‹ L'homme criminelChapitre 154 sur 315 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

justifier aux yeux des autres ou aux propres un assassinat, ou simuler une lutte, comme pour ce Ceccarelli qui fut pris dépouillant sa victime après l'avoir frappée; ou pour échapper à la justice, comme cela réussit à Brancard (v. s.); le faux suicide est, en ce cas, une espèce d'alibi cherché dans l'autre monde. Il arrive , en maintes circonstances , dit Nicholson , que les criminels procèdent à la façon de ces enfants gâtés qui font semblant de se tuer ou de se blesser pour forcer les parents à céder à leurs caprices.

9. - Suicides doubles. — Il y a aussi des suicideshomicides, ou mieux des suicides doubles, qui appartiennent essentiellement aux délits par passion, et qui sont comme la crise finale d'an grand paroxysme d'amour. Ils se rencontrent chez les jeunes gens, les célibataires, surtout les soldats; parfois aussi chez des gens d'un âge mûr: ils sont alors provoqués par l'amour filial et sont des parricides-suicides.

Le caporal Renouard, âgé de 23 ans, s'était épris d'une fleuriste, et avait dépensé avec elle tout ce qu'il possédait. Se trouvant sans ressources, il demanda h sa maîtresse jusqu'où elle voudrait le suivre, et comme elle lui répondit: « jusque à la mort, » il prépara tout pour un double suicide. Quelques jours après ils se tuèrent, — laissant sur la table une lettre dans laquelle ils saluaient leurs amis. Le père de ce malheureux, et une de ses sœurs, s'étaient suicidés.

Plus émouvant encore est le cas du médecin militaire Bancal. Au retour d'une expédition lointaine, en 1835, il trouva, mariée et mère de famille, sa fiancée d'autrefois. Leur amour se réveilla; mais, comme le déshonneur était au bout, ils se vouèrent à un double

suicide, et eraployèrcnl des journées entières aie préparer. Le malheureux survécut, malgré tous ses efforts, et renouvela, deux Ibis, ses tentatives; il fut acquitté par le tribunal.

Une jeune femme de Deptford, dans les environs de Londres, Sarah Dickenson, fut trouvée un jour blessée et étendue à côté de ses deux enfants. Elle avait égorgé ces petits innocents pour les soustraire à la misère qui s'était abattue sur la famille à la suite d'une longue maladie de son père. Elle avait ensuite tenté de se suicider; mais le courage lui avait manqué pour terminer son entreprise. Le médecin appelé à l'examiner la déclara atteinte de folie intermittente.

Parfois encore, mais c'est chose rare, ce double suicide provoqué par la passion s'associe au crime et se confond avec lui: tel est le cas de Demme.

Ce sont alors des hommes qui, poussés au suicide pour se soustraire à une peine infamante, entraînent leurs amis les plus chers à partager leur sort; cette union leur fait paraître le pas moins dur à franchir; la mort parait leur causer moins de douleur, s'ils ne laissent derrière eux aucun des êtres qui leur sont chers.

10. — Le suicide est, donc, comme on vient de le voir, plus fréquent chez les criminels rendus tels par la passion que chez ceux qui n'ont pas de pareille excuse; il l'est davantage chez les criminels-fous. — Rien d'étonnant. — Le suicide étant fréquent chez les fous (pour un cinquième environ), et presque autant chez les criminels, il doit l'être plus encore chez ceux qui sont eii mênie temps criminels et fous, surtout si une passion violente les domine.

Page 1