CHAPITRE VIII
4. — A leur légèreté s'ajoiile une tendance exagérée à la raillerie et à Vhumour, où l'on a reconnu depuis longtemps la preuve d'un esprit dépravé et d'un mauvais cœur. (Risics abundat... — Méfie toi de l'homme qui rit, etc.), et qui se manifeste d'une manière étonnante dans l'argot, dans le besoin de tourner en ridicule les choses les plus chères et les plus sacrées (voir ch. ix), de faire des jeux de mots, des calembourgs, dans les circonstances les plus graves. Ce travers, comme leur semblant de courage supérieur, provient du manque de sens moral: c'est qu'ils n'éprouvent qu'une parfaite indifférence, ou même une excitation agréable, là où tout autre serait paralysé par la crainte ou par la douleur. Ce contraste entre eux et le reste des hommes fait jaillir une source abondante de vis comica qu'ils gaspillent, et qui fait l'étonnement des personnes honnêtes. Cette tendance est grande aussi, comme nous le verrons, dans les criminels de génie (ch. viii, ix et xi). El nous en avons eu une preuve dans la conclusion de cette chanson étrange de Clément, qui fut composée sous l'influence de plusieurs condamnations aux travaux forcés et à la déportation. (V. p. 359).
5. — Imprévoyance. — Cette légèreté d'esprit fait comprendre comment les voleurs en viennent à parler de leurs méfaits, même à des agents de police; comment ils se laissent retourner et étudier comme des enfants, «Les voleurs, dit Vidocq, sont d'une telle stupidité, qu'il est inutile de lutter de finesse avec eux; après leur arrestation, ils ne voient pas plus clair qu'avant; beaucoup, malgré ma qualité de policier qui leur était connue, se jetaient entre mes jambes pour me raconter leurs projets ».
Cette facilité à avouer résulte aussi en grande partie de l'habitude qu'ont les criminels de s'associer amicalement et de se fier au premier venu, pourvu que, par son expression et par l'usage de l'argot, il leur paraisse appartenir à leur catégorie.
S'ils sont, à ce point, imprévoyants, s'ils ne peuvent résister à la tentation d'une partie de plaisir avec leurs complices, pourquoi s'étonnerait-on de les voir revenir si souvent, après une évasion, dans les lieux où ils étaient accoutumé de vivre? Sans doute, esclaves de la passion du moment, ils ne peuvent s'empêcher de satisfaire un désir qui jaillit tout-à-coup dans leur esprit; ou bien, et c'est la meilleure raison, ils ne prévoient, en aucune façon, la possibilité d'un accident avant d'en être accablés.
Un autre effet de leur légèreté et de cette inconscience du mal qui les caractérise, c'est leur tendance à se défendre en faisant ressortir avec insistance les petits détails de leur crime, sans songer que ces détails mêmes le confirment et ne font que distraire un peu l'attention sans réussir à l'écarter du point principal. Telle était l'attitude de Gavaglià quand il me racontait le meurtre de son patron et de son complice; telle encore celle de Manara, soutenant qu'il n'avait pas porté 14 coups, mais seulement 13, à sa victime.
Leur légèreté est prouvée encore par leur superstition, qui leur fait croire aux présages et à la magie ( Vidocq).
Les plus grands criminels, lors même qu'ils apportent une grande habileté dans la préparation de leurs crimes, ne savent pas conserver, jusqu'au bout, celte