‹ L'homme criminelChapitre 195 sur 315 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

est le plus souvent la satisfaction d'un besoin matériel,

ils se tiennent coi jusqu'au moment où de nouveaux

appétits les pousseront à des entreprises nouvelles: or, ce n'est pas ainsi que l'on arrive à la fortune.

11 arrive, souvent, que l'habileté de certains criminels paraît merveilleuse. Mais, si on y regarde bien de près, tout élonnement disparaît. S'ils réussissent si bien, c'est parcequ'ils se répètent souvent. Ne voit-on pas les idiots eux-mêmes, à force de s'appliquer à une même chose, y paraître très-habiles?

Non seulement le voleur ne fera jamais que voler, mais encore, parmi ces malfaiteurs, il en est qui ne s'attaquent qu'aux magasins; d'autres, qu'aux maisons particulières. Et même, dans ces derniers, on distingue des sous-divisions. Vidocq cite les voleurs de maisons, qui entrent au hasard (cambrioleurs à la flan); ceux qui préparent de loin leur coup, prennent un appartement dans le voisinage et se donnent des allures de gens honnêtes (nourrices); ceux qui s'entendent au préalable avec les concierges ou se procurent de fausses clés (caroubleurs); ceux qui entrent sous prétexte de souhaiter le bon jour (chevaliers de la rampe). Considérez les seuls voleurs du port de Londres, vous y verrez les pirates, qui pillent à main armée les petites embarcations, dérobent les grosses ancres et les câbles; les chevau-légers , qui, pour faire un butin plus abondant, percent les sacs de blé; les hirondelles de boue, qui dérobent les fers, le combustible des bâtiments, etc.

MM. Mayhew et Binny distinguent à Londres dix espèces de mendiants: les étrangers, les affamés, les faux infirmes, les faux naufragés, ceux qui présentent des pétitions, etc.; chacun a son portrait spécial. Parmi les voleurs, ils distinguent ceux qui opèrent avec effraction,

ceux qui emploient des narcotiques, ceux qui couchent dans les buffets des ciiemins de fer et emportent le matin les bagages des voyageurs (gnooscr); ceux qui volent au crochet; les voleurs de fromage; ceux qui travaillent sous les péristyles des maisons (deadlurker); les voleurs de chevaux (woollyhird) , de chiens, de gibier. — Un calcul officiel établit qu'on trouve à Londres 141 voleurs de chiens, 11 voleurs de chevaux, 28 faux monnayeurs dont 317 individus écoulent les produits, 323 escrocs, 343 recéleurs, 2768 chercheurs de querelles, 1205 vagabonds, 773 pick-pokets, 3657 voleurs ordinaires, 217 qui volent avec effraction. (The criminals prisons, 1862, p. 47).

L'auteur anonyme du Trattato dei Bianii énumère 37 espèces de mendiants escrocs, ayant leurs noms particuliers (ruffini, affarfanli, etc.), qui dupaient la société italienne au commencement du xvi"' siècle.

« Une longue expérience m'a donné la conviction, écrit M. Locatelli {Sorveglianti e sorvegliati , p. 69, Milan, 1876) que les malfaiteurs usent presque toujours d'une méthode qui leur est propre et tout-à-fait spéciale dans l'accomplissement de leurs exploits. Ainsi, on trouve des voleurs très-adroits pour forcer une serrure ou percer un mur; d'autres qui grimperaient aisément au haut d'un clocher, et qui seraient incapables de briser le plus léger obstacle. — Certains d'entre eux prennent la fuite au moindre bruit; d'autres entreraient sans broncher dans un salon rempli de monde. Vous rencontrerez des voleurs d'une légèreté de main incroyable, capables, si je puis ra'exprimer ainsi, d'enlever à un honnête homme sa chemise sans qu'il s'en aperçoive, et qui n'oseraient pas franchir le seuil d'une boutique ou d'une habitation, même non gardée. Il en

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