‹ L'homme criminelChapitre 2 sur 315 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

PRÉFACE

l'arbitre de son sort. On le traite , non pas comme un monstre qui doit souffrir et expier, mais comme un malade, comme un ami égaré, que l'on veut remettre dans le bon chemin. On l'instruit; on l'élève moralement; on lui donne une profession; on le fait passer graduellement de la prison cellulaire à la libération conditionnelle avec surveillance bienveillante. En un mot, on en fait un homme. Seulement à cette besogne, il faut des philanthropes éclairés ; il est plus commode de n'avoir que des geôliers ».

Cela, c'est le régime curatif. Le vrai régime préventif ne saurait consister que dans de profondes réformes sociales. Le ci-iminel-né serait sûrement très-rare, s'il n'était créé par la société elle-même. Ses grands facteurs sont la misère et l'alcoolisme. Or, ces deux fléaux sont en corrélation étroite avec l'inégale répartition des richesses, considérablement aggravée par le triomphe et l'extension de la grande industrie.

Dans un rapport quasi-offlciel , MM. Cardani et Massara nous ont appris que le paysan lombard , le famiglio, n'a qu'un salaire journalier de fr. 0,80, avec lequel il lui faut vivre, lui et sa famille. Nous savons, d'autre part, qu'il y a, en Lombardie, des centaines de milliers de femmes, filant huit heures par jour et gagnant 1 franc par semaine. M. Romuzzi, de Milan, affirme que, dans la pi-ovince de Côme, 1900 enfants au-dessous de neuf ans travaillent jusqu'à quinze heures par jour, moyennant un salaire de 10 à 15 centimes.

Ces faits ne sont pas spéciaux à l'Italie. Rien ne serait plus facile que d'en trouver d'équivalents et en plus grand nombre dans les autres pays civilisés où le régime industriel triomphe plus cruellement encore.

La statistique nous apprend que des millions de prolétaires européens ne consomment pas, chaque année, 25 kilogr. de viande par personne , que le nombre des indigents va croissant toujours et en même temps le chiffre de la consommation alcoolique.

En résumé, nous savons tous que notre salarié moderne est souvent plus abandonné, plus misérable, plus sacrifié que l'esclave antique. A défaut de sentiments humanitaires, le propriétaire de ce dernier lui portait au moins le geni-e d'intérêt

PRÉFACE

que l'on a pour un animal domestique, représentant une certaine valeur.

Je m'arrête, n'ayant point ici à insister sur ces graves questions.

Que le nombre des criminels-nés puisse être plus ou moins diminué par des mesures préventives ou curatives, ce type n'en existe pas moins et tout le monde en sera convaincu , après avoir lu les belles , minutieuses , ingénieuses et consciencieuses études de M. Lombroso.

J'ai cru devoir indiquer, en passant, quelques-unes des réflexions, qui ne peut manquer de susciter cette intéressante lecture, mais elle en peut susciter bien d'autres. L'espace me manque pour m'y arrêter. Elles naîtront, d'ailleurs, spontanément dans l'esprit des lecteurs" de ce livre.

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