‹ L'homme criminelChapitre 142 sur 315 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous trouvons, en elïet, des cas extraordinaires de longévité, remarqués çà et là chez des individus soumis depuis de longues années au régime de la prison, a J'ai rencontré dans les prisons, écrit Casanova (Mémoires, ni, 356), des individus qui étaient parvenus à un degré de vieillesse très-avancée: un scélérat qui faisait le double métier d'espion et de sicaire, un certain Beguelo, enfermé à 44 ans, vécut 37 années dans sa prison ».

A propos de Gasparoni, mort tout récemment à Abbiategrasso, à l'âge de 88 ans, un biographe intelligent disait, il y a déjà bien des années, en 1866: « Comment a-t-il pu résister si longtemps aux épreuves de l'âge, de ses blessures, de la fatigue et de la prison? Par la force de son caractère et surtout par le calme inaltérable d'un esprit que nulle émotion ne put jamais toucher 5). (Masi, Mémoires de Gasparoni, 1867).

Settembrini, dans ses Mémoires, (t. ii, p. 125), cite un vieillard qui vivait au bagne de S. Stefano depuis 32 ans, et en comptait 89. Il parle encore d'un calabrais qui se vantait d'avoir tué 35 hommes et qui , condamné pour viol et brigandage en 1802, vivait encore en 1825; d'un vieillard de 81 ans qui, avec son fils âgé de 51 ans, avait été condamné pour vol suivi de meurtre sur la personne de l'infortuné Procaccio; enfin, d'un autre de 92 ans, dur et sec, qui avait conservé toutes ses dents, toutes ses facultés mentales, et une grande partie de sa force juvénile.

Cette longévité chez les grands criminels peut se prouver, jusqu'à un certain point, par la statistique. Déjà Settembrini, pour la démontrer, avait dressé le petit tableau suivant:

SI

Sur 631 de ses co-détenus, il en comptait en effet

227 âgés de plus de 50 ans

203 id. de 30 à 40 ans

201 id. au dessous de 40 ans.

Ajoutons que le doct. Baer, après avoir constaté qu'en Allemagne la population des bagnes donne une mortalité inférieure à celle des prisons, trouvait à cela deux raisons: d'abord, que les galériens sont plus habitués au régime de la prison (il est en effet notoire que dans les premières années d'incarcération la mortalité atteint un chiffre plus élevé); en second lieu , que, plus le détenu est endurci dans le crime, plus grande est la résistance qu'il oppose à la mortalité. (Baer, Les prisons, établissements et systèmes de 'pénalité au point de vue hygiénique, trad. ital. de Roggero, 1872-73).

En Italie (Raseri, Sulle condizioni sanitarie nelle carceri, 1881), les bagnes (où sont en plus grand nombre les criminels-nés) donnent aussi une mortalité inférieure, 33 0(0, à celle des prisons 51.

22. — Pitié. — Cette analgésie est, comme observe Bénédickt {Congrès d'Anvers, 1886), une des sources de celle manque de compassion, de pitié, qiie justement Garofalo a donnée comme un des caractères du criminel-né.

Si nous voyons souffrir autrui, dit-il, nous ressentons nous-mêmes à l'aide de notre mémoire de pareilles sensations, pour ainsi dire, une copie de ces souffrances. De là naît la compassion , que nous comptons parmi les vertus. Plus nous sommes sensibles, plus nous sommes disposés à la compassion. Lorsqu'il y a une diminution congénitale de sensibilité pour les douleurs et les scn-

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