CONCISE
UJ
llrsus Arctos
Mêles vulgaris
— Martes
— familiaris (palustris). . .
El*
— Vulpcs
uhh
Sus Scrofa férus
— Palustris férus
El
— Palustris doinesticus ....
Morges.
Equus cabalus
Cervus Alces
Eslav.
— Elaphus
— Capreolus
Eïtav.
Ovis Aries
Bos primigenius
— Taurus primigenius. . . ,
— brachyceros
— Taurus frontosus
là» LES ANCIENNES HABITATIONS LACUSTRES DE LA SUISSE.
Dans son premier mémoire, le professeur Rütimever donne une table intéressante, que je reproduis ci-dessus, avec quelques additions que je dois à l’obligeance du professeur. Ia? chiffre 1 indique un seul individu; 2, plusieurs individus; .'i, les espèces communes; h, les espèces très- communes ; 5, celles qui se trouvent eu grande quantité.
L’absence presque entière du lièvre provient sans doute du préjugé curieux qu'avaient et qu’ont encore bien des races contre la chair de cet animal. Iaîs anciens Bretons ne le mangeaient jamais, les Lapons à notre époque le repoussent. Chez les Hottentots, la chair du lièvre est permise aux femmes, mais défendue aux hommes (i). Les Juifs croyaient que c’était une nourriture impure. Selon Crantz , les Groenlaudais en temps de famine mangent les renards plutôt que les lièvres (2). Enfin on ne trouve pas de restes de lièvres dans les amas de coquilles danois.
Iaîs oiseaux qu’on a découverts, sont :
Aquilu ful\a. L’aigle doré. Hobenhuuscn.
Aquila haliætus- M. Hülimcyer attribue, mais sans certitude, & cette espèce, un seul os trouvé à Moossecdorf.
Falco milvus. Itobcnbausen.
Falco palumbarius. Wauwyl, Moosseedorf.
Falco nisus. Moosseedorf.
Strix aluco. Concise.
Sturnus vulgaris. Hobenliauscn.
Corvus corona. —
Cinclus aquaticus. —
Colutnbus palumbus. — Moosseedorf.
Tetrao bona9ia. —
Cicouia alba. Assez fréquent à Moosseedorf et à Hobenhauscn.
Ardea cinerea Hobenhauscn.
Fulica alra. —
l.arus. —
Cvgnus olor. Hobcnhauseu.
(1) kolben, Cape of Guod Hope, vol. I, p. 205.
(2) Hislory of Greenland, p. 73.
LES ANCIENNES HABITATIONS I.ACUSTHES DE LA SL'ISSE. l/,9
Anser segetum. Robenhausen.
Anas boschas. — Monsseedorf, Wanwyl.
Anas querqueduln. — . —
Podiceps minor. —
Les reptiles et les poissons sont représentés par dix de nos espèces les plus communes.
La souris commune, nos deux espèces de rats de maisons, le chat domestique, la poule de basse-cour, ne se trouvent ni dans les habitations lacustres de la Suisse, ni dans les kjôkkenmoddings du Danemark. Le professeur Riitimevcr attribue à une période récente un seul os de poule découvert à Morges, station qui appartient à l’âge de bronze.
Les restes les plus anciens d’ânes, dont parle le professeur Rütimever, sont ceux trouvés à Cbahannes et à Noville ; mais ces stations ne sont en aucune façon des Pfahlbauten, elles appartiennent à l'époque romaine.
Il est singulier que, quoiqu’on ait trouvé des restes du cheval dans tous les villages lacustres, ces restes soient si rares qu’on pourrait dire que la présence de ce quadrupède est accidentelle ; ainsi on n’a trouvé à Wangen qu’une seule dent, à Moossecdorf, qu’un os métatarse, poli d'un côté, à Robenhausen, qu'un seul os du tarse, et à Wauvvvl , que quelques os qui tous peuvent avoir appartenu au môme individu. D’un autre côté, quand nous arrivons à l’âge de bronze, nous trouvons à INidau de nombreux ossements appartenant à cette espèce ; de telle sorte que, autant que nous pouvons en juger par ces indices, le cheval en admettant qu’il ait été présent pendant l’âge de pierre, semble avoir été alors beaucoup plus rare que pendant les périodes subséquentes. Tous les restes de cet animal appartiennent à la variété domestique.
Tout en attribuant quelques os au sanglier et quelques autres au cochon domestique, le professeur Rütimeyer considère, cependant, que le plus grand nombre des ossements de ce genre appartient à une race différente qu’il appelle Sus scro/a palustris.
Cette variété, selon lui, était moins puissante et moins dangereuse que le sanglier, les défenses étant proportionnellement beaucoup plus petites; en un mot, il pense que cet animal avait les dents molaires d’un sanglier de taille ordinaire, mais que ses prémolaires, ses canines et ses incisives, ressemblaient à celles d’un jeune cochon domestique. Il pense que tous les os de cette variété trouvés à Moosseedorf, appartiennent à des individus sauvages, tandis que quelques-uns de ceux trouvés à ïS’idau, à Robenhausen, à Wauwyl et à Concise, portent, selon lui, quelques traces do domestication. Quelques naturalistes ont supposé que cette variété n’est basée que sur des spécimens femelles, mais dans son dernier ouvrage, le professeur Rütimeycr combat cette opinion et donne des descriptions nombreuses et des mesures des différentes parties. Il indique aussi de nombreuses différences sexuelles dans le S. palus tris, différences de la même nature, mais pas si bien tranchées, que celles qui existent chez le sanglier. S’appuyant en outre sur son étendue géographique et historique si bien définie, il nie qu’on puisse considérer cette variété comme le résultat d’un croisement entre le sanglier et le cochon domestique, ou que les différences qui la séparent du sanglier puissent être considérées comme de simples particularités individuelles. En un mot, il pense que, en tant qu'animal sauvage, cette variété disparut à une époque fort recuite, quoique le cochon apprivoisé de l'Inde, qui ressemble beaucoup à cette race, en soit peut-être descendu.
Notre cochon domestique se rencontre pour la première fois dans les villages lacustres les plus récents, comme par exemple à Concise. Le professeur Riitimeyer no croit pas, cependant, qu’il ait été réduit en domesticité par les habitants de la Suisse ; il pense plutôt qu'il a été importé pendant l’âge de bronze, d’autant plus qu’il a trouvé, aussi à Concise, les restes d'un bœuf [B. troc/ioceros) qu'on ne rencontre pas dans les villages lacustres plus anciens.
Pour arriver il savoir si un os donné appartenait à un animal
sauvage ou à un animal domestique, il faut se laisser guider par les considérations suivantes : le nombre des individus représentés; la proportion relative des individus jeunes et vieux; l’absence ou la présence de très-vieux individus, pour les espèces, tout au moins, (pii servaient d’aliments; les traces d'un choix, long quoique indirect, prouvé par la diminution de toute arme naturelle nuisible à l’homme; l’action directe de l’homme pendant la vie de l’animal et enfin le tissu et l’état des os.
En appliquant ces considérations au Sus palustris do Moosseedorf, il est évident, dit le professeur Riitimcyer, 1° que l’argument qu’on peut tirer du nombre des individus jeunes, perd beaucoup de sa force à cause de la grande fertilité de la truie et de la facilité avec laquelle on peut trouver et détruire les petits; 2° le nombre des individus représentés est égalé par celui du cerf qui certainement n’a jamais été un animal domestique; «V on a trouvé quelques ossements appartenant à de très-vieux individus, quelques-uns aussi appartenant à des cochons trèsjeunes, quelquefois même à des individus qui n’étaient pas nés; selon le professeur Rütimeyer, la petitesse des défenses est un des caractères de la race et non pas une preuve d'apprivoisement ; les os ont un tissu ferme et serré, et les seuls cas de carie proviennent d’une extrême dégradation des dents, ce qui trèsprobablement n’arriverait pas chez un animal domestique. Enfin, aucune dent ne porte la moindre trace de la lime ou de toute autre altération, si ce n’est après la mort de l'animal. Le professeur Rütimeyer conclut de toutes ces raisons (pie les habitants de Moosseedorf n’étaient pas encore parvenus à réduire en domesticité le Sus scrofa palustris ou le Sus scrofa férus.
Le professeur Rütimeyer s'est beaucoup occupé du tissu et de l’état des os eux-mêmes; il croit pouvoir, dans bien des cas, par leur inspection seule, distinguer les espèces, et déterminer même si l’os appartenait à un animal sauvage ou à un animal domestique.
Les os dos animaux sauvages ont un tissu plus ferme et plus
ixs anciennes HABITATIONS I.ACISTRF.S DK I.A SUSSE.
serré; il existe à leur surface extérieure une nervure indescriptible, niais pour l'œil exercé très-caractéristique, nervure produite par les impressions plus nettes et plus nombreuses des vaisseaux et par la rugosité plus grande des surfaces pour l’attache des muscles. 11 y a aussi exagération des saillies et des apophyses, et diminution de toutes les surfaces planes. Ces différences ont été de la plus grande importance pour l’étude des restes de boeufs. Grâce à elles, et c’est là sous beaucoup de rapports une des parties les plus intéressantes de son ouvrage, le professeur Riitimeyer en est arrivé à la conclusion que, outre les deux espèces sauvages de Bos, c'est-à-dire l’urus (, B.primige rmts) et l’aurochs (B. bison ou Bison Europmts), on trouve dans les villages lacustres trois races de bœufs domestiques.
La première de ces races est alliée à ITrus, et selon le professeur Riitimeyer, descend môme de lui, aussi l’appelle-t-il la race Primigenius. Cette variété se trouve dans tous les villages lacustres de l’Age de pierre. Il relie la seconde, ou race Trochoreros, à une espèce fossile, trouvée dans le diluvium à Arezzo et à Sienne et décrite sous ce nom par F. von Meyer. On n’a encore découvert cette variété qu’à Concise.
La troisième , ou race Longifrons , est de beaucoup la plus commune des trois. Elle se trouve presque à l’exclusion de la race Primigenius , dans toutes les stations lacustres, môme à Moosseedorf et à Wangen, c’est-à-dire dans les stations que l’on regarde comme les plus anciennes. Le professeur Riitimeyer pense que c’est la variété domestique du B longifrons d’Owen, mais, comme le mot « Longifrons » lui paraît incorrect, il emploie le mot « Brachyceros » proposé dans le principe par Owen pour cette espèce; mais comme il avait déjà été employé par Gray pour une espèce africaine, il est impossible de l’adopter.
Le professeur Riitimeyer consacre une partie subséquente de son ouvrage à l’examen des races de bœufs existant actuellement en Europe. Il pense que la vieille race Troehoceros a disparu, mais il voit dans les grands bœufs du Friesland, du
Juthuid et du Holstein les descendants du Bos Primigeniw. Cette race ne se trouve pas à présent en Suisse, mais il croit qu’il y a maintenant dans ce pays deux variétés distinctes de boeufs domestiques. L’une, à la robe de différentes teintes, variant entre le gris clair et le brun foncé, mais sans taches, et prédominant dans le Schwyz, l’Uri, le Valais, etc., en un mot dans tous le pays au sud d’une ligne tirée du lac de Constance à Valais, est conforme aux caractères ostéologiques généraux du Dns langifrons d Owen. L’autre, ou variété tachetée, ordinairement plus grande, prédominant dans le Nord de la Suisse, descend selon lui du R. frnnfosi/s, espèce fossile trouvée en Suède et décrite par Nilsson.
Je n'exprimerai pas ma propre opinion quant à ces conclusions. La question est aussi difficile qu’importante, et le manque d’espace ne me permet pas de donner à mes lecteurs tous les détails dans lesquels entre le professeur Rütimeyer. Je dois donc me contenter de renvoyer a son ouvrage ceux qui veulent étudier avec soin ce sujet. Mais que nous adoptions ses conclusions ou non, tous les naturalistes doivent être reconnaissants envers le savant professeur, pour le travail qu’il s’est imposé et pour la lumière qu’il a jetée sur cette question ardue.
Si nous en exceptons les animaux marins tels que les phoques, les poissons, les huîtres, les buccins, les bucardes, etc., que nous ne pourrions pas nous attendre à trouver aussi loin de la mer, la faune que représentent les débris organiques des lacs suisses se rapporte singulièrement à celle qui caractérise les kjokkcnmdddings danois, faune qui appartient évidemment à une époque beaucoup plus récente que celle des célèbres hachettes de pierre que le génie et la persévérance de M. Boucher de Perthes nous ont fait connaître.
Au lieu de l’éléphant et du rhinocéros, nous trouvons dans le second âge de pierre , dans l’âge des kjokkenmoddings et des « Pfahlbauten, » l'urus et le bison, l’élan et le cerf, déjà monarques des forêts. Ce dernier ainsi que le sanglier, semble avoir été fort nombreux, et était un aliment important pour les habi-
15/j LES ANCIENNES HABITATIONS LACUSTRES DE LA SUISSE.
tants des villages lacustres. L’Urus, ou grand bœuf fossile, a maintenant complètement disparu, en tant tout au moins qu’espèce sauvage (1). César parle de cet animal, et dit qu'il est presque aussi grand que l'éléphant. (Hi sunt tnagniludine paulo infra e/cphantos, specie et colore et figurd tauri.) Selon Herberstein, il existait encore en Allemagne dans le courant du xvie siècle, mais il a dû disparaître à peu près à celle époque.
L’aurochs, ou bison européen, semble avoir disparu de l’Europe occidentale à peu près à la même époque que l’urus. L’histoire ne nous fournit aucune preuve de son existence en Angleterre et en Scandinavie. Il semble avoir disparu de la Suisse vers le x' siècle; un lied des ISiebelungen du xue siècle, dit qu'on le trouvait dans la forêt de Worms, et le dernier fut tué en Prusse en 1775. A une certaine époque, il semble avoir habité presque toute l’Europe, une grande partie de l'Asie et partie même de l’Amérique, il ne se trouve à présent en Europe que dans les forêts impériales de la Lithuanie, où l'empereur de Russie le fait conserver. Selon Nordmann et Von Baer, il existe encore dans quelques parties de l'Asie occidentale.
Nous n’avons pas de preuves certaines que l’élan ait existé en Suisse pendant la période historique," mais César nous dit qu’il vivait dans la grande forêt Hercynienne. Selon Albertus Magnuset Gesner, on le rencontrait au xn" siècle en Sclavonie et en Hongrie. On indique l’année 1740 comme celle de la mort du dernier élan en Saxo. Il habite à présent la Prusse et la Lithuanie, la Finlande et la Russie, la Scandinavie et la Sibérie, jusque sur les rives de l'Amoor.
Le bouquetin disparut de la plus grande partie des Alpes suisses à peu près à la même époque que l’élan. 11 a séjourné plus longtemps dans l’ouest. Le dernier périt dans le Glarus en 1550. Il a
(1) I.e professeur Ilütimeyer considère cependant que les célèbres bestiau v sauvages du parc de Tankenille sont les descendants certains, quoique plus petits, du H. primigrnitis.
existé auprès de Chia venna jusqu'au commencement du xvn” siècle, dans le Tyrol jusque pendant la seconde moitié du xvm° siècle, et il se maintient encore dans les montagnes entourant le mont Iséran.
L’extermination de l’ours, comme celle du bouquetin, semble avoir commencé dans l’est; cette extermination n’est même pas complète puisque cet animal se trouve encore dans le Jura, le Valais, et les parties sud-est de la Suisse. Ix* renard, la loutre et les différentes espèces d’écureuils sont encore les carnivores communs de la Suisse ; le chat sauvage, le blaireau et le loup, se trouvent encore dans le Jura et dans les Alpes, le loup pendant les hivers froids s’aventure même dans les plaines. Le castor au contraire a enfin disparu. Depuis longtemps il était fort rare en Suisse; quelques-uns, cependant, ont survécu jusqu’au commencement de ce siècle à Lucerne et dans le Valais. Au xn* et xuU siècle, le cerf était abondant dans le Jura et dans la Forêt-Noire, mais l'espèce semble avoir été moins grande que celle de l’antiquité. On tua le dernier dans le canton de Bâle, à la fin du xvinc siècle ; il exista un peu plus longtemps dans la Suisse occidentale et dans le Valais. Le chevreuil existe encore dans quelques endroits.
La faune que nous venons d’indiquer est certainement en grande partie celle à laquelle nous devions nous attendre. Nous trouvons dans les débris organiques des habitations lacustres la plupart des espèces qui caractérisent l’époque post-tertiaire en Europe. Quelques-unes des plus grandes ont, depuis, disparu dans la lutte pour l’existence, d’autres deviennent chaque année de plus en plus rares, d’autres enfin ne se maintiennent que grâce au terrible climat et à la difficulté d'accès des régions montagneuses qu’elles habitent. L’extermination graduelle, qui a toujours continué depuis, avait déjà commencé.
Pris en somme, donc, les animaux des Pfahlbauten suisses appartiennent évidemment à la faune qui a commencé dans l’époque post-tertiaire avec le mammouth, le rhinocéros tiehorinus, l’ours des cavernes et l’hyène fossile.
Mais bien que la faune de l'àge de pierre appartienne à la même grande époque zoologique que celle des graviers des rivières d’un côté, et celle du temps présent de l'autre, il ne faut pas oublier que T immense période qui s’est écoulée depuis la fin de l’époque tertiaire a produit de grands changements dans la faune de l’Europe. Les habitations lacustres occupent, pour ainsi dire, la position médium dans cette ère post-tertiaire. Distincte de la faune actuelle de la Suisse par la possession de Tunis, du bison, de l’élan, du cerf et du sanglier, aussi bien que par la distribution plus générale du castor, de Tours, du bouquetin, etc., leur faune diffère aussi de celle de la formation des graviers par l’absence du mammouth, du rhinocéros, de Tours des cavernes, et de l’hyène des cavernes.
Le professeur Rütimeyer pense que ces considérations seules, en admettant que nous n’ayons aucune autre preuve, nous permettraient de pousser cette division plus loin encore. Si nous prenons les stations de Moosseedorf, de Wauwyl, de Robenhausen et de Nidau, qui ont été étudiées avec le plus de soin sous ce rapport, les trois premières, (pii appartiennent à l’àge de Pierre, présentent certainement un contraste marqué avec la dernière, (pii est la localité où, jusqu’à présent, on a découvert le plus grand nombre d’objets de bronze.
Bien entendu il n’est pas nécessaire de faire ressortir l’intérêt et ( importance d’une semblable distinction, qui s’harmonise si bien avec celle indiquée par l’étude des armes et l’état de conservation des pilotis. Ainsi Turus n’a encore été trouvé qu’à Moosseedorf, à Wauwyl, à Robenhausen et à Concise; l’aurochs il Wauwyl, et à Robenhausen; l’ours à Moosseedorf et à Meilen. Un coup d’œil jeté sur la table donnée page 170, montrera que plusieurs autres espèces n’ont été encore trouvées qu’à Moosseedorf et à Robenhausen ; fait, cependant, qui indique plutôt la richesse que l’antiquité de ces localités. 11 se peut que Ton considère la présence des espèces plus grandes comme une preuve de leur plus grande abondance dans la période la plus reculée;
mais il ne faut pas oublier, que non-seulement l'ours et l’élan, mais aussi l’aurochs et Tunis, se retrouvent à une période comparativement récente. D’un autre côté, l’abondance des animaux sauvages et le fait qu’à Moosseedorf et à Wauwyl, le renard est plus abondant que le chien, tandis que partout autre part, c’est le contraire qui a lieu, semblerait prouver la plus grande antiquité de ces deux stations.
Les preuves tirées de la distribution des animaux domestiques sont peut-être plus satisfaisantes. Le mouton se trouve à Moosseedorf, mais en quantité moins considérable qu’à Nidau. D'un autre côté le cheval est fréquent à Nidau, tandis qu’à Moosseedorf, on n’a découvert qu’un seul os de cet animal, dans un état différent de celui des autres os et probablement plus récent. Enfin le cochon domestique de la race actuelle n’existe dans aucun village lacustre de l’âge de pierre, excepté à Wauwyl, et ne devient fréquent qu’à Nidau.
Si les observations subséquentes confirment les conclusions que nous venons d’indiquer, on pourrait en conclure aussi que les animaux domestiques, comparativement rares pendant l’àge de pierre, devinrent plus nombreux après la découverte du bronze. Changement indiquant et produisant peut-être de nouvelles habitudes chez les habitants.
Quelque rares qu’aient pu être les bœufs, les chevaux, les moutons et les chèvres, ou ne peut conserver ces animaux pendant l’hiver en Suisse, qu’en mettant de côté des provisions et en leur procurant un abri. Un peuple pasteur doit forcément atteindre à une civilisation plus avancée qu’une nation de chasseurs. Nous savons, en outre, qu’à cette époque l’agriculture n’était pas entièrement inconnue. La découverte dans différents endroits de céréales carbonisées Ta prouvé de la manière la plus inattendue. Le blé est le plus commun ; on en a trouvé à Meilen, à Moosseedorf et à Wangen. Dans ce dernier endroit même, on en a recueilli plusieurs boisseaux; les grains sont réunis en blocs épais. Dans d’autres cas les grains sont isolés, sans paille ; ils
ressemblent par leur grosseur et leur forme à nos grains de blé actuels; on les trouve rarement dans l’épi. Les épis de YHordcum hexastichon L. (l’orge à six rangées) sont assez nombreux. Cette espèce diffère de VH. vulgare L. par le nombre des rangées et par la plus grande petitesse des grains. Selon De Candolle, c’est l’espèce que cultivaient ordinairement dans l’antiquité les Grecs, les Romains et les Égyptiens. Dans les épis trouvés à Wangen, chaque rangée contient ordinairement dix ou onze 'grains; ces épis sont cependant plus petits et plus couds que ceux que l’on cultive aujourd’hui.
Une découverte encore plus imprévue fut celle de pain ou plutôt de gâteaux, car le levain semble avoir été inconnu. Ces gâteaux sont plats et ronds; ils ont de 1 pouce à 15 lignes d’épaisseur, et, à en juger par un spécimen, h ou 5 pouces de diamètre. Autrefois le grain semble avoir été rôti, grossièrement écrasé entre des pierres, puis conservé dans de grands pots de terre et mangé après avoir été légèrement humecté. A l’époque de la conquête des îles Canaries par les Espagnols, les indigènes préparaient le grain de la même manière ; maintenant même, c’est là le principal aliment des classes pauvres. Comment préparaiton le sol pour la culture du blé? Nous ne le savons pas, car on n’a encore découvert aucun instrument qu’on puisse avec certitude attribuer à l’agriculture.
On a trouvé à Wangen des pommes et des poires carbonisées, quelquefois entières, quelquefois coupées en deux, ou plus rarement en quatre morceaux, mais évidemment séchées et conservées pour l'hiver. Les pommes sont plus nombreuses que les poires, on en a trouvé non -seulement à Wangen, mais aussi à Robenhausen dans le lac Pfeffikon, et à Concise dans le lac de Neufchâtel. Les pommes et les poires sont petites et ressemblent à celles qui croissent à l’état sauvage dans les forêts de la Suisse. On n’ a encore découvert aucune trace de la vigne, de la cerise ou de la prune de Damas, mais on a trouvé des noyaux de la prune sauvage et de la Prunus padus. La vase contient des quan-
tités considérables de pépins de framboises et de mûres, ainsi que des coquilles de noisettes et de faines.
Tout ceci prouve que les habitants des Pfahlbauten se nourrissaient de blé, de fruits sauvages, de poissons et de la chair d'animaux sauvages et d’ animaux domestiques. Le lait sans aucun doute était un de leurs principaux aliments.
Voici la liste des plantes trouvées dans les habitations lacustres :
Pinus abies.
— picea.
— sylveslris.
— Mughus.
Quercus Hobur.
Fagus sylvatica.
Populus trcmula.
Betula allia.
AInus glutinosa.
Corylus Avcllaita.
Prunus spinosa.
— Padus.
— avium.
Tilia.
Carpinus Betulus.
Cornus sanguiuea.
Taxus baccata.
Hubus idæus.
Hubus fruticosus.
Fragaria vesca.
Carum Carvi.
Hcracleum Spondylium.
Blé.
Hordeum disticbum.
— hcxaslichum. «
Trapa natans. On supposait que cette
espèce avait disparu de la Suisse, mais on l'a récemment découverte à l étal vivant. Elle est, cependant, très-locale.
Lin.
Juncus.
Arundo.
Nymphæa alba.
Nuphar luteum.
— pumilum.
On n’a encore trouvé ni chanvre, ni avoine, ni seigle. Quelques petits morceaux de ficelle et de nattes en lin ont pu faire partie de quelques articles d’habillement. On employait aussi sans aucun doute, pour en faire des vêtements, les peaux des animaux, et quelques outils de pierre semblent bien adaptés à la préparation des peaux; les épingles d'os et les aiguilles faites avec les dents des sangliers devaient servir à les attacher ensemble.
A quelle race d’hommes ces restes intéressants appartiennentils? C’est une question à laquelle nous ne pouvons répondre faute de preuves directes. Les ossements humains sont très-rares dans
les habitations lacustres. Ceux qu'on a trouvés peuvent provenir d’accidents d’autant que ce sont les ossements d’enfants qui sont les plus nombreux. M. Desor va jusqu’à dire qu’on n’a pas encore trouvé un seul squelette humain dans les stations appartenant à l ige de pierre, et le docteur Relier, dans son cinquième mémoire, nous informe que tous les villages lacustres pris ensemble n'en ont pas produit plus d’une demi-douzaine. Iaï professeur Mis a décrit un crâne bien développé trouvé à Mcilen ; il pense qu’il ne diffère pas beaucoup du type suisse ordinaire. Pendant que son ouvrage était sous presse, le professeur Riitimcyer a reçu du colonel Schwab quatre crânes dont deux ont * été trouvés à Nidau, un à Sutz et un à Biel. Le professeur Desor m'a montré un autre crâne trouvé à Au vernier, ce qui complète le nombre indiqué par le docteur Relier. Toutes ces stations cependant, paraissent avoir appartenu à l’âge de bronze, et il n’a pas encore été possible d’attribuer, avec certitude, à une période plus ancienne la plupart des anciens tumuli trouvés en Suisse.
Si nous passons actuellement aux habitations lacustres de l’âge de bronze, un fait nous frappe tout d’abord, c'est qu’elles sont moins généralement répandues que celles de l'âge de pierre. O11 n’en a encore trouvé que sur les lacs de Genève, de Luisscl, de Neufchâtel, de Morat, de Bienue et de Sempach ; pas une seule dans la Suisse orientale. On a tiré de ce fait la conclusion que l’âge de pierre a duré plus longtemps dans l’est que dans l'ouest et (pi on se servait encore du silex et de la serpentine sur le lac de Constance, longtemps après que le bronze les avait remplacés sur les lacs occidentaux. Il est cependant difficile de supposer que les habitants d’Inkwyl et de Moosseedorf, près de Berne, qui tiraient le silex de la France, aient pu ignorer la civilisation voisine du lac de Bienne. 11 se peut, toutefois, qu’on finisse par trouver des stations de l’âge de bronze sur le lac de Constance; mais dans l’état actuel de la question, il n’en est pas moins vrai que les habitations lacustres de la période métallique sont restreintes à la Suisse centrale et occidentale. Les
constructions de la période plus récente sont plus solidement faites, mais autrement elles ne paraissent pas différer beaucoup de celles de l'àge de pierre. Le plus ordinairement, toutefois, elles sont plus loin du bord , dans une eau plus profonde , sans doute parce qu’il était plus facile de travailler le bois, probablement aussi parce que les moyens d’attaque étant devenus plus puissants il fallait une défense plus facile. Les principaux objets de bronze consistent en : épées, dagues, haches, têtes de lance, couteaux, hameçons, faucilles, épingles, anneaux et bracelets. Le nombre des articles découverts jusqu'ici est déjà très-considérable ; la collection du colonel Schwab seule ne contient pas moins de à 346 objets de métal. Cette collection est classifiée dans la table suivante, que je dois à l’obligeance du docteur Relier ; cette table donne eu même temps une idée de la proportion relative de ces objets.
as
ESTÀVAYER.
as
CORCELETTES.
ce
as
Al TRES