‹ L'homme criminelChapitre 177 sur 315 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qui commence mal finit pire. (Pasqualigo).

Vice de coraplexion jusqu'à la fosse dure. (GiusTi).

Qui d'un vice veut s'abstenir, qu'il prie Dieu de ne pas l'avoir. (GiusTi, Proverbes, 333).

« Einmal Hure immer Hure » (Prostituée une fois, prostituée toujours).

N'est pas toujours femme de bien qui veut. (La Pucelle, p. 117). Qui veut faire un fripon, qu'il le mette en prison. (Pasqualigo). Ni maladie ni prison ne rendent l'homme bon. Ni bâton ni prison ne rendent l'homme bon. (Prov. Venise). Coupez la queue au chien, c'est toujours un chien.

Rien de plus naturel que ces proverbes.

5. — Sens moral. — M. Maudsley a écrit: On peut dire du véritable voleur ce qu'on dit du poëte: il naît tel, il ne le devient pas. Et comment croire qu'il soit possible de réformer ce qui est le produit de générations successives?— Il cite à ce propos Chatterton entendant dire à des voleurs, dans la maison où il était enfermé, que, fussent-ils millionnaires, ils continueraient leur métier. Les neuf dixièmes des condamnés sont ainsi. (Responsahility, etc., 1873).

C'est que le sens moral, chez la plupart d'entre eux, lait absolument défaut ; beaucoup ne peuvent comprendre l'immoralité de la faute. — Dans l'argot français la conscience est appelée la muette, le voleur un ami; voler se dit servir ou travailler. — Un voleur milanais me disait: «Je ne dérobe pas, je ne fais qu'enlever aux riches ce qu'ils ont de trop; et, d'ailleurs, les avocats, les négociants font-ils autre chose? Pourquoi donc suis-je seul accusé et ceux-là les laisse-t-on tranquilles ? » — Un certain Rosali , celui dont j'ai peint la physionomie ouverte et pensive, me disait: «Je n'imiterai pas mes compagnons qui font mystère de leurs méfaits; loin de

je m'en vanle. J'ai vole, c'est vrai, mais jamais moins de dix mille francs; s'attaquer à de si gros morceaux me paraît moins un vol qu'une spéculation

On appelle fausses clés les instruments que nous employons; moi je les nomme des clés d'or, car elles nous ouvrent les trésors des riches sans aucune fatigue de notre part». — Un autre, son digne collègue, parlait ainsi: «Le vol, dit-on, est une mauvaise action ; tel n'est pas mon avis. Je vole par instinct. Pourquoi l'homme paraît-il sur la terre, sinon pour jouir? Maintenant donc, si je n'eusse volé, je ne pourrais point jouir, je ne pourrais même pas vivre. Nous sommes nécessaires dans le monde: sans nous, quel besoin aurait-on déjuges, d'avocats, de sbires, de geôliers? C'est nous qui faisons vivre tous ces gens-là ». — Lacenaire s'adressant à son complice Avril, disait: «J'avais compris que nous pourrions mettre en commun notre industrie •». — « Il y a donc, concluait à ce propos le procureur du roi, des hommes pour qui l'assassinat n'est point une nécessité extrême, mais une affaire qui se propose, se discute et s'examine comme un acte quelconque ». — Tortora répondait à celui qui l'accusait de vol aux Assises: «Quoi? voleur! Les voleurs sont les honnêtes gens (les riches) de la ville, et moi, en les supprimant, je ne fais que leur donner ce qu'ils méritent ». — « Nous sommes nécessaires, disait à ses juges Ilessel, un hardi chef de bande. Dieu nous a mis sur la terre pour punir les avares et les mauvais riches; nous sommes une espèce de fléau de Dieu. Et d'ailleurs, sans nous, que feraient les juges ? »

Generi justifiait de la sorte les violences exercées dans le vol Parodi: « Nous les avons liés pour notre sûreté, comme fait V. S. quand elle nous fait mettre les gants

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