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LES SAI'V.U.ES MODEHNES

n’était mêlée de nombreux filaments fibreux (1). Dans les districts du nord, il y avait de grandes plantations d’ignames et de patates douces. Ils cultivaient aussi des courges, qui leur servaient de vases, car ils n’avaient point de poterie. Leur unique instrument aratoire était « un pieux long et étroit, aiguisé par un bout. A peu de distance de ce bout était attachée une petite pièce de bois transversale qui permettait de l’enfoncer en pressant avec le pied. » Leur nourriture animale consistait principalement en poisson et en crustacés, et le capitaine Cook remarqua près de leurs habitations de vastes monceaux d’écailles. Ils tuaient aussi quelquefois, mais rarement, des râles, des pingouins, des nigauds et autres oiseaux. Ils se procuraient le feu avec deux morceaux de bois à la manière ordinaire (2). line doloire de pierre de la Nouvelle-Zélande est représentée dans les figures 82, 84 (page 78).

Les seuls quadrupèdes de ces îles étaient des chiens et des rats. Ils n’avaient point de porcs, et les chiens servaient exclusivement à l’alimentation. 11 est singulier que, bien que si supérieurs en civilisation, sous tant de rapports, aux Colombiens de Nootka, et quoique la nourriture animale fét si rare, ils ne semblent pas avoir imaginé un moyen de tuer les baleines qui fréquentaient leurs parages. Ils étaient toutefois très-habiles pécheurs, ayant d’excellentes lignes, des hameçons faits d’os et de coquillages, et de très-grands filets faits avec les feuilles d'une espèce de chanvre découpées en bandes de la largeur convenable et liées ensemble. Pour faire les lignes, « on racle les feuilles avec une écaille qui en enlève la partie supérieure ou partie verte, et laisse intactes les fibres longitudinales, fortes et blanches, qui les traversent par dessous (3). » Ils préféraient même cette espèce de cordage à celui qu’on tire du chanvre d'Europe.

(1) Diefienbach, Nouvelle-Zélande, vol. Il, p. 11.

(2) D'Urville, vol. Il, p. A79.

(3) Fitzroy, Voyaije of tlie Ad cent tire and beugle, vol. Il, p. 399.

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LES SAtVAl.ES modernes.

C’était aussi de ecs feuilles que se composaient la plupart de leurs vêtements, car, quoiqu’ils connussent la manière d’employer l’écorce à cet usage, les habillements ainsi fabriqués étaient rares, et portés seulement comme ornement. Les feuilles étaient partagées en trois ou quatre morceaux, qu'on entrelaçait de façon à former une sorte d'étoffe qui tenait le milieu entre le filet et le drap. Le poil laineux du chien était aussi appliqué au même usage (t). Le costume ne différait pas pour les deux sexes, et se réduisait il deux pièces : un morceau de leur grossière étoffe (si l’on peut l’appeler ainsi) était noué sur leurs épaules et descendait jusqu'aux genoux, rattaché par devant au moyen d’un cordon ou d’une aiguille d'os; l’autre pièce était nouée autour de la ceinture et atteignait presque jusqu’à terre. Toutefois ce vêtement n'était porté par les hommes que dans des circonstances particulières.

Pour ornements ils portaient des peignes de bois ou d'os, des plumes, des colliers, des bracelets, des anneaux d’os ou de coquillages, qui entouraient la cheville, et des boudes d’oreilles faites de duvet d’albatros. Beaucoup d'entre eux avaient, en outre, de grotesques petites figures de jade qu’ils se suspendaient au cou, et auxquelles ils attachaient un très-grand prix. Les Néo-Zélandais se tatouaient aussi avec autant de dextérité que d'élégance, non-seulement le corps, mais même le visage, ce dont l’effet général, en beaucoup de cas, était loin d'être disgracieux. Mais l’opération était extrêmement pénible, à ce point qu’on ne pouvait la supporter tout d’une fois, et qu’on y mettait souvent des mois entiers, ou même des années. Les lèvres et le coin de l’œil étaient les parties les plus sensibles. Cependant c’eût été un déshonneur que de se soustraire à cette souffrance.

Leurs maisons avaient environ 18 ou 20 pieds de long, sur 8 ou tO de large et 5 ou 0 de haut. Les parois descendaient jusqu’à terre, à la différence des habitations de Taït i , laissées

•1) D'frviltn, vol. Il, p. 500.

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ouvertes sur les côtés. Ce n’était pas qu’ils cher chassent à être plus retirés, mais bien en vue de se garantir de la pluie et du vent. Les murs étaient faits de bâtons couverts de gazon et de foin, en guise de chaume. A l’une des extrémités, se trouvait la porte, juste assez haute pour laisser passer un homme marchant à quatre pattes. Un autre trou servait à la fois de fenêtre et de cheminée. Le toit était souvent orné de sculptures, et l’on avait l’habitude d'attacher au faîte une figure monstrueuse, représentant le propriétaire de la demeure (t).

Leurs villages étaient tous fortifiés. Ils choisissaient les plus fortes positions naturelles, et ils les entouraient d’une palissade d’environ 10 pieds de haut. Les côtés faibles étaient aussi défendus « par deux tossés : le fossé intérieur est garni d’un talus et d’uuc palissade additionnelle » . Les pieux étaient plantés obliquement dans le sol, de manière à surplomber sur le fossé qui, « depuis le fond jusqu'au haut, ou au couronnement du talus, a 24 pieds. Immédiatement après la palissade intérieure, est une estrade, haute de 20 pieds, longue de 40, et large de 6 ; elle est supportée par de forts poteaux, et destinée à être pour les assiégés un poste d’où ils puissent accabler les assaillants de traits et de pierres, dont on tient en réserve des monceaux à cet effet. Uue autre estrade de môme genre, et également dans l'enceinte de la palissade, commande l’aveuue escarpée au revers de la position (2). » Dans l’intérieur de ces palissades, ils avaient ramené le terrain « à différents niveaux s’étageant les uns sur les autres, comme un amphithéâtre, et chacun investi de son retranchement distinct. » Ces diverses plates-formes ne communiquaient ensemble que par d’étroits passages, si bien que chacune d'elles était capable de se défendre séparément, et elles étaient pourvues de provisions considérables de poisson séché, de racines de fougère, etc. Cbmme ces naturels, quand on les découvrit, n’avaient ni arcs, ni flèches, ni frondes même, en un

(1) Dieffenbarh, loc. cil., p. 60.

(2 J Cook, Premier Voyage, p. 343.

LUS SAI'VAC.RS MOIIKKNKS.

Tic. 150.

mot, « uucuno arme de trait, à l’exception de la lame qu'on envoyait avec la main », de telles positions doivent avoir été presque imprenables. Leur principale arme était le patoo-patoo (fig. 150), qu’ils s'attachaient au poignet par une forte courroie, de crainte qu'il ne leur fût arraché. Ils n’avaient point d’armure défensive, mais, outre leurs armes, les chefs portaient un «bâton de commandement » (1).

Leurs canots étaient bien construits et ressemblaient à ceux des autres îles. Beaucoup, toutefois, étaient assez larges pour naviguer sans boute-hors. Les deux extrémités offraient souvent d’ingénieuses sculptures.

Les cadavres étaient enveloppés dans la toile du pays, et enterrés dans la position assise, ou bien exposés pendant quelque temps sur de petites plates-formes carrées; quand la chair s'était décomposée, les os étaient lavés et finalement déposés dans une petite boite fermée qu’on avait l’habitude de placer sur une colonne dans le village ou aux environs (-2). Dans certains districts, toutefois, il était d’usage de jeter les cadavres à la mer, à l’exception de ceux des hommes morts en combattant. Ceux-là étaient ordinairement mangés par l’ennemi. Aucun des objets qui avaient servi au défunt durant sa dernière maladie n’était employé après sa mort (3) ; on avait coutume de les briser ou de les enterrer avec lui. On a trouvé un jour un œuf de moa entre les mains d’un Maori mort et inhumé, suivant l’usage, dans une position assise. L’œuf était dans un état parfait de conservation (ZI), et avait peut-être été destiné à servir de nourriture au mort.

Pitio -palio.

(1) Observations de Fortler, lue. cil., p. 326.

(2) Dieffenbacli, loc. cil., p. 63. — Kitzroy, lue. cil., p. 570,

(3) DTrville, vol. Il, p. 536.

(!i) Le Zoologiste, février ISOô, p. 055/i.

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Leur principal instrument de musique était la flûte, dont ils possédaient trois ou quatre variétés. D’Urville (1) remarqua aussi, chez eux, une sorte de lyre à trois ou quatre cordes, lisse servaient encore, en guise de trompette, de grands coquillages. Ils aimaient beaucoup le chant , la poésio et la danse. Celle-ci avait deux formes : elle était guerrière ou amoureuse.

Les Néo-Zélandais avaient un caractère fier, jaloux, irascible, cruel et implacable, mais en même temps sensible, généreux, sincère, hospitalier et affectueux. Comme d’autres Polynésiens, les Maories étaient fort adonnés à l'infanticide (2). Les jeunes filles jouissaient, avant le mariage, d’une grande liberté. Une fois mariées cependant, les femmes étaient fidèles et attachées à leurs maris, qui, en revanche, les traitaient généralement avec bonté et respect. En somme, il faut reconnaître que la condition de la femme, dans la Nouvelle-Zélande, était loin d'être mauvaise. Les Maories étaient continuellement en guerre durant leur vie, et ils espéraient y être encore après la mort. Ils considéraient le ciel comme un lieu où il y aurait d’éternels festins de poisson et de patates douces; où ils seraient toujours en lutte et toujours victorieux. Peut-on dire qu'ils avaient une religion, oui ou non? Cela dépend du sens que l’on attache au mot. Ils croyaient à l’immortalité de l’àmc, mais non à la résurrection du corps : c’était là un article de foi que, suivant M. Marsden, les missionnaires ne pouvaient pas leur faire admettre. Ils n’avaient point l’idée d’un Dieu tout-puissant, mais ils croyaient à un esprit nommé Atoua, qui était, comme eux, un féroce cannibale. Quand quelqu'un était malade, on le supposait dévoré intérieurement par Atoua, et l'on s’efforcait d’éloigner le mauvais esprit en l’effrayant par des malédictions et des menaces (A). On peut

(1) D’Urville, loc.cit., vol. Il, p. 501.

(2) Dieflenbach, foc. cit., p. 16.

(3) Missionarij Register, novembre 1819.

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regarder cela comme une sorte de culte négatif, mais, dans certaines occasions, ils lui offraient positivement des sacrifices humains et autres, dans le vain espoir d’apaiser sa colère. Ils n’adoraient point d’idoles , mais beaucoup de leurs prêtres semblent avoir cru sincèrement qu’ils avaient été en communication réelle avec Atoua, et plusieurs des premiers missionnaires étaient disposés à croire que Satan avait pu obtenir la permission de les tromper, afin d’affirmer son pouvoir. Si extraordinaire que cela puisse paraître, le cas était le même à Taïti.

« En outre, dit M. Ellis, de la fausse conviction que conservent encore beaucoup de gens qui étaient sorciers ou agents des pouvoirs infernaux, et d’autres qui ont été victimes des enchantements, plusieurs des premiers missionnaires sont portés à croire que le fait était réel (1). » M. Ellis lui-même partageait cette opinion. Avec d’aussi basses idées de la Divinité, il n’est peutêtre pas surprenant que certains chefs aient été, même de leur vivant, regardés comme des dieux. Les blancs et leurs montres étaient aussi, à l'origine, considérés comme des divinités : poulies premiers, l’erreur était assez naturelle, puisqu’ils se présentaient armés du tonnerre et des éclairs.

Le cannibalisme offrait un tout autre caractère chez les Néo- Zélandais que chez les Vitiens. Sans doute, les premiers trouvaient du plaisir à manger de la chair humaine : il en est ainsi, paraît-il, de tous les peuples qui ont une fois surmonté l’horreur naturelle inspirée, à ce qu’on doit croire, par le premier essai de cette nourriture. Mais le cannibalisme, dans la Nouvelle- Zélande, était moins un repas qu’une cérémonie; son objet ne se réduisait pas à une pure satisfaction des sens; il faut le regarder comme un acte religieux, comme une sorte de sacrement impie. Ce qui le prouve, c'est qu après une bataille, les corps qu’on préférait n’étaient pas ceux des jeunes gens aux formes potelées, ni des tendres jeunes filles, mais ceux des chefs

(1) Ellis, Recherches sur ta Polynésie, vol. Il, p. 22G.

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les plus célèbres, quelque vieux et quelque coriaces qu’ils pussent être (l). Ils croyaient, en effet, qu’ils ne s'assimilaient pas seulement la substance matérielle, mais encore le courage, l’habileté et la gloire de celui qu’ils dévoraient. Plus ils avaient mangé de cadavres, plus ils espéraient une position élevée dans l’autre monde. Une telle croyance rehaussait cette coutume d’une certaine noblesse diabolique, qui la mettait bien loin, à tout prendre, de l’ignoble sensualité des Vitiens. Être mangé était, d’un autre côté, le plus grand malheur qui pût arriver à un Néo-Zélandais, puisqu’il croyait que par là son Ame était détruite en même temps que son corps. Le chef assez heureux pour tuer et pour dévorer son ennemi n’avait plus rien à craindre de lui, ni dans cette vie, ni dans la vie future; au contraire, la force, l’habileté et le prestige, contre lesquels il avait eu à lutter, il ne les avait pas seulement vaincus, mais, par cet horrible procédé, il se les était incorporés et les avait ajoutés à sa personnalité.

Dans d’autres occasions, on tuait des esclaves et on les mangeait en l’honneur des dieux. Les Maories affirmaient que les criminels seuls étaient ainsi traités. En admettant que ce fût vrai, un pareil usage était encore assez horrible ; mais les persécutions religieuses ont à peine cessé en Europe aujourd’hui, et il n’y a pas si longtemps que le bûcher et le gibet étaient regardés comme nécessaires au maintien du christianisme même. Evidemment, E’hongui considérait que toutes les analogies de la nature plaidaient en faveur du cannibalisme. 11 était surpris de l'horreur qu’en éprouvait d’Urville. Les gros poissons, disait-il, mangent le fretin; les insectes dévorent les insectes; les grands oiseaux se nourrissent des petits : c’est en conformité avec toutes les analogies de la nature que les hommes doivent manger leurs ennemis (2).

(1) D'L'rville, vol. II, p. 547.

(2) D'L'r\ille, vol. Il, p. 548.

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