CHAPITRE III
Mais le plus curieux exemple est celui de l'assassin Francesconi , dont l'Atlas reproduit la photographie (table xi^ 42); il n'y a rien de particulier en lui; la barbe est abondante, front haut; à peine lui trouve-t-on un léger degré de prognatisme et de sinus frontaux. Or bien des années avant son crime, une jeune fille de seize ans, qui jamais n'avait quitté le château de ses aïeux,, celle qui fut plus tard M™^ la comtesse délia Rocca, refusa de lui parler: et comme on lui demandait d'où lui venait une telle repulsion, elle répondait: S'il n'est pas un assassin, il le deviendra. Je lui demandai quel signe l'avait conduite à cette prophétie trop vite vérifiée, elle me répondit: Par les yeux.
Que de fois, dans les procès, ne voit-on pas que des individus honnêtes, étrangers au monde du crime, ont échappé à une mort certaine, avertis à temps par le regard sinistre d'un assassin où ils lisaient ses intentions criminelles! C'est ainsi justement que le premier facteur qui devait être la victime de Francesconi, eut le temps de fuir épouvanté par son regard.
Enfin des maîtres d'école ont présenté, sur ma prière, à 40 jeunes filles, 20 portraits de voleurs et 20 de grands hommes : quatre-vingts pour cent de ces enfants reconnurent les premiers pour de tristes personnages, ou pour des fourbes, et les seconds pour d'honnêtes gens.
La conscience involontaire mais universelle de l'existence d'une physionomie spéciale aux criminels , a donné naissance aux épilhètes: face de voleur, visage d'assassin etc. Il est donc impossible de s'expliquer Topposilion faite à ces assertions, si ce n'est par la répulsion qu'ont les hommes à tirer une conclusion générale des observations individuelles. — Mais comment expliquer celte coscience involontaire?
Dans les jeunes filles nulle connaissance acquise par l'expérience. Que rcste-t-il ? Un sens intuitif, dira-t-on; explication vulgaire dont le public se contente, parcequ'elle ne signifie rien.
Je soupçonne qu'il y a là un phénomène héréditaire. L'impression léguée par nos pères et transmise à nos fils, est devenue comme une connaissance inconsciente, semblable à celle des petits oiseaux nés et élevés dahs nos demeures et qui frappent effrayés leur cage de l'aile et du bec, lorsqu'ils voient passer au dessus d'eux des oiseaux de proie, que seul leurs grands-pères ont connus. — Chaque jour nous enseigne quelle part importante a l'inconscience dans les actions humaines, et quel rôle y jouent l'atavisme et l'hérédité.
Qui de nous peut penser, lorsqu'il plie le genou et joint les mains dans la prière qu'il fait un mouvement héréditaire, légué par ces époques de barbaries où la guerre était l'état normal! — Alors par cette attitude humble, et qui facilitait la ligature des mains, le vaincu essayait d'éloigner le soupçon, d'exciter la pitié du vainqueur, et de changer en servitude la mort qui lui était réservée.
5. — Notons que le trait le plus caractéristique, et vraiment spécial aux délinquants-nés réside dans le regard. «Il ne m'est pas nécessaire, disait Vidocq, de voir tout le visage d'un criminel pour le reconnaître, il me suffît de pouvoir le fixer dans les yeux ï>.
Il est bien certain que tous les traits physionomiques peuvent se modifier au gré du criminel, mais jamais le regard qui trahit le fond de l'âme, même dans les plus hypocrites.
Je trouve le regard des assassins très-analogue avec (Cdui des félins au moment de l'embuscade et de la