‹ L'homme criminelChapitre 192 sur 315 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

au travail. Pour travailler il faut faire un effort, et je m'en sens incapable; je n'ai d'énergie que pour le mal. S'il faut travailler, je ne tiens pas à la vie; j'aime mieux être condamne à mort » (Despines, Psychologie naturelle, I, II).

Le premier mobile qui poussa Lacenaire au crime fut certainement la paresse. Il la poussait si loin, disait son premier maître, qu'il refusait de se lever pendant la nuit pour satisfaire à ses besoins naturels. Il dormait profondément au milieu de ses ordures; ce n'était qu'à grand peine, et à force de cris et de menaces, qu'on le décidait à sortir de son lit, ou plutôt de son fumier. Ni les punitions qu'on lui infligeait, ni le mépris dans lequel le tenaient ses camarades, ne parvenaient à le corriger. Toute occupation, tout travail, quel qu'il fût, le mettait au supplice. — Jacquard tua son père parceque celui-ci lui reprochait sa paresse; il aimait mieux passer des nuits entières, et seul, à l'écurie, que faire le moindre mouvement pour gagner son lit.

C'est peut-être pour cela que presque tous les grands coupables, même ceux à qui l'on reconnaît du génie, furent de très-mauvais écoliers, comme il résulte de leurs procès. Tel est le cas de Verzeni, d'Agnoletti, de Bourse, de Raymond, de Donon et de Benoist.

La paresse est un des caractères des prostituées: «9 sur 10 ne font rien de tout pendant leur journée: » écrit M. Parent-Duchâtelet.

En France, sur 76.613 accusés, on a compté il. 367 désœuvrés (Descuret).

3. — Légèreté d'esprit. — L'intelligence des criminels présente un autre défaut; c'est une légèreté et une

mobilité d'esprit très-remarquables. En Suisse, on calcule que 44 OjQ des condamnés ont été conduits au mal par leur légèreté.

On se ferait difficilement une idée de la légèreté des prostituées, écrit M. Parent; il est impossible de fixer leur attention, impossible de les conduire à faire un raisonnement de quelque longueur. Cela explique leur imprévoyance et le peu d'inquiétude qu'elles ont pour leur avenir; et c'est ce dont profitent leurs patronnes pour les retenir en leur pouvoir et les dépouiller (1). Les criminels sont de même; on remarque en eux une mobilité, une crédulité singulières. — Je me rappelle en avoir rencontré un qui, lorsque j'essayais de mesurer son crâne, voyait dans cette opération une chose si dangereuse, si diabolique, que, sans la présence des gardiens, il m'eût certainement tué. — Mottino était un franc étourdi; quand le Président lui demanda s'il était vrai qu'il eût promis mariage à une jeune fille, il fit cette réponse: C'est vrai; mais où l'aurais-je donc conduite après la noce, Excellence? Sous les remparts? — Un voleur avait écrit sur la muraille de sa cellule: «: Dès que je serais sorti je jure de me venger par un vol de 4000 francs, » et tout de suite après: « S'il m'arrive encore de voler, je me tue » (2). — Les plus grands coupables, écrit Relier, ne prévoient jamais la possibilité pour eux d'être découverts; une fois pris, ils s'en étonnent de manière à se porter souvent le plus grand tort et à éclairer la justice sur le crime qu'ils ont commis (Rivista pénale, 1876).

(1) V. le beau travail de Riccardi, Sull'attenzione , Modène, 1876, ii.

(2) Voir mes Palimsesti ciel carcere, 1887.

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