‹ L'homme criminelChapitre 196 sur 315 · CHAPITRE VIII ^"J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII ^"J

est qui prendront tout ce qui leur tombera sous la main, tandis que d'autres ne daigneront pas se déranger pour des choses de peu de valeur. Plusieurs qui volent des bestiaux avec une adresse extraordinaire, n'auraient pas l'audace nécessaire pour fracturer la porte d'un poulailler » (Vidocq).

Ces spécialistes du crime ont peut-être leur psycologie spécifique, psycologie qui se fait entrevoir sûrement dans les grandes catégories.

7. — Empoisonneurs. — Les empoisonneurs appartiennent presque tous aux classes dirigeantes; ce sont des individus très-instruits, des médecins ou des chimistes (1); leur air sympathique, leur abord aimable, leur langage persuasif, trompent, jusqu'au bout, leurs victimes, qu'ils choisissent, souvent, parmi leurs plus proches parents (Taylor, Moreau, Palmer). Ce sont encore des femmes aux passions ardentes, comme Locuste , la Bonanno, laTofani, la Piccoli, la Caraccioli, la Costanzo, la Conti-Spina, duchesse de Ceri (V. âdemollo, Nov. Sicule, ix). Comptant sur une impunité certaine, trouvant dans leur crime une espèce de volupté, ces misérables font périr en même temps plusieurs personnes, et souvent agissent presque sans motif. Telle fut la Lamb, qui, outre son mari et ses fils, empoisonna une amie, et enfin une voisine avec laquelle elle n'avait aucune relation d'intérêt. Telles encore la Zwanziger, , (Feurbacii, p. 21), qui empoisonna plusieurs domestiques et des femmes qu'elle avait jusqu'alors fort aimées; la Jegado, qui fit 21 victimes; la May, qui donna de l'arsenic à ses 14 fils et à son frère; la Cheskam, qui

(1) Voir vol. II.

fît périr 14 personnes (fils, époux), et fut absoute deux fois, et enfin pendue. Presque tous ces êtres criminels sont poussés par la cupidité, l'amour, mais surtout par une luxure effrénée. Hypocrites, calmes, dissimulés, ils protestent jusqu'au bout de leur innocence et portent jusque dans la tombe le secret de leur faute. Il est aujourd'hui bien rare qu'ils s'associent plus d'un complice; le contraire avait lieu jadis dans la haute société française et dans la Rome antique: ce crime affectait alors la forme d'une épidémie, surtout parmi les femmes,

8. — Pédérastes. — Les pédérastes sont la plupart du temps des hommes intelligents et instruits, des employés de barreau, des prêtres, etc. (1). Contrairemeat aux empoisonneurs, ils éprouvent un étrange besoin de s'associer, de former des congrégations véritables, dont les membres se reconnaissent au premier coup d'œil, même quand ils voyagent en pays étrangers.

Nous ne saurions comprendre, et nous ne croirions pas, sans les recueils de lettres publiées par MM. Casper et Tardieu (2), comment ces amours infâmes peuvent se trouver unies à un si haut degré de romantisme ou

(1) Dante, au chant xv de V Enfer, parlant des sodomistes, s'exprime ainsi :

Jnsomma, sappi che tutti fur cherci E letterati grandi e di gran fama, etc.

<En un mot, sache que tous furent des clercs, de grands littérateurs , et de grands noms, etc.).

(2) Voici un extrait de la confession de l'un d'eux, que nous a donné Tardieu :

€ Comment exprimerai-je ce frémissement délicieux de mes sens, quand j'entendais sa voix; ce bonheur que j'éprouvais à me mirer dans ses yeux? Chacune de ses paroles vibrait en moi comme une douce mélodie 1. (Et. méd. légale sur les attentats aux mœurs, 1873).

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