CHAPITRE VI
conception du criminel-né, qui certes, en dehors de l'anthropologie théorique pure, ne peut être considéré comme tel avant d'avoir commis une ou plusieurs récidives. Et cela d'autant plus que les anomalies anatomiques peuvent se rencontrer dans presque toutes les formes psychiatriques dégénératives, même chez l'aveugle-né et le sourd-muet, — et que les tendances criminelles sont communes au premier âge.
C'est la récidive obstinée qui commence à nous signaler le coupable de cette catégorie, surtout quand elle se fait remarquer en lui dès son enfance.
Il importe donc de constater de suite, que ces espèces de crimes, qui donnent le plus grand nombre de récidives, sont les mêmes qui ont germé le plus fréquemment dans la jeunesse,
A Paris, écrit M. Reinach, plus de la moitié des individus arrêtés ont moins de 21 ans; on en a compté 12.721 sur 20.882 en 1879, et 14.061 sur 26.475 en '1880, et presque tous avaient commis des fautes graves.
En une seule année, 30 assassinats, 39 homicides, 3 parricides, 2 empoisonnements, 114 infanticides, 4212 coups et blessures, 25 incendies, 153 viols, 80 attentats à la pudeur, 458 vols qualifiés, 11.862 vols simples, ont été commis par des jeunes gens.
Sur 4347 accusés qui ont passé aux Assises en 1879, on comptait 802 mineurs, 18 0[0, dont 43 avaient moins de 16 ans.
En matière correctionnelle, 4 0[0 avaient moins de 16 ans, et 15 OjQ étaient entre 16 et 21 ans.
M. Ferri (1. c.) établit également que le plus grand nombre des crimes relevés sur des mineurs, en France (1874), se décompose ainsi:
Vol simple, escroquerie . .
60,2 hommes —
56,2 femmes
Mendicité, vagabondage . .
id. —
id.
Vol qualifié, faux . . . .
id. -
id.
Attentats à la pudeur . . .
id.
Homicide, blessures . . .
id. —
id.
Incendie .......
id. —
id.
Assassinat, empoisonnement
id. —
id.
Si, maintenant, à tous ces chiffres on ajoute celui des décès, — et ils sont très-nombreux, grâce aux débauches habituelles des malfaiteurs, — et celui des fautes qu'on n'a pu relever ou punir par suite d'une habileté plus grande acquise dans les prisons, on en arrivera à conclure que le nombre des récidivistes réels, dans ce groupe de criminels, s'écarte bien peu de celui des condamnés libérés; ou, plus exactement, qu'il n'est presque aucun de ceux-ci qui ne soit un récidiviste. Ici, je suis heureux de me rencontrer avec un adversaire consciencieux, M. Canonico, qui écrit dans son savant ouvrage II delitto e la libertà di volere, 1875: «La récidive n'est hélas! que la règle générale pour les condamnés, dès qu'ils acquièrent leur liberté. Ace propos, je me souviens d'avoir lu quelque part qu'un individu, à peine sorti de la prison où il avait été enfermé pour avoir dérobé 20 francs à son camarade de chambre, en vola dans la même circonstance 60 à un autre ». — Et ce qui me plait davantage, je me rencontre aussi avec la conscience populaire qui, depuis des siècles, a consacré les proverbes suivants:
Semel malus, semper malus.
Le voleur ne se repent jamais. (Pasqualigo, Proverbi veneli, 1878).
« Wer ein mal stiehlt, heiszt allezeit Dieb » (Qui vole une fois sera toujours appelé voleur). (Eiselein, Die Sprichworter, etc., Fribourg, 1840).