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Têtes de lance
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Faucilles
Divers
Total
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Ces objets sont tous fondus; l’habileté qu’il a fallu pour les fabriquer, aussi bien que la beauté de leurs formes et de leur ornementation, indiquent des progrès considérables dans l’art. La découverte d’une barre d’étain à Estavayer et d’un moule à haches celtiques à Morges, prouvent qu’une partie au moins de ces objets a été fabriquée eu Suisse, de même que des découvertes d’une semblable nature prouvent que d'autres contrées de l’Europe, comme, par exemple, le Danemark, l'Angleterre, l'Ecosse et l’Irlande, avaient aussi leurs propres fonderies. La similitude de forme et d’ornementation semble aussi indiquer quelques communications entre les différentes parties de l’Europe ; et comme le comté de Cornouailles et la Saxe sont les seuls pays connus en Europe qui produisent l’étain, la présence seule du bronze est, en elle-même, une preuve suffisante nonseulement d’habileté métallurgique, mais aussi d’un commerce plus ou moins étendu.
Les moyens de transport étant alors très- imparfaits et les minerais devant être apportés d’une aussi grande distance, les objets de métal devaient avoir une valeur considérable. 11 est donc difficile de comprendre qu’un si grand nombre ait été abandonné sur les bords des lacs suisses. «Il est évident, dit le professeur Desor, que ce ne sont pas des rebuts qui se seraient perdus sans qu’on s’en inquiétât. Ils ne sont pas tombés à l’eau par hasard, non plus que cette quantité de vases qui sont accumulés sur certains points, ni les jattes à provision qu’on retire intactes. » En somme, il est disposé à croire que dans quelquesuns de ces cas au moins, nous avons « de simples magasins destinés aux ustensiles et aux provisions, et qui auraient été détruits par l’incendie, comme semble l’indiquer la trace du feu que montrent fréquemment les poutres aussi bien que les vases de terre. On expliquerait ainsi comment il se fait que les objets de bronze sont presque tous neufs, que les vases sont entiers et réunis sur un seul point. Cette hypothèse semble corroborée par l’opinion de plusieurs de nos chercheurs d’antiquités les plus
expérimentés, qui prétendent que l’on n’a chance de faire de bonnes trouvailles que là où les pieux sont brûlés, tandis que l’on perd son temps à fouiller les stations où les pieux ne sont pas charbonnés. » Le colonel Schwab, l’homme peut-être le plus expérimenté dans de semblables matières, pense aussi qu’on trouve peu de chose, excepté dans les villages lacustres qui montrent des traces d’iucendie. « Wo immer verbranntes Holz zum Vorschein » kommt, hat man beim Suchen nach Alterthümern auf Ausbeute » zu rechnen. Zeigen sich keine Brandspuren, so ist aile Bemii- » hung von wenig oder keinem Erfolge begleitet. »
On a suggéré aussi que les anciens habitants de la Suisse ont peut-être adoré les lacs, et que les magnifiques bracelets, etc., qu’on y trouve, étaient des offrandes faites à la divinité. Il semble en effet, d'après d’anciens historiens, que les Gaulois, les Germains et d’autres peuples vénéraient certains lacs. M. Aymard ( Etude archéologique sur le lac du Bouchet. Le Puy, 1862) a recueilli quelques preuves de cette sorte. Selon Cicéron (t), Justin (2) et Strabon (3), il y avait auprès de Toulouse un lac dans lequel les tribus avoisinantes avaient coutume de déposer des offrandes d’or et d’argent. Tacite, Pline et Virgile parlent aussi de lacs sacrés. Au vie siècle même, Grégoire de Tours, qui est cité par M. Trovon et par M. Aymard, nous dit [De Glor. confess. chap. u.) qu’il y avait sur le mont Helanus un lac, objet du culte populaire. Chaque année les habitants du voisinage y apportaient des offrandes consistant en vêtements, en peaux, en fromages, en gâteaux, etc. On peut encore trouver, dans quelques parties éloignées de l’Écosse et de l’Irlande, des traces d’une superstition semblable. En Écosse, j’ai visité une source sacrée entourée des offrandes des paysans voisins qui semblaient penser que les gros sous étaient le sacrifice le plus agréable à l’esprit des eaux. Cette hypothèse expliquerait comment il se fait que les orne-
(1) De nat. ileor., lib. III, sxi.
(2) Just. XXXII, m.
. (3) Geog., vol. IV.
ments de bronze trouvés dans les lacs sont presque tous neufsT car selon le professeur Desor, bien peu semblent avoir été portés. Mais on ne peut expliquer de cette façon ni les grossières poteries brisées, ni les fragments d’os, ni les traces d’habitations (1).
Les poteries de l'âge de bronze sont plus variées, plus habilement faites que celles de l'âge de pierre, il ne semble pas cependant que le tour à potier fût en usage. On trouve de nombreux anneaux de terre cuite, qui semblent avoir servi de supports à des vases arrondis par le bas. L’ornementation des poteries a, selon M. Troyon, le même caractère que celle des objets de bronze. La plupart des grandes urnes paraissent avoir été employées à conserver les noix, etc., qui étaient recueillies pendant l’été pour servir d’aliments pendant l’hiver. Dans l’absence, sans doute, de boites et d’armoires, les ornements, les instruments même, semblent avoir été conservés dans de grandes jarres. On a trouvé dans une jarre à Cortailiod, quelques beaux bracelets et plusieurs faucilles. On a découvert, selon M. Troyon, dans bien des villages lacustres, des morceaux de poteries déformées pendant la cuisson, et il en conclut que les poteries étaient fabriquées sur place.
M. Troyon pense que les habitants de la Suisse, pendant l’âge de bronze, appartenaient à une race différente de celle qui peuplait ce pays pendant l’âge de pierre; il croit, avec quelques archéologues danois, que c’étaient les vrais « Celtes » , et leur attribue la coutume de brûler les morts, « Dès que le bronze se répand en Europe, l’incinération devient d’un usage général. L’apparition d’un nouveau peuple répond évidemment à celle de ce métal. L’urne cinéraire, de même que la tombe cubique, se retrouve sous la surface du sol ou dans le tumulus, mais celui-ci, généralement moins élevé que dans l’âge primitif, ne recouvre plus guère de salle funéraire. Quand on voit combien
(i) Voyez aussi 'Vylie : On lake ihvellinjt of the ear!y perioJs \(Archœol., vol. XXXVUI, p. 181).
il est rare que le bronze accompagne le premier mode d’inhumation, on doit reconnaître que l’envahisseur est resté maître du sol; du reste, il ne pouvait en être autrement de la part d’un peuple possédant des armes de métal, or ces armes sont celles des anciens Celtes qui n’inhumaient point leurs morts, mais les livraient aux flammes du bûcher. L’incinération étant une partie intégrante de leurs pratiques religieuses, et l’urne cinéraire devenant d’un usage général avec le bronze, il en résulte que le Celte n’est pas le premier habitant de l’Europe dans laquelle il a introduit les arts métallurgiques. » 11 serait fort à désirer ipie nous ayons quelques statistiques afin de pouvoir apprécier la valeur des preuves fournies par ces tumuli suisses. M. Troyon s'appuie sur le fait que beaucoup de villages lacustres ont été détruits par le feu, et que quand ils ont été reconstruits pendant l’àge de bronze, fait qui se présente dans plusieurs endroits, ils n’ont pas été reconstruits exactement au même endroit, mais plus loin des bords. Le docteur Relier, d’un autre côté, considère que la population primitive ne différait ni par son caractère, ni par son mode de vie, ni par son industrie de celle qui connut plus tard le bronze; et que le phénomène des villages lacustres depuis leur commencement jusqu’à leur fin, indique clairement un développement graduel et pacifique. Le nombre des villages lacustres détruits par le feu a été, pense-t-il, trèsexagéré. Selon le colonel Schwab, sur soixante-six villages lacustres retrouvés dans les lacs de Biennc et de Neuchâtel, un quart seulement montrent quelques traces d’incendie; proportion qui n’est certainement pas plus considérable que ce à quoi nous devions nous attendre, quand on se rappelle que toutes les huttes étaient de bois et probablement couvertes de chapme. En outre, si ces conflagrations avaient été le résultat des attaques de l’ennemi, on devrait certainement retrouver de nombreux restes des morts, et les villages lacustres, pris tous ensemble, ne nous ont fourni jusqu’à présent que six squelettes humains.
Il faut admettre, je crois, que les arguments de M. Troyon ne
nous justifient pas à penser avec lui que l’introduction du bronze a provoqué un changement total de population. La construction de villages lacustres est une coutume si extraordinaire, que la continuation de semblables habitations pendant l'âge de bronze me semble un fort argument contre une semblable hypothèse.
Les preuves que nous fournissent les progrès de la civilisation me semblent plus satisfaisantes. Pendant mon séjour en Suisse, j'ai essayé de me procurer des statistiques quant aux objets trouvés dans les différents ’Pfahlbauten, et la table suivante donne .les résultats obtenus dans six stations. Si nous commençons, par exemple, par les objets découverts au pont de Thièle, entre les lacs de Neuchâtel et de Bienne, la liste comprend 17 haches, 20 polissoires et 97 tètes de flèche, éclats de silex, etc., outre 22 manches de haches et 95 autres instruments dos, faisant un total de 252 objets de pierre et d’os. Nonseulement on n’y a trouvé aucun objet de métal, mais tous ces objets ont un caractère fort ancien. Il n’y a qu’une pierre à écraser le grain et encore le cas est-il douteux, et il n’y a pas une seule molette. La liste est presque exactement la même à Moosseedorf et à Wauvvyl. Wangen sur le lac de Constance offre un exemple encore plus remarquable. M. Lohle y a trouvé plus de 1100 haches, 100 polissoires, 150 pierres à écraser le grain, et 200 têtes de flèches, éclats de silex, etc.; en somme, plus de 1000 instruments et éclats de pierre, outre 350 d’os environ, faisant, en y ajoutant plus de 100 molettes de terre cuite, un total de plus de 2000 objets, et cependant on n’y a pas trouvé trace de métal. Le nombre des pierres à écraser le grain et des molettes est intéressant, quand on se rappelle que Wangen est la seule de ces quatre localités où l’on ait retrouvé du grain carbonisé el des spécimens de tissus.
Or que le lecteur veuille bien comparer à ces quatre exemples la liste des objets trouvés dans les stations de l’àge de bronze, à Morges, à Nidau, à Estavayer, à Cortaillod et à Corcelettes. La manière de recueillir les objets explique en quelque façon
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