‹ L'homme avant l'histoireChapitre 24 sur 124 · DE L'EMPLOI DE LA PIERRE DANS L’ANTHJI ITK · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DE LA PIERRE DANS L’ANTHJI ITK

de pierre , tels que pierres de fronde , marteaux , pierres à aiguiser, meules, pierres à écraser le grain, etc. On estime aussi que le musée de Stockholm possède 15 000 ou 16 000 spécimens.

Et cependant l’existence même d’un .âge de pierre est ou a été dernièrement niée par quelques archéologues éminents. Ainsi M. Wright, le savant secrétaire de la Société ethnologique, tout en admettant « qu’il a pu y avoir une époque pendant laquelle la société était dans un état si barbare, que les bâtons ou les pierres étaient les seuls instruments que l’homme sût se procurer » , doute que « l’antiquaire ait encore pu prouver l’existence d’une semblable époque » . Et quoique les chiffres ci-dessus cités soient suffisants pour prouver que pendant une certaine époque on employait la pierre à la fabrication de nombreux instruments que nous faisons actuellement de métal, ce n’est pas là cependant une explication conclusive à donner à M. Wright, explication que d’ailleurs il ne repousserait pas entièrement. Eu outre, on ne peut mettre en doute que, dans les temps reculés, la pierre et le métal ont été employés en même temps, la première par les pauvres, le second par les riches.

Si nous considérons les difficultés qui devaient accompagner dans ces temps reculés les travaux des mines, les outils grossiers dont les hommes avaient à se servir, l’ignorance des méthodes ingénieuses qui facilitent si considérablement les opérations des mineurs modernes, et enfin les difficultés de transport, soit par terre, soit par eau, il est facile de comprendre que les instruments de bronze aient dû être fort dispendieux.

En outre, s’ajoutent à cette probabilité à priori de nombreuses preuves que la pierre et le bronze ont été employés en même temps. Ainsi, M. Baleman a examiné trente-sept tumuli contenant des objets de bronze, et, dans vingt-neuf d’entre eux, oh a aussi trouvé des instruments de pierre. Au temps de la découverte de l’Amérique, les Mexicains, quoique connaissant parfaitement le bronze, employaient encore des éclats d’obsidienne,

DE L’EMPLOI DE LA PIERRE DANS L'ANTIQl ITÉ.

pour on faire des couteaux et des rasoirs, et, après l'introduction môme du fer, ou employait encore la pierre à divers usages.

11 nous semble cependant y avoir assez de preuves pour nous permettre d’affirmer, non-seulement qu’il y a eu une époque « pendant laquelle la société était dans un état si barbare, que les bâtons ou les pierres » (auxquels il nous faut ajouter les egrnes et les os) « étaient les seuls instruments que l'homme sût se procurer » , mais encore que l’antiquaire a trouvé des preuves suffisantes pour démontrer l’existence de cette époque. Partie, tout au moins, de ces preuves se trouvera dans les pages suivantes; et, quoiqu'il soitvrai que beaucoup d’entre elles se soient produites depuis que notre savant compatriote a publié l’ouvrage dont je viens de citer un passage, il a cependant, tout récemment encore, dans une conférence il Lecds, exprimé les mômes opinions.

Ce que nous savons sur cette époque provient surtout de quatre sources, que je me propose d’examiner dans les quatre chapitres suivants, c’est-à-dire : les tumuli , anciennes collines artificielles servant aux sépultures ; les habitations lacustres de la Suisse; les kjôkkcnmdddings, ou amas de coquilles du Danemark, et les cavernes à ossements. 11 y a, en outre, d’autres ruines fort intéressantes, telles, par exemple, que les anciennes fortifications, les « châteaux » et les « camps », (pii surmontent un si grand nombre de nos collines, et les grandes lignes de digues, telles que le Wansdyke, qui relient tant île collines, là toutefois où elles ont été épargnées par la charrue. Il y a encore les soi-disant cercles druidiques et les vestiges d’anciennes habitations ; les « cercles de huttes » , les « Cloghauns » , les « Weems » , les « maisons de Pietés » , etc. La plupart de ces restes semblent toutefois appartenir à une époque plus récente; dans tous les cas, dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons indiquer ceux qui appartiennent véritablement à l’âge de pierre.

Quant aux matériaux, on peut dire que toutes les sortes de pierres, pourvu qu’elles fussent assez dures et assez résistantes, ont été employées à la fabrication des instruments. La magni-

DE L’EMPOI DE LA PIERRE DANS L ANTigriTÉ. fique collection de celtes de Dublin a surtout été étudiée au point de vue minéralogique par le Rév. S. Ilaughton, et Wilde indique ainsi les résultats obtenus (1).

« Le type des meilleures qualités de roches convenant à la fabrication des haches celtiques, dans la série extrême felspathique des roches-trapp, est le pétrosilex d’un vert bleuâtre ou grisâtre, excepté quand la surface a été travaillée ; la composition moyenne de ces roches est de '25 parties de quartz et de 75 de felspar. Les caractères physiques sont : l’absence de dureté et l’existence d’une cassure conchoïdale en éclats presque aussi aigus que ceux du silex. . . A l’extrémité araphibolique des roches-trapp, nous trouvons le basalte, qui servait aussi à la fabrication des haches celtiques; le basalte est dur, lourd, les variétés siliceuses out une cassure en éclats, mais il ne donne jamais un coupant aussi parfait que le précédent..,.. Entre ces deux roches, nous trouvons toutes les variétés de felstone, d’ardoise et de phorphyre rayé d’amphibole, qui ont servi à faire la plus grande partie de ces instruments. »

En somme, cependant, le silex paraît avoir été la pierre le plus communément employée en Europe, et il a eu sur notre civilisation une influence beaucoup plus grande qu’on ne le croit généralement. l.cs sauvages recherchent le silex à cause de sa dureté et de son mode de cassure, qui est telle que, avec un peu d habileté, on peut donner à un bon morceau de silex quelque forme que l’on désire. Si l’on frappe avec un marteau arrondi la surface plate d’un silex, on produit une cassure colloïdale dont la grandeur dépend en grande partie de la forme du marteau. La surface de cassure se propage ii travers le silex dans une direction divergente, et embrasse ainsi un cône dont l'apex se trouve au point frappé par le marteau, et qui peut ensuite être enlevé par éclats de la niasse. Ou peut souvent trouver des cônes de silex formés de cette façon, dans les tas de cailloux destinés à réparer les routes, et bien souvent, sans doute, on les a pris pour des moules de coquillages fossiles.

(1) Catalogue de l’Académie royale irlandaise , p. 72.

libbock. 5

Page 1