‹ L'homme criminelChapitre 120 sur 315 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lutte; et je l'explique par la continuelle répétition des mauvaises actions; car chez les enfants les plus criminels je n'ai jamais observé le regard féroce. Les rares exceptions qu'on rencontre chez les adultes proviennent d'un phénomène trés-curieux, déjà noté par Vidocq et que j'appellerai du double regard. — Lacenaire, Luciani, Gasparone, par exemple, pour n'en citer que quelques uns, avaient deux regards différents, l'un doux et presque féminin , et l'autre féroce et félin; ce regard ne dépendait pas d'eux, mais il variait suivant l'état de leur esprit, tantôt aimable, tantôt féroce, ce qui leur donnait un double pouvoir fascinateur, surtout vis à vis de la femme; elle est attirée d'abord, par cette apparence courtoise, enchaînée ensuite, par la terreur et l'énergie, ce qui explique bien des cas d'incroyable complicité.

J'ai encore observé que lorsqu'on pousse un homme sanguinaire à un effort violent, comme, par exemple, à comprimer le dynamomètre, à soulever un poids fort, toute sa physionomie, et surtout son regard prend cet air féroce qui est spécial au criminel au moment du crime.

6. — Il ne serait pas difficile d'expliquer quelques :autres de ces anomalies éh rëcourant à l'atavisme et à l'arrêt de développement, auxquels seraient dûs l'aspect viril de la femme, le grand volume de la mâchoire, le duvet du front, l'implantation anormale des oreilles, Ee développement des sinus frontaux, la saillie des apophyses zygomaliques, la richesse et la pigmentation de la chevelure et l'absence de barbe; cela est si vrai que, sauf le regard, le type d'un Mongol et d'un Lapon reproduit bien des fois le type d'un criminel-né italien.

SECONDE PARTIE

L'œil saillant hors de l'orbite est l'effet de l'hypérémie cérébrale; la lèvre amincie pourrait venir des contractions provoquées par la haine. La cruauté concentre toute son expression autour de la bouche, peut-être parceque tuer et nnanger sont anthropologiquement deux moments successifs d'un môme état.

Le volume de la mâchoire peut tenir à l'atavisme et au grand développement du système musculaire et de ses attaches : il pourrait encore s'expliquer par la répétition du geste spécial à l'homme qui prend une résolution énergique ou violente, ou médite une vengeance, et serre énergiquement la bouche pour donner (Darwin) un point d'appui aux muscles, et fournir au corps l'oxygène nécessaire à l'action. Que ces contractions souvent se répètent et il est facile de comprendre qu'elles puissent faire grossir les muscles et les parties osseuses où ils s'insèrent. Telle est, peut-être encore, la cause du grand développement de la ligne crotaphytique du temporal; peut-être y a-t-il là une cause de la fréquence de la brachicéphalie des criminels-nés chez les peuples dolicocéphales, d'autant plus qu'on la rencontre plus souvent chez les homicides que chez les voleurs et les escrocs; ces derniers n'ont, en effet, jamais besoin de grande force musculaire.

7. — Résumé. — Les mesures anthropométriques sur le cadavre, bien que peu fécondes, servent cependant à démontrer, d'une façon certaine, l'infériorité des criminels, spécialement des voleurs, dans la capacité (qui est à l'envers énorme dans certains assassins), et dans la circonférence crânienne, dans le développement de la courbe et du diamètre frontal, dans l'indice céphalique

CIIAPITUE II [

exagéré, dans l'eurignatismc, dans la capacité orbilaire, dans le développement notable de la mikboire, dans l'augmentalion du diamètre et de la hauteur de la face. Il y a, chez les criminels, des indices faciaux cl céphaloorbitaires moins élevés que normalement ou que cliez les fous et vicêversa un indice céphalo-spinal plus élevé.

Mais, ce qu'il y a de plus singulier, c'est de voir numériquement bien plus fréquentes chez les criminels que chez les fous, les anomalies où manque toute origine atavique, comme les synosloses, les scléroses, l'asymétrie crânienne et faciale, l'abondance des os wormiens.

Dans des formes analogues et en proportions égales à celles des sauvages, on a dû noter des autres altérations ataviques, surtout de la face et de la base du crâne: sinus frontaux énormes, front fuyant, fosse occipitale moyenne, soudure de l'atlas, aspect viril des crânes dans les femmes , double face articulaire du condyle occipital, aplatissement du palatin, os épactal, orbites volumineuses et obliques. Ces lésions qui varient de 2 à 58 0[0 se trouvent groupées chez le même individu, de façon à former un type dans la proportion de 43 0[o; isolées sur un seul individu, elles sont dans la proportion de 21 Oiq. Elles apparaissent plus rarement chez les femmes où on ne trouve presque pas des fosses occipitales médianes ni des plagiocéphalies.

Le cerveau suit dans les anomalies un ordre analogue; il présente en général un volume inférieur à la règle normale, sauf un petit nombre de cas d'hypertrophie; les circonvolutions offrent de fréquentes anomalies alaviques, comme la séparation de la scissure calcarine de l'occipitale, la formation d'un opercule du lobe occipital, le verrais conformé comme dans le lobe moyen

SECONDE PARTIE

des oiseaux, et des déviations absolument atypiques, comme les sillons transversaux du lobe frontal.

Les quelques observations bistologiques parlent toutes en faveur d'anciennes hypérémies, spécialement des centres nerveux, comme la dilatation des vaisseaux lymphatiques, la pigmentation des cellules nerveuses et connectives. Ces hypérémies préexistantes nous sont confirmées, avec une certitude absolue, par l'étude macroscopique, laquelle nous montre de fréquents foyers de ramollissements dûs au processus embolique, des méningites dans la proportion de 50 0[q; des ostéomes 4' 0(0; plus souvent on y observe aussi les affections chroniques de l'endocarde, du péricarde et du cœur (l'insuffisance valvulaire est la plus fréquente), et assez souvent celles du foie, affections qui comptent pour le quintuple chez les malades non criminels.

Avec tant d'anomalies il est surprenant qu'on vérifie sur les cadavres une plus grande supériorité de taille et pas de différence de poids, peut-être, aussi, une différence en plus.

Pour les examens sur le vivant, je résumerai, en peu de mots, ce que j'ai été obligé à exposer avec force chiffres; et je concluerai que le délinquant a une taille plus haute, une envergure plus grande, un thorax plus ample, une chevelure plus sombre et un poids supérieur au normal et à celui des aliénés; qu'il présente, surtout chez les voleurs et chez les récidivistes et chez les mineurs, une série de submicrocéphalies plus grande que normalement, mais plus petite que chez l'aliéné; — que l'indice du crâne, comparé en général à l'indice ethnique , est plus exagéré en lui; — que le délinquant offre des asymétries crâniennes et faciales, fréquentes, surtout

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