‹ L'homme avant l'histoireChapitre 98 sur 124 · I.ES SAUVAGES MODKUNES (i'.ont.usiun · texte numérisé non relu

I.ES SAUVAGES MODKUNES (i'.ont.usiun

Habileté îles sauvages mwlcrnes. — Flèches. — Harpons. — Aiguilles. — Ai l. — Maine», Différences ilans l’âge de pierre. — Différente* lignes de civilisation. — Différences dans les armes. — Isolement des sauvages. — Inventions indépendantes. — Différences d'habitudes. — Differents usages du chien. — Feu. — Méthodes différentes de sépultures. — Coutumes curieuses. — Différence des principaux sons. — Idées différentes de la vertu. — Déification des hommes blancs par les sauvages. — Position sociale des femmes. — Sauvages et enfuils. — Infériorité morale des sauvages. — Infériorité intellectuelle des sauvages. — Difficulté du dénombrement. — Absence de religion chez bien des tribus sauvages. — Croyance à la sorcellerie. — Infériorité générale des sauvages.

Quanti un lit les récits de visites chez les sauvages, il est impossible de ne point admirer avec quelle habileté ils se servent de leurs armes et de leurs grossiers instruments. L'Indien de l'Amérique du Nord traverse de part en part avec une flèche, un cheval et même un buffle. Le sauvage Africain tue l'éléphant, et le Chinook ne craint même pas d attaquer la baleine. Le capitaine Grey nous dit qu'il a vu souvent les Australiens tuer un pigeon avec un javelot, à une distance de trente pas (J). Parlant du même peuple, M. Stanhridge assure que « sur le Murray, un de leurs exploits favoris consiste a plonger dans la rivière, la lance à la main, et à reparaître en tenant un poisson au bout »(2). Woodes Rogers dit que les Indiens de la Californie avaient coutume de plonger et de frapper le poisson sous l’eau, avec des lances de bois (JP; et Falkner nous aflirme que plusieurs tribus de

(J) Grey, loc. cil., vol. Il, p. 285.

i2) Des aborigènes île Victoria (Transactions de la Société ethnologique, nouv, série, vol. I, p. 203}.

(3) Voyages de Callander , vol. III, p. 33i(

LES SAI YAOES MODERNES. 'lâl

la Patagonie vivent principalement de poisson « qu elles prennent soit en plongeant, soit en le frappant avec leurs traits »(1). Wallace parle de la môme manière des Indiens du Brésil (2). Les insulaires des mers du Sud ont une remarquable activité dans l’eau. Ils plongent à la recherche du poisson qui « se réfugie sous les rochers de corail; là le plongeur le poursuit, et le ramène à la surface, avec un doigt dans chaque œil » (3). Us sont même plus forts que le requin, qu’ils no craignent pas d’attaquer avec un couteau. S’ils sont sans armes, « ils l’entourent tous ensemble et le poussent à terre, pour peu qu'ils parviennent à l’attirer dans le ressac » ; mais lors même qu'il s'échappe, ils continuent de se baigner sans la moindre crainte (û). Ellis, plus réservé, se contente de dire « qu’étant armés, on lésa vus quelquefois attaquer un requin dansla mer »(5). On dit aussi que les insulaires des tles Andamati plongent et vont saisir le poisson sous l’eau (6) ; et Rutherford s’exprime de même sur le compte des Néo-Zélandais. L’Esquimau sur son kayak exécute dans l’eau des sauts périlleux. Skyriug (7) vit un habitant de la Terre «le Feu qui « lançait des pierres de chaque main avec une force et une adresse étonnantes. Sa première pierre frappa le maître d’équipage avec beaucoup de force, brisa une poire à poudre qu'il portait au cou. et faillit le renverser sur le dos. » Dans sa description des Hottentots, Kolben dit (8) que leur habileté à lancer « le hassagaje et le raclvrn-stir/c frappe de

la plus grande admiration tous ceux qui en sont témoins Si

un Hottentot, chassant un lièvre, un daim ou un bouc sauvage, arrive seulement à 30 ou /»0 mètres de sa proie, le raekum-stick vole, et l’animal tombe, ordinairement le corps percé d’outre en

(1) l'alayonie, p. 111.

{ >) Voyages sur l'Amazone, p. 448.

(3) Wilson, loc. cil., p. 383.

(4) Wilson, loc. cil., p. 3fi8.

(5j Recherches polynésiennes, vol. I, p. 178.

(6) Mouat, loc. cil., p. 310, 333.

(7) Fitzroy, loc. cil., vol. I, p. 398.

(8) Kolben, loc. cil., vol. I, p, U43.

U S SAI YAGKS MODtKNES.

outre ». La mort de Goliath est un exemple bien cornai de l’habileté avec laquelle on peut se servir de la fronde, et l'on nous dit aussi qu’il y avait dans la tribu de Benjamin un corps choisi « de sept cents hommes gauchers, dont chacun atteignait sûrement avec la fronde un but de l’épaisseur d’un cheveu »(I). Les Indiens du Brésil tuent les tortues à coups de flèches; mais s’ils visaient directement l'animal, l’arme ne ferait qu’effleurer l’écaille dure et polie : aussi décochent-ils leur flèche en l'air, de façon qu’elle tombe presque verticalement sur la carapace de la tortue et puisse ainsi la traverser (2).

Quelle longue pratique ne faut-il point pour acquérir une telle adresse! Que de précision aussi doivent avoir les armes! Il est de toute évidence, en effet, que pour tous les instruments de pierre, chaque espèce distincte a dû recevoir une destination spéciale. Ainsi les différentes variétés de pointes de flèche, de harpons et de haches de pierre ne peuvent pas avoir servi aux mêmes usages. Chez les Indiens de l’Amérique du Nord, les flèches de chasse étaient ainsi faites, que quand on retirait le lwjis de la blessure, la pointe en sortait en même temps, tandis que dans les flèches de guerre le bois allait s’amincissant «à l’extrémité, si bien que quand on le retirait, la poiute n'en restait pas moins dans la plaie. Les diverses formes de harpons s’expliquent encore par les lances barbelées et non barbelées des Esquimaux (p. 409). Malheureusement nous n’avons que peu de renseignements de ce genre ; les voyageurs ont en général cru inutile d'observer ou de rapporter ces détails en apparence insignifiants. Ce qui prouve combien la connaissance que nous avons des ustensiles de pierre est encore incomplète, c’est la discussion qui s’est élevée entre les professeurs Steenstrup et Worsaæ, pour savoir si les prétendues « haches » des amas de coquilles étaient réellement des haches, ou si elles n’étaient pas plutôt des engins de pèche.

Nous pouvons espérer toutefois qu’à l’avenir, ceux qui auront

H) Juges, xx, 16.

('1) Wallace, l'.hiiazone, |t. â<><>.

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