CHAPITRE III
le développement extraordinaire de la mâchoire, et quelque chose de dur, de masculin dans le regard, particularité que la richesse du tissu adipeux, du tissu connectif et de la chevelure masquent à l'œil peu attentif. C'est ainsi que la magnifique chevelure et l'embonpoint de Messaline (1) laissent à peine voir son asymétrie faciale, son front bas, le volume énorme de ses mâchoires, ses oreilles écartées. (Voir table xnf).
(1) Comme on peut le voir, à Rome, sur le buste du Capitole, salle (les empereurs, n." 13, et à Paris, au musée du Louvre, sur le groupe de marbre pentélique trouvé près de Rome, hors la porte San Lorenzo. (Clarac, Bescrip., n. 183). Quel que soit le jugement porté sur Messaline, le criminaliste doit, ce nous semble, admettre que si c'était une femminité Vicieuse , elle était certainement malade. Elle n'avait pas 2-1 ans quand elle mourut. M. Ménière, dans son curieux livre , Études viédicales su/r les poètes latins, croit que Messaline était attente de nymphomanie. « A la Salpêtrière, dit-il, il y a des Messalines qui n'ont rien à démêler avec la morale » (p. 364). (Note du traducteur A. B.).
SEGONDfc: PARTIE
OBJECTIONS. — PHYSIONOMIE DES GENS HONNÊTES. OPINIONS POPULAIUES ET PROVERBES SUR LA PHYSIONOMIE CRIMINELLE , SES CAUSES. CONCLUSIONS GÉNÉRALES.
i. — Physionomie de 818 hommes vivants en liberté. — A la grave objection que beaucoup de ces caractères se trouvent chez les gens honnêtes , nous répondons avec les photographies de 200 individus, étudiants lombards de 19 à 25 ans, et de 100 hommes piémontais. Celte étude montre que les mêmes caractères isolés peuvent se trouver chez les gens honnêtes autant que chez les criminels (1). Mais chez ces derniers la mâchoire développée, la physionomie virile des femmes, le regard sinistre, les oreilles en anse, le strabisme, la chevelure épaisse, le front fuyant sont bien plus fréquents, jusqu'au quintuple. Il est vrai, toutefois, que, dans la 3® colonne (examen de 100 hommes vivants), nous avons trouvé quelques uns de ces caractères en proportion supérieure, surtout les sinus frontaux, les zygomes énormes, le front fuyant, l'asymétrie faciale. Mais cela s'explique facilement: tous ces gens appartiennent à une province où sévit l'influence d'une cause toute puissante de dégénérescence, le goitre.
Mais, même dans ceux-ci, on ne trouve réunis autant de caractères comme dans les criminels
Car c'est là le fait plus saillant qui résulte à moi et à Ferri aussi par la comparaison avec 711 soldats , que
(\) Voir table des anomalies ecc, pag. 232.
ciiAPrrnE m
jamais dans les gens normales on ne voit se réunir en iiussi grande proportion dans la même personne les caractères dégcnéralifs qui forment le type criminel; tout AU plus, celui-ci arrive à 2 ou 3 OiQ, tandis que dans les criminels il va jusqu'à 23 ou 27 Oiq. On peut le voir bien par cette table:
CItIMINELS OK FKRRl
Anomalies 346 353 711 200
physicrtio- sninds crim. ci-im. légers soldats homra. norin.
' ■■ ° lombards
ll,9 0io 8,2 Oio 37,2 OiO 32 010
miques
7 et plus 0,3 » 0,3 » — »
Mais ici une observation est nécessaire: s'il y a des points douteux dans l'étude des criminels, il y en a bien plus dans celle des gens présumés honnêtes: ces derniers, «n effet, ne sont pas tous réellement honnêtes. On en connaît bien les caractères physiques, mais pas tous les caractères moraux qui ne se révèlent qu'après une longue fréquentation. Pour résoudre ce difficile problème, étudions les caractères d'autres 400 individus dont on a pu connaître la vie. Sur ce nombre, 187 n'avaient aucun des caractères de la physionomie criminelle, et cependant il y avait parmi eux 9 immoraux.
409 seulement offraient un caractère de la criminalité, et parmi eux il n'y avait que 10 criminels vrais quoique étant en liberté (1 violateur et incestueux, 2 intrigants, 7 fripons, et 1 qui, criminel dans sa jeunesse, est revenu au bien); et 22 vicieux.
73 offraient deux caractères, et parmi eux 31 vrais criminels (1 incestueux, 5 voleurs, 1 sodomiste, 2 brutaux, 12 fripons, 2 faillis, 1 femme accusée d'avorté-
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menl,,l Colle moi'ulc, 4 faussaires, 1 empoisonneur, 1 homicide); sur 22 prédominaiem les passions trisles comme la violence, le jeu, l'ambilion, la vengeance, l'adullère, la débauche, la dissimulation.
23 présenlaienl trois caractères, (14 crimiaels, 4 vicieux).
5 en présentaient çwa/re, parmi lesquels 2 faussaires et 1 adultère.
2 en offraient cinq et i six. Parmi eux, 1 est honnête, mais c'est un ohef révolutionnaire, aux procédés peu délicates et suspects, l'autre est un escroc, le dernier est un graphomane.
De vraiment honnête avec le type criminel complet je n'ai trouvé qu'un seul exemple sur 400; mais 213 gens honnêtes avaient, les uns ou les autres, quelqu'un des caractères criminels. 8 sur 400 avaient 4 ou G caractères ^ mais 3 sur ces 8 n'étaient honnêtes.
En résumé, la physionomie typique du criminel se rencontre par exception chez l'homme honnête, et presque régulièrement chez l'homme déshonnête.
Des individus que je croyais honnêtes, qui devaient me paraître tels , et qui avaient plus d'un caractère criminel, après quelques années d'observation me révélèrent en eux une criminalité latente: elle ne demandait pour se développer que l'occasion. Par exemple, un homme fort riche, à qui rien ne manquait, qui pouvait satisfaire tous ses caprices m'avouait que s'il avait été pauvre il eut été voleur, assassin même. Un autre que la faveur avait porté à un poste élevé, avec une vraie physionomie criminelle, s'abandonnant un jour à un accès de colère: « Prends garde, disait-il à un pauvre diable qui l'avait irrité, prends garde, je suis capable de tout ! on m'appelait Galère de mon jeune âge ».
CllAPlTKE 111
2. — Proverbes. — Bien des gens nous ol)jeclent que celle laçon de voir est en contradiction avec l'opinion publique. Celle-ci assiiréffient n'est pas un bien bon guide dans les questions scientifiques. Nous avons, cependant, bien des preuves que pins d'uhe de nos conclusions a pénétré dans la conscience populaire. C'est ainsi qu'on en retrouve des traces dans les proverbes , dans les chants populaires, dans les poésies d'auteurs qui ont réfléchi les idées du peuple. Par exemple:
La physionomie toute particulière du criminel-né a clé saisie dans les proverbes: « Peu de barbe et nulle couleur, il n'y a rien dans le ciel de pire. — Face paie Ou faux ou traître ». (Piome).
Et chez les vénitiens (Pasquàligo) : « Homme roux cl femme barbue, salue-les de loin. — Méfie-toi de la femme qui a la voix d'homme. — Dieu me garde de l'homme sans barbe ». (France).
Et chez les piémontais: « Face pale pire que la gale ».
Chez les toscans: « Homme sans barbe et femme barbue salue-les de loin ».
Et ce proverbe sarde: «Homme de peu de barbe, homme de peu de foi; » et dans la France: « Barbe rousse el noir cheveux, ne t'y fie si tu ne veux ». — «Barbe rousse, noir de chevelure est réputé faux par nature ». — « Femme barbue de loin la salue ».
Tous ces dictons sont résumés dans le vieux proverbe français (Etymologie des proverbes, par Bellinger, 656): « Au vis le vice, » et dans l'autre: « Visage farouche mœurs cruelles; » — // ciuffo è nel ceffo, dit de même :1e proverbe toscan (Giusti, 341). — A vullu vitium, disaient aussi les latins.
Le proverbe toscan « Méfie toi de qui rit et ne te regarde pas, et des hommes à yeux petits et clignotants, »
SECONDE PARTIE
comme ceux qui se méfient des hommes roux, fixe d'autres traits de la physionomie que l'anthropologie criminelle ne peut encore accepter.
3. — Antiquité. — Le peuple ne parvint pas là, certainement, du premier coup; il lui fallut une accumulation de faits acquis par mainte génération. En effet, beaucoup de ces observations avaient déjà été faites par les anciens. Dans un ancien traité de physionomie, (PoLEMON, Sur la physionomie) je trouve ceci: « Le fou malfaisant a la tête tordue , les cheveux longs , les oreilles grandes, les yeux petits, secs qui regardent attentivement, (p. 89). Ghirardelli dit: front petit signifie irascibilité etc., (Cefalogia fisionomica, 1672), et VEcclêsiaste, ch. 26: «La fornication de la femme se révèle à » l'élévation des yeux , au gonflement des paupières etc.; » V. 12 des Proverbes: «L'homme triste et l'homme de rien » clignent des yeux, ont une démarche qui les trahit, et » font signe avec les doigts 3).
A. — Connaissance instinctive des physionomies. — Un autre fait qui s'explique moins facilement c'est celui de la connaissance instinctive du type criminel. Il y a des personnes, surtout parmi les femmes, qui sont à mille lieues de se douter que l'anthropologie criminelle existe, mais qui mises en face d'une personne qui porte les caractères criminels, éprouvent de suite une vive répulsion et savent dire bien des fois qu'elles sont en présence d'un malfaiteur.
J'ai connu une dame qui avait vécu, comme on dit, loin du monde. Toutefois, deux fois elle sut découvrir le caractère criminel de certains jeunes gens, que d'abord personne n'avait soupçonné.