CHAPITRE II
L'abaissement se répète et dure pendant 45" quand on lui parle de nouveau de son beau manuscrit.
On a un abaissement de 5 mm. en appliquant de nouveau un faible courant électrique, et de 3 mm. avec la pointe. Un 3® courant électrique durant 10", produit nn abaissement de 40 mm.
La musique gaie a donné un abaissement de 20 mm., de 9 quand on lui a offert du vin, de 34 mm. quand on lui a parlé de ses voyages et qu'on l'en félicitait, ce qui est sa corde sensible.
u) Barclli, voleur, épileptique, 23 ans, impudent et espion, habitué à la vie pénitentiaire, qui nous parle son argot et nous déclare qu'il ne pouvait dormir tranquille s'il n'avait pas volé quelque chose, offre un pouls filiforme.
Au plétismographe, réactions assez incertaines: élévation de 22 mm. après 15 secondes d'une musique gaie; de 1 mm. sous l'influence du vin, de 2 mm. à la vue de l'argent, de 3 à celle d'un cigare, de 2 sous l'influence d'un aimant appliqué au front: cependant la même musique produit un abaissement de 2 mm. un peu après; il en est de même pour le vin. En lui disant à l'oreille, en argot, qu'il est un mouchard, on obtient une élévation progressive de 4 mm., qui ne dure pas moins de 2 minutes et 30 secondes, et qui descend ensuite.
v) Rivoire, d'une physionomie agréable, de bonne famille, commence à gaspiller sa fortune quand il est étudiant, et peu à peu devient voleur et récidiviste, rougit facilement et il a honte de son crime; sous l'influence de la musique et à la première minute, on voit abaissement de 3 mm. qui va s'accentuant et au bout de 2 minutes 1[2 atteint déjà 13 mm.
■ x) Bustrenla, dclinqiiaril Ircs-robuste, tatoué, alcoolique agrcssir. Le calcul chez lui produit une élévation de 22 mm. en 1 minute, la musique une élévation de 29 — 1,30, suivie d'une baisse. La vanité qu'on réveille en lui en vantant ses prouesses musculaii-es , produit un abaissement de 45 mm., suivi quelques minutes après d'une élévation de 34 mm. De nouveaux éloges laits tout de suite après donnent un abaissement de 15 mm. La douleur électrique la plus forle, après 1,30, provoque un abaissement de 11 mm. suivi d'une élévation de 5 mm.
y) X..., escroc récidiviste. Le chagrin provoque un abaissement de 1 mm.; la vue d'un cigare, une élévation de 12, suivie d'un abaissement de 51 mrn. quand on lui en fait cadeau ; au contraire 1 mm. seulement sous l'action d'un très-fort courant électrique.
19. — 11 est difficile, bien que ces expériences aient élé répétées durant une année, d'arriver à des conclusions certaines, si nombreuses sont les causes qui modifient cette importante réaction vasculaire; mais il paraît évident que l'absence de réaction au courant électrique douloureux constatée dans les observations a, c, e, d, f, l, m, 0, q, y, correspond à cette analgésie que nous avons trouvée si fréquemment, en sorte que, la douleur faisant défaut, le stimulus n'attire pas l'attention, n'arrive pas aux centres psychiques; c'est comme s'il ne s'était pas produit, (font exception les observations g, i, m, s, /). — La même raison explique les autres effets négatifs.
Il est clair, viceversa, que lorsque les impressions les plus spécifiques sont en jeu, comme la peur du juge (Reazzo) ou la lâcheté (Goretti, à la vue du poignard), .ou les excitants préférés, comme le vin et la femme, a,
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d, l'or (/, l, ij), cl surloul l;i vanilé, comme dans les observations f, h, I, i, s, x, on a alors des rcaclions supérieures aux normales ; c'est ce qui nous permet de pénétrer, comme avec un instrument de précision, dans leur psychologie intime sur laquelle le plaisir, la vanité et la crainte de la douleur ont plus de pouvoir que la vraie douleur elle-même.
On dirait que dans quelques cas la réaction est d'autant plus lente, qu'elle est plus exagérée en d'autres, comme si certaines excitations agissaient plus chez les uns que chez les autres; ce qui est tout-à-fait d'accord avec ce que nous savons, c'est-à-dire, qu'ils sont d'autant plus insensibles à certaines affections et douleurs physiques et psychiques , qu'ils le sont moins à certaines autres passions, comme l'orgueil, la vengeance et la vanité.
J'estime que les criminels les plus intelligents et les simulateurs (o, n, m, l) ont réagi plus nettement, surtout quand on faisait allusion à leur folie, ou au juge etc. Le plétismographe est donc ici un précieux moyen de diagnostiquer la simulation.
20. — Résumé. — Application. — De l'ensemble de ces faits on pourrait déduire que presque toutes les dilférentes espèces de sensibilité sont obtuses chez le criminel; même chez le criminel d'occasion, comparé à l'homme normal; tandis que chez lui comme chez les aliénés et les hystériques, la sensibilité aux métaux, à l'aimant et à l'atmosphère et peut-être aux odeurs est exagérée.
Leur insensibilité physique rappelle assez bien celle des peuples sauvages qui peuvent affronter, dans les initiations à la puberté, des tortures que ne supporterait jamais un homme de race blanche.
Tous les voyageurs connaissent l'indillerence des nègres et (les sauvages d'Amérique à l'égard de la douleur: les premiers se coupent la main en riant, pour échapper au travail; les seconds, liés au poteau de torture, chantent gaiement les louanges de leur tribu, pendant qu'on les brûle h petit feu. A l'époque des initiations, quand ils atteignent l'âge viril, les jeunes Peaux-Rouges se soumettent, sans laisser échapper la moindre plainte, à des supplices qui feraient mourir un européen: ils se suspendent, par exemple, au moyen d'un crochet qui mord leurs chairs, aux poutres d'une cabane, la tête en bas, au milieu d'une fumée épaisse, il faut encore rapporter à cette insensibilité les tatouages douloureux que supporteraient bien peu d'Européens, et l'usage de se couper les doigts, les lèvres, ou de se creuser les dents, en signe de deuil, dans les cérémonies des funérailles.
21. — Longévité. — Cet affaiblissement de la sensibilité, principalement en ce qui concerne la douleur physique , et, d'un autre côté, la fréquence moindre de réaction vasculaire, nous mettent, pour ainsi dire, entre les mains, la clef de la vitalité plus grande des malfaiteurs, bien qu'ils soient, à proprement parler, malades depuis leur naissance. Assurément, si l'on compare la vie moyenne des prisonniers à celle des hommes libres, on constatera une infériorité chez les premiers; mais les causes délétères inhérentes au régime de la prison sont en si grand nombre, qu'il est inutile d'insister pour expliquer ce phénomène. Rendez jes conditions égales, et vous verrez aussitôt la différence changer, précisément h l'avantage des criminels.