beaucoup de ses arguments doivent être étudiés dans tous leurs détails, avant qu’on puisse les apprécier à leur juste valeur. Selon moi, cependant, tout ce qu’on peut impartialement déduire des faits qu’il avance, en leur donnant même toute la signification qu’il leur attribue, c’est que les Phéniciens ont laissé des traces de leur séjour en Norvège. Il faudrait d'autres preuves avant qu’il soit possible de leur attribuer l'introduction du bronze dans ce pays. Quant à la petitesse des mains, nous devons nous rappeler que les Hindous partagent cette particularité avec les Égyptiens ; on peut donc tout aussi bien attribuer la civilisation de l'âge de bronze aux Indo-Européens qu’aux Phéniciens.

nie 1,’agk me bronze.

11 y a en outre deux graves objections à l'aire à la théorie défendue avec tant de talent par le professeur Nilsson. La première est le caractère de l’ornementation des armes et des instruments de bronze. Cette ornementation consiste toujours en dessins géométriques, et il est bien rare qu'on trouve un seul spécimen orné de figures, de plantes, ou d’animaux, tandis que sur les boucliers, etc., décrits par Homère, aussi bien que dans les décorations du temple de Salomon, animaux et plantes sont constamment représentés. La seconde objection, c’est que les Phéniciens connaissaient parfaitement le fer. Les guerriers d’Homère sont déjà pourvus d’armes de fer, et les outils employés pour préparer les matériaux du temple de Salomon étaient aussi faits avec ce métal. H est remarquable qu’on ait trouvé en Cornouailles si peu de traces d’un commerce ancien, et nous devons regretter que nos musées ne possèdent que quelques spécimens de l’art phénicien. Quand nos musées seront plus complets sous ce rapport, il y a tout lieu d’espérer que nous pourrons arriver à des conclusions plus exactes sur le sujet qui nous occupe.

La forme de la tète eût été aussi très-instructive; mais grâce à la malheureuse habitude de brûler les cadavres, habitude générale ù cette époque, nous n’avons jusqu’à présent que bien peu de crânes de l’âge de bronze. En résumé, nous devons admettre que nous n’avons pas encore les témoignages suffisants pour nous permettre de prononcer une opinion définie quant à l’origine de la civilisation de l'âge de bronze.

11 est évident qu’une population qui avait acquis une habileté si remarquable dans la métallurgie et les manufactures, qui montrait tant de goût pour orner les vivants et tant de respect pour les morts, devait avoir quelques idées architecturales et religieuses, bien que nous n’ayons pas encore pu prouver qu’ils possédassent des pièces de monnaie ou un alphabet. Jusqu'à présent, cependant, leur architecture nous est presque inconnue. Sans aucun doute, quelques-uns des nombreux camps, des forti-

DE l.’AGE DE BRONZE.

fications, dos cercles de pierres, etc., qui existent encore, doivent appartenir à cette période, mais la difficulté est de les indiquer. Les seuls restes d’habitations que nous puissions avec quelque certitude attribuer à l’âge de bronze, sont les villages lacustres, que nous décrirons dans un chapitre subséquent. Une grande proportion des anciennes fortifications, telles, par exemple, que le fort de Staigue (fig. 60), appartiennent presque sans aucun doute à une période beaucoup plus récente.

Fig. 60.

Fort do Slaiguo (Kcrry).

Quant à moi, je pense qu’Abury et Stonehenge, les deux plus grands monuments de leur espèce, non-seulement en Angleterre, mais en Europe, appartiennent à cette période. L'explication historique , si je puis employer une telle expression , de Stonehenge, est qu'il fut élevé par Aurelius Ambrosius, vers l’an /|G0, à la mémoire de chefs bretons assassinés traîtreusement par Ilengist et les Saxons. Giraldus Cambrensis, écrivant à la fin du xu' siècle, dit : « Il y avait anciennement en Irlande un monument de pierres digne d’admiration, appelé la Danse des géants, parce que des géants, venus des parties les plus éloignées de l’Afrique, les avaient apportées en Irlande. 11 les avaient miraculeusement dressées, aidés par leur habileté autant que par leur courage, dans les plaines de Kildare, non loin du château de Naas, où l’on peut encore en voir aujourd’hui. Il est étonnant que tant de pierres si grandes aient pu être réunies dans un seul

DK L’AGE DE liKONZE.

endroit, et l’on se demande par quel artifice elles ont pu être dressées, d’autant plus que d’autres pierres tout aussi grandes sont placées sur celles qui sont debout, comme si elles étaient suspendues en l’air. Aurelius Àmbrosius, roi des Bretons, ordonna à Merlin (selon l’histoire anglaise) de transporter ces pierres d’Irlande en Bretagne par des moyens surnaturels. Et afin de préserver un monument fameux d’une indigne trahison, il les lit dresser dans leur ordre primitif à l’endroit même où la fleur de la nation bretonne tomba sous le couteau des Saxons, qui, sous prétexte de paix, l’avaient attirée dans cet endroit (1). » Ce récit est certainement fabuleux. En outre, le nom môme de Stonehenge me semble un fort argument contre ceux qui lui attribuent une origine si récente. On pense généralement que ce mot signifie « pierres pendantes », connue le suggéra il y a bien longtemps Wace, un poète anglo-normand qui dit :

Stanhengucs ont nom en anglois,

Picres pandues en François (2).

Mais il est sans contredit plus naturel de faire dériver la dernière syllabe du mot anglo-saxon « huj », un champ : ainsi, par exemple, nous avons Keston, anciennement Kyst-staning, le champ des cercueils de pierre. Quoi de plus naturel pour une race nouvelle que, trouvant cette ruine magnifique dans la plaine de Salisbury, et ne pouvant rien apprendre sur son origine, elle l’appelle simplement le Champ des pierres. D’un autre côté, il serait fort extraordinaire qu’elle lui eût donné ce nom, si elle avait pu savoir en l'honneur de qui ce monument avait été élevé. Le plan de Stonehenge est suffisant aussi pour que nous repoussions les arguments de ceux (fui l’attribuent à une période postromaine. On a souvent prétendu que si Stonehenge avait existé au temps de César, les anciens écrivains en parleraient. Hecatæus, cependant, fait allusion à un magnifique temple circu-

(1) Giraldus, Topogr. d'Irlande.

(2) Wright, U'andcrings of an Anliquorg, p. 301.

DE l.’AGK DE BHONZE.

laire, clans l’tle des Hyperboréeus, et beaucoup d’archéologues affirment que ces mots se rapportent à Stonehenge. Mais pourquoi ce temple aurait-il été décrit, si, comme nous le supposons, à cette époque déjà il était en ruines, beaucoup plus parfait certainement alors qu'il ne l est aujourd'hui, mais cependant en ruines? La muraille calédonienne était une fortification trèsimportante, construite par les Romains eux-mêmes, et cependant, comme nous l’affirme le docteur Wilson, un seul historien romain fait une légère allusion à son érection.

11 est évident que Stonehenge a été à une certaine époque un lieu de grande sainteté. Un simple coup d’œil sur la carte d’étatmajor prouvera que nombre de tumuli. existent tout autour : dans un rayon de trois milles il y en a environ trois cents, tandis qu'il y en a fort peu dans le reste du pays. Si donc nous pouvions déterminer la date de ces tumuli, nous serions justifié, je crois, à attribuer la même date au grand temple lui-même. Sir Richard Colt Hoare a examiné un grand nombre de ces tumuli, 151 surtout, qui n’avaient jamais été ouverts. Ces tumuli avaient presque tous servi à des inhumations par incinération, comme cela se pratiquait ordinairement pendant l’àge de bronze. Deux seulement contenaient des armes de fer, et dans ces deux cas c’étaient des inhumations secondaires ; c’est-à-dire que les possesseurs des armes de fer n’étaient pas les occupants primitifs des tumuli. Trente-neuf autres de ces tumuli contenaient des objets de bronze, et l’un d’eux, dans lequel on trouva une pointe de lance et une épingle de bronze, se rattachait plus clairement au temple en ce qu’il contenait des fragments non-seulement de pierres Sarcen, mais aussi des pierres bleues qui forment le cercle intérieur de Stonehenge. Or, selon sir Richard Colt Hoare, ces pierres ne se trouvent pas dans le Wiltshire. Dans ces circonstances nous devons certainement assigner l’àge de bronze comme l’époque de l’érection de Stonehenge.

Abury est beaucoup moins connu que Stonehenge, et cependant, quoique construit plus grossièrement, ce doit avoir été

DF. L'AGE DE BRONZE

un temple bien plus considérable. Selon Aubrey, Abury était à Stonehengc ce qu’une cathédrale est à une église de paroisse. Ce temple consistait en un fossé circulaire et en un remblai enfermant un espace de 28 acres et demie ; à l’intérieur était un cercle de grandes pierres, et à l’intérieur de ce cercle deux cercles plus petits formés par une double rangée de pierres semblables, placées debout l’une auprès de l’autre. Du remblai extérieur partaient deux longues avenues sinueuses : l’une de ces avenues allait dans la direction de Beckhampton ; l’autre dans celle de Kennet, où elle se terminait par un autre double cercle. Stukeley suppose que l’idée qui a présidé à la construction de ce temple est celle d’un serpent enroulé au milieu ; le cercle de Kennet représentant la tête, et l’avenue de Beckhampton la queue. A moitié chemin entre ces deux avenues se trouvait la colline de Silbury, la colline artificielle la plus considérable de la Grande-Bretagne, car elle ne mesure pas moins de 170 pieds de hauteur. La position de cette colline semble indiquer qu’elle faisait partie du plan général; bien qu’elle ait été deux fois examinée, on n’a trouvé aucune tombe primitive dans cette colline. En somme, Abury semble avoir été la plus belle ruine mégalithique de l’Europe. Mais, malheureusement pour nous, le joli petit village d’ Abury, comme quelque beau parasite, a crû aux dépens et au milieu de l’ancien temple, et sur six cent cinquante grandes pierres, vingt à peine restent encore debout.

M. Fergusson, dans un article fort intéressant (1), a essayé de prouver que Stonehengc et Abury appartiennent à une période plus récente que l’occupation romaine. J'ai déjà répliqué à quelques-uns de ses arguments en discutant l’àge de Stonehengc. Un de ces arguments cependant se rapporte particulièrement à Abury. « La voie romaine, dit-il, allant de Bath à Marlborough, passe sous la colline de Silbury, puis fait un coude soudain pour tourner autopr, ce qu’aucune voie romaine, au moins en Grande-

(1) Qwirterl y Rtvieto, juillet 1860, p. 209.

PAOB 54

Plan d'Abury, d’après un mémoire du docteur Thumamt sur un long tumulus situé à West Kennet. ( irchœologla , vol. XXXVIII, p. 400.)

DE L'ACE DE RRONZE

Bretagne, ne fait jamais Une personne debout sur la colline

d’Oldborough, et jetant les yeux sur cette voie si parfaitement droite, comprend immédiatement qu’elle se dirige vers le centre même de la colline de Silbury. 11 est vrai qu’elle a pu diverger avant de l’atteindre, mais rien n’est moins vraisemblable. 11 eût été tout aussi facile à l’ingénieur romain de porter la voie 100 mètres à droite. C’eût été d'ailleurs une direction préférable, en se plaçant au point de vue romain, pour aller directement à Marlborough, endroit vers lequel tend la voie; puis, en outre, si l’ingénieur avait adopté celte direction, la voie se serait mieux raccordée avec un tronçon qui se trouve de l’autre côté du village de Kennet. Mais l’ingénieur ne tint aucun compte de tout cela, si la colline existait il celte époque, et la voie se dirige droit vers le centre, on dirait dans le but de faire un coude pour l’éviter, chose qui répugnait autant à un ingénieur romain que le vide, dit-on, répugne à la nature. Si l’on examine avec soin toutes ces circonstances, on en arrivera à la conclusion inévitable que Silbury Ilill est placée exactement sur la voie romaine, et que par conséquent cette colline a dû être élevée subséquemment à l’occupation du pays par les Romains. »

Étonné de cet argument, mais convaincu cependant qu’il devait y avoir quelque erreur, j’examinai la carte d’état-major, et trouvai, à ma grande surprise, que la voie romaine tout entière y était indiquée, mais qu’au lieu de passer sous la colline, elle en faisait le tour. Non content de cette autorité, je décidai le professeur Tyndall à venir visiter la localité avec moi, et nous pûmes nous convaincre que la carte indiquait la véritable position de la voie. L’impression qui nous resta de l’étude que nous fîmes de la localité, fut que l’ingénieur romain avait pris Silbury Ilill comme un but, ne faisant tourner la route qu’au moment de l’atteindre. La carte prouvera en outre que non-seulement cette route romaine, mais plusieurs autres, dans la même partie de l’Angleterre, sont moins droites que ces voies ne le sont ordinairement.

DE L’AGE DE BRONZE

M. Fergusson admet, dans le passage que nous venons de citer, que les parties de la route, des deux côtés de Silbury HUI, ue forment pas une ligne droite, de telle sorte que, comme il le dit lui-même, il devait y avoir un coude quelque part. En somme donc, me rangeant à l’avis du vieux Stukeley, je crois que la voie romaine inclinait brusquement au sud pour éviter la colline de Silbury, et que « cela prouve que Silbury Hill est plus ancienne que la voie (1). »

11 est impossible de dire de combien elle est plus ancienne. Stukeley pense que la colline fut élevée en 1859 avant J. C., année de la mort de Sarah, femme d’ Abraham. Il est plus sage de confesser notre ignorance que de perdre un temps précieux à faire des suppositions oiseuses. Cependant, comme les pierres de Stonehenge sont grossièrement taillées et que celles d’Abury ne le sont pas, il paraît raisonnable de conclure avec Sir R. C. Hoare et d’autres archéologues distingués, qu’Àbury est le plus ancien des deux monuments; et ceux qui sont disposés à penser avec moi que Stonehenge appartient à la dernière période de l'age de bronze, seront peut-être aussi prêts à admettre qu’Abury appartient au commencement, ou tout au moins à la première partie de cette période, car, quoique ce ne soit pas impossible, il est fort douteux qu’un ouvrage aussi considérable ait pu être entrepris pendant l’àge de pierre ("2).

On n’a encore aucune explication satisfaisante à donner, soit sur l’âge, soit sur l’origine des grandes enceintes de pierres. La plupart des antiquaires croient qu’elles ont, dans le principe, servi

(1) M. Rlandford, qui dirigea les fouilles à Silbury, en 1859, adopta aussi les mêmes conclusions.

(2) Il est impossible de parler d’Abury sans faire remarquer combien il est à regretter qu’un si magnifique monument national uit été détruit dans le but misérable de faire un profit de quelques francs. A mesure que la population augmente, à mesure que la terre acquiert plus de valeur, ces anciens monuments sont de plus en plus exposés i\ la mutilation ou à la destruction. Nous ne pouvons les abriter dans nos musées, et même, s'il était possible de le faire, ce ne serait pas à désirer; mais ne serait-il pas é souhaiter que le gouverne-

DE L’AGE DE BRONZE

de temples ; quelques-uns cependant sont disposés à les regarder comme des tribunaux ou des arènes pour la lutte. M. George Petrie a appelé l’attention du docteur Wilson (1) sur plusieurs occasions où, dans des temps comparativement modernes, les cercles de pierres d’Orkney ont été ainsi employés. En 13Ù9, William de Saint-Michaël reçut une assignation à comparaître devant un tribunal assemblé « apud stantes lapides de liane en le Garniach, » pour avoir à répondre à l’accusation portée contre lui de détenir illégalement certains biens ecclésiastiques; et, en 13S0, Alexandre, lord de Regality de Badenocb, et fils de Robert II, tint une cour « apud le stundand slanys de la Ilathe de Kynguey Estir » , pour examiner les droits de l’évêque de Moray sur certaines terres. En 1/j38 même, nous trouvons la notice que « John off Erwyne et Will Bernardson ont juré sur les pierres pendantes, devant notre seigneur le comte d’Orkney et les gentilshommes du pays». Cet usage, comparativement récent, des cercles de pierres justifie-t-il la conclusion que c’était là leur destination originaire? Sur cette question, les opinions diffèrent. On a trouvé dans des pays bien divers des constructions mégalithiques semblables à celles qu’on attribue ordinairement, mais inconsidérément, aux druides. M. Maurice (2) a été le premier, je crois, qui ait fait remarquer qu’il y a, dans quelques parties de l’Inde, différents monuments de pierre, qui « rappellent fortement ces monuments mystérieux, solitaires ou groupés, dont l’origine est inconnue, si longtemps une énigme et un charme pour les antiquaires; monuments qui abondent dans notre pays natal, et qu’on

ment choisit quelque archéologue compétent, pour lui confier le poste de conservateur des antiquités nationales? Ses devoirs seraient de préserver, autant que possible, de la destruction, les tombeaux de nos ancêtres et les autres restes intéressants du passé; de faire reproduire par la gravure ceux qui ne l’ont pus encore été, et d’indiquer de temps en temps leur condition. Moyennant une somme insignifiante, le gouvernement datiois a acheté pour la nation un grand nombre de lumuli, et a ainsi conservé bien des monuments nationaux qui eussent autrement été dcMruits.

(1) Pre-hisioric Annals of Scutland, 2' édit., vol. I, p. IGA.

(2) India an tiqua.

DE L’AGE DE BRONZE

trouve çà et là dans toutes les parties de l'Europe et de l’Asie occidentale. »

M. Fergusson va plus loin, et il avance, avec beaucoup de pénétration, « que l’architecture bouddhiste de l’Inde, dans la période comprise entre le m' siècle avant J. C. et le vu' après J. C., est essentiellement tumulaire, circulaire et extérieure, possédant ainsi les trois grands caractères de tous les soi-disant restes druidiques. » Ces ressemblances sont en effet trop grandes pour quelles soient accidentelles, et les différences indiquent non pas tant une différence de style qu’une différence de civilisation. Ainsi, les turnuli de l’Inde, bien que quelquefois de terre, sont « ordinairement composés de moellons bruts à l’intérieur, et ont une surface extérieure de pierre taillée ou de briques; anciennement, ils étaient presque toujours entourés par un cercle de pierres droites, quoique plus récemment ce cercle ait été attaché à l’édifice comme un ornement, au lieu de constituer une construction indépendante. A Sanchee, l’exemple le plus célèbre que l’on trouve dans l’Inde, le cercle consiste en pierres droites grossièrement équarries, reliées au sommet par une architrave, exactement comme à Stonehenge; la seule différence est l’insertion de trois balustrades de pierre entre chaque pierre droite, raffinement architectural qu’on pouvait à peine attendre des Celtes. » Les' cercles de pierres semblent donc, dans l’Inde, avoir ordinairement entouré les tumuli ; mais il n’en est pas toujours ainsi, et il y en a quelquesuns « qui apparemment n’entourent rien ». Ordinairement aussi ces pierres sont couvertes de sculptures; mais il y a des exceptions, à Amravati, par exemple, où l’on trouve de nombreux petits cercles de pierres grossières, non taillées, parfaitement semblables à ceux de l’Angleterre, mais plus petits.

Les grandes pierres de Stonehenge sont, comme nous le savons, grossièrement taillées, et il y a un dolmen très-remarquable auprès de Confolens, dans la Charente, dans lequel la pierre supérieure, au lieu d’être supportée par de grossiers blocs de pierre, repose sur quatre légères colonnes (1). Arrivée à cet état,

(1) Statistique monumentale de la Charente.

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