‹ L'homme avant l'histoireChapitre 78 sur 124 · I.KS SACVAGIS MOIIF.RNKS · texte numérisé non relu

I.KS SACVAGIS MOIIF.RNKS

fixés au sul par de grosses pierres. La forme de ces lentes était quelquefois un cercle régulier de 8 à 9 pieds de diamètre ; la hauteur était de A à 5 pieds (1). On avait d’abord supposé que ces cercles notaient que remplacement des maisons d’hiver, mais on reconnut ensuite qu’ils servaient exclusivement pour tendre les peaux des tentes pendant l’été. Près de ces « huttes circulaires » , on a remarqué plusieurs fois de longues rangées do pierres droites (2). Dans les régions du sud, les demeures d'hiver sont construites en terre ou en bois flottant, lequel est très-abondant en certains endroits. Au nord, toutefois, le bois devient extrêmement rare. Les Esquimaux situés à l’extrémité septentrionale de la baie de Baffîn (3), n’ayant en fait de bois que dés pousses de bruyère naine, connaissaient si peu la nature du bois de construction, que plusieurs d’entre eux saisirent, à diverses reprises, sur Y Isabelle, le mât de hune de rechange, évidemment avec l’intention de le voler, et dans la parfaite ignorance de son poids. Vu le manque de bois, ils bâtissent leurs maisons avec la glace et la neige; celles de glace sont belles et presque diaphanes, si bien que, même à quelque distance, ou peut voir tout ce qui s’y fait. Elles sont beaucoup plus froides que celles de neige, qui, pour cette raison, sont généralement préférées. A l’ouest des montagnes Rocheuses, les habitations d’hiver sont ordinairement souterraines. Un « yourt » kamtchadale est ainsi décrit par le capitaine Cook (A) : « On creuse dans la terre, à environ 0 pieds de profondeur, un carré long, de dimensions proportionnées au nombre de personnes qu’il doit recevoir (car il est à propos d’observer que plusieurs familles vivent ensemble dans le même yourt). À l'intérieur, on enfonce dans le sol, à des distances convenables, de forts poteaux ou des piliers

(1) Voyage de Parry, 1821-1 820, p, 17, 51.

(2) Loc. rit., p. 62, 285, 363.

(3) Ross, Haie de Ha/fin, p. 122.

(5) Cook, Voyage dans l'océan Pacifigue, \ol. III, p. 37 4. Voyez aussi vol. lll, p. 450.

l.ES SAUVAGES MODEKNES.

de bois, d'où partent les traverses destinées à soutenir la toiture, laquelle est formée de solives reposant d'un côté sur le sol, de l’autre sur les traverses. Ix*s intervalles entre les solives sont remplis par de fortes claies d'osier, et le tout est couvert de gazon, ce qui donne extérieurement à un yourt l'aspect d’un monticule airondi et peu élevé. On laisse au milieu un trou servant à la fois de cheminée, de fenêtre et de porte, et les habitants y entrent et en sortent au moyen d’un pieu solide qui tient lieu d’échelle, et qui est assez profondément entaillé pour donner quelque prise à l'orteil. » Toutefois, le plus souvent, l’entrée est un passage souterrain.

Comme règle générale, nous pouvons dire que les yourts de l'ouest sont souterrains, tandis que ceux des tribus qui vivent à l'est des montagnes Rocheuses sont généralement au-dessus du sol. Le capitaine Parry a admirablement décrit la manière dont les Esquimaux construisent leurs igloos de neige. Ils choisissent (1) un morceau de neige dure et compacte, dans lequel ils taillent des tranches oblongues de 6 à 7 pouces d’épaisseur et d'environ 2 pieds de long. Avec ces matériaux ils construisent un mur circulaire, arrondi intérieurement, de manière à former un dôme, qui quelquefois n'a pas moins de 9 à 10 pieds de haut et de 8 à 15 pieds de diamètre. On perce alors une petite porte au midi. Elle a environ 3 pieds de haut, 2 pieds 1/2 de large, et donne sur un [mssage d’environ 10 pieds de long, avec une marche au milieu, car, à mi-chemin de la hutte, le niveau s’abaisse au-dessous du parquet de la hutte et du passage extérieur. Pour avoir de la lumière, on pratique clans le toit une ouverture ronde, où l’on insère une plaque de glace circulaire de 3 ou h pouces d’épaisseur et de 2 pieds de diamètre. Si plusieurs familles ont 1 intention de vivre ensemble, on construit d’autres chambres qui s’ouvrent sur la première, et après qu’une bonne quantité de neige a été accumulée sur l’extérieur, le

(I) l’arry, loc.cit., i>. 500.

LES SA l' Y AG ES MODEUN'ES. *

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gros oeuvre de la hutte est fini. 11 s’agit ensuite, à l'intérieur, d’élever un banc de neige de 2 pieds 1/2 de haut, tout autour de l'habitation, sauf à l’endroit de la porte. Ce banc sert de lit. On y dépose d’abord du gravier, et là-dessus des rames, des pieux de tentes, des morceaux de baleine, des verges de bouleau et d ' Andromeda, etc. ; enfin des peaux de renne, ce qui forme une couche douce et moelleuse. Ils n’ont point de foyer proprement dit, c’est-à-dire point d’àtre, mais chaque famille a sa lampe à elle, sorte de vase peu profond de lapis ollaris, dans lequel ils brident de l’huile de veau marin, avec une mèche faite de mousse sèche.

Quoiqu'ils ne connaissent point la poterie, le capitaine Cook vit à Unalashka des vases « faits d’une pierre plate, avec des parois d’argile, ce qui les faisait ressembler quelque peu à la croûte ferme d’un pâté » (1). Nous pouvons ici nous faire une idée de la manière dont l’usage de la poterie s'est peut-être développé. Après avoir employé l’argile pour faire les parois de leurs vases de pierre, on s’est dit naturellement que la même substance servirait aussi bien pour le fond, et la pierre a pu être remplacée par une matière plus commode.

Les maisons de neige fondent à chaque printemps, mais, dans certains endroits, les Esquimaux, en conservant le môme plan, construisent leurs habitations sur des fondements de pierre, avec des os de baleine et de morse, et les recouvrent de terre. Les demeures faites de neige sont naturellement assez propres d’abord , mais elles deviennent ordinairement très-sales. Les huttes bâties d os sont encore plus malpropres, parce qu elles durent plus longtemps. «Autour des huttes, dans toutes les directions, dit le capitaine Parry, le sol était jonché d’innombrables ossements de morses et de veaux marins, mêlés à des crânes de chiens, d’ours et de renards, dont beaucoup gardaient encore des lambeaux de chair en putréfaction, qui exhalaient les

(1) Cook, Voyage clam l'océan Pacifique , \ol. II, p. 510.

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miasmes les plus infecls ,1). » 11 observa même un grand nombre d’ossemonls humains gisant avec les autres (2). L’intérieur des huttes, « à cause du manque d’air et par suite des ordures qui s’y accumulaient, répandait une puanteur presque insupportable, à laquelle ne contribuaient pas peu d'abondantes provisions de chair de morse crue et à demi pourrie » (3).

Sur les rivages nord-ouest de l’Amérique, les naturels trouvent beaucoup de bois flottant, et les parquets de leurs yourts sont laits, selon Belcher, de fragments de bois parfaitement aplanis, et soigneusement calfatés avec de la mousse. Au-dessous il y a souvent une vaste cave destinée à serrer les provisions, car l'été, ils tuent beaucoup de rennes, de baleines, de morses, de veaux marins, de cygnes, de canards, etc., dont la plus grande partie est mise en réserve pour la mauvaise saison. SirE. Belehcr a décrit ainsi, d’une manière frappante, quoique un peu rapide, un de ces magasins d’hiver (û) : « La congélation en avait fait une masse solide par en bas, mais lâche à la surface , qui semblait, par un procédé inexpliqué, s’être condensée en une sorte de neige gélatineuse. Ils la grattaient aisément avec la main, et la mangeaient d’un air de satisfaction : — 1 huile de poisson y dominait. 11 n’y avait ni puanteur, ni décomposition. A combien d’années pouvait remonter la masse inférieure : c’est ce que je ne parvins pas «à déterminer ; mais en estimant les subsistances d’un yourt proportionnées à dix personnes, — ce qui est le chiffre moyen ‘de la population de chaque yourt, — la proportion journalière pour l’ensemble des provisions donnerait trois cents jours, ou environ 2 h livres par âme. » 11 estime la quantité de viande solidifiée, dans ce seul magasin, à 71 Û2A livres. Le capitaine Ross mentionne (5) aussi les vastes approvision-

(1) Parry, loc. cil., p. 280.

(2) Voyez aussi le Journal de Lyon, p. 230.

(3) Parry, loc. cit., p. 358.

(A) Transactions de la Société ethnologique, nouvelle série, vol. I, p. 132.

(5) Hess, Récit d'un second noyage, p. 251, et Appendice, p. 21. — Noyez aussi

LES SAI'VAGES MODEHXKS.

nements de nourriture que les Esquimaux de Bootliiu Félix faisaient [tendant l’été pour l'usage de l’hiver. Toutefois cette habitude ne parait pas générale chez les Esquimaux, quoique tous aient des « caches » de viande sous des tas de pierres.

Charlevoix fait dériver le nom d’ Esquimaux du mot indien Eskimantsik , qui veut dire « mangeurs de nourriture crue » ; beaucoup de ces tribus septentrionales étant dans l'usage de manger leur viande sans la cuire. Nous devons rappeler, pour être juste envers eux, que plusieurs de nos expéditions dans l’océan Arctique ont adopté la même coutume, laquelle semble effectivement, sous ces latitudes, fort utile à la santé (1).

Leur nourriture, quand elle subit une cuisson, est grillée ou bouillie. Leur vaisselle, faite de pierre ou de bois, ne va point au feu, mais ils y mettent des pierres chauffées, jusqu’à ce que l’eau soit assez chaude et que leurs aliments soient cuits. la? produit naturel d’une telle cuisine est un mélange de suie, de boue et de cendres qui, suivant nos idées, serait à peine mangeable; mais si la puanteur de leurs maisons n’ôte point l'appétit à un homme, il n’y a rien qui puisse le faire. Ils ne lavent jamais leurs pots ni leurs chaudrons : les chiens leur épargnent cette peine. Ceux qui sont arrivés à avoir une conscience obscure de leur malpropreté, ne font généralement qu’empirer les choses ; car, s’ils veulent traiter un hôte « avec distinction, ils commencent par lécher avec leur langue le morceau de viande qu’ils lui destiuent, afin d’enlever le sang et la crasse dont il s’est couvert dans le chaudron, et quiconque no l’accepterait point de bonne grâce, serait regardé comme un homme mal élevé, pour dédaigner ainsi leur politesse » (2). Les Esquimaux observés par le docteur Rac,

lie de Hall chez les Esquimaux, vol. Il, p. 311. — Kane, Explorations dans l'océan Arctique, vol. II, p. 133.

(1) Voyez, par exemple, Kane, Explorations dans l’océan Arctique, vol. Il, p. 14.

(2) Crantz, p. 168. — l’arry, Second Voyage, p. 293. — Journal de Lyon, p. 142.

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;i Rcpulse-bay, avaient toutefois des habitudes beaucoup plus propres.

Leur nourriture consiste principalement en rennes, bœufs musqués, morses, veaux marins, oiseaux et saumons. Du reste, ils mangent la chair de tous les animaux. Ils aiment beaucoup la graisse, ainsi que la moelle, qu’ils se procurent en broyant les os avec une pierre. Les tribus du sud trouvent quelques baies pendant l’été, mais celles qui habitent le nord n’ont guère d’autre nourriture végétale que celle qu’ils retirent à demi digérée de l’estomac du renne, et ils la regardent comme une grande friandise (1). Les Esquimaux de l’extrême nord, étant incapables de tuer le renne, sont entièrement privés de nourriture végétale. Ils boivent du sang ou de l’eau, dont ils absorbent de grandes quantités; ils font fondre de la neige à la chaleur d’une lampe qui est généralement faite de lapis ollaris.

« Je me trouvai là (‘2), dit le capitaine Cook, un jour que le chef d’Unalashka dîna de la tête crue d’un grand flétan qu’on venait de prendre. Avant que rien fût servi au chef, deux de ses serviteurs mangèrent les ouïes, se bornant pour tout apprêt à en exprimer les matières visqueuses. Cela fait, l’un d’eux coupa la tète du poisson, la porta à la mer, la lava, revint ensuite avec elle, et s’assit auprès du chef, non sans avoir d’abord arraché du gazon dont il fit deux parts, l’une sur laquelle il déposa la tête, l’autre qu’il étendit devant le chef. Il coupa alors de grandes tranches sur la face du flétan, et les approcha du grand homme, qui les avala avec autant de plaisir que nous en aurions à avaler des huîtres fraîches. Quand il eut fini, les restes de la tète furent coupés en morceaux et donnés aux serviteurs, qui déchiquetèrent la chair avec leurs dents et rongèrent les os comme eussent fait des chiens. »

Le capitaine Lyon donne une relation plus dégoûtante encore

(1) Ross, Récit d’un tccond voyage, p. 352.

(2) Cook, Troisième Voyage, Mil. II, p. 511.

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