TAÏTI
Taïti, la reine des îles, a excité l'étonnement et l'admiration de presque tous ceux qui l’ont visitée. A quelques égards, les Taïtiens sont inférieurs à d’autres insulaires des mers du Sud, les Vitiens, par exemple, qui, comme nous l’avons vu, connaissent la poterie; niais en général on peut les considérer comme représentant le plus haut degré de civilisation auquel l'homme se soit élevé en aucun pays avant la découverte ou l’introduction des intruments de métal. Il n'est nullement probable, en effet, qu’une population quelconque des grands continents ait été aussi avancée durant son âge de pierre. Sans doute les insulaires des îles de la Société* ne seraient pas restés sans métal, si le pays leur eût fourni les moyens de se le procurer. D'un autre côté, les habitants primitifs de l’Europe ne furent réduits à se servir d’armes de pierre que jusqu’il ce qu’ils eussent reconnu la supériorité du cuivre, du bronze ou du fer, et appris l’art de les travailler. Or il est évident que, selon toutes les probabilités, une nation découvrirait l’usage du métal avant d’avoir atteint le plus haut point de civilisation auquel l’humanité puisse atteindre sans un tel secours.
I.es ustensiles des Taïtiens, au moment où on les découvrit, étaient faits de pierre, d’os, d éfaille ou de bois. Ils n’avaient pas la moindre idée du métal. Quand on leur donna pour la première fois des clous, ils les prirent pour de jeunes pousses d’un bois très-dur, et espérant que la vie ne les avait peut-être pas complètement abandonnées, ils en plantèrent précieusement plusieurs dans leurs jardins (1).
Toutefois, au bout de très-peu de temps, les ustensiles primitifs furent entièrement remplacés par des ustensiles de fer, et, dans son dernier voyage, le capitaine Cook nous dit (2)
(1) Ellis, Recherches sur lu Polynésie, p. 29S.
(2) Cook, Voyage dans l'océan Pacifique, vol. Il, p. 137.