À LA QUATRIÈME ÉDITION
Ce livre, pareil à l'humble insecte qui transporte, à son insu, le pollen fécondant, a vivifié un germe qui n'aurait , peut-être, porté ses fruits qu'après de longues années. Il a donné naissance à une nouvelle école qui, grâce aux travaux de MM. Liszt, Kraepelin, Biliakow, Troiski, Kôrnfeld, Knecht, Holtzendorf, Sommer, Kircbenbeim, Mendel, Pulido, Echeverria, Zancbes, Drill, Kowalewski, Likaceff, Minzloff, Kolokoloff, Espinas, Letourneau, Tonnini, Reinacb, Soury, Corre, Motet, Orcbanski, Manouvrier, Fioretti, Le Bon, Bordier, Bournet, Roussel, Ribot, Heger, Albrecbt, Warnott, Lenbossek, Tamburini, Frigei-io, Laschi, Mayor, Majno, Benelli, Fulci, Pavia, Aguglia, Sergi, Tanzi , Campili , Barzilai , Pugliese , Morello, Lessona C, Cosenza , Lestingi, Colucci, Turati, Marro, Venezian, et surtout grâce à MM. Lacassagne, Flescb, Benedikt, Beltrani-Scalia , Virgilio Morselli, Garofalo, Puglia et Ferri, a comblé les trop nombreuses lacunes des premières éditions de ce livre, en même temps qu'elle en déterminait les applications pratiques au point de vue juridique.
Je ne saurais trop reconnaître ce que je dois à ces illustres savants.
Grâce à eux, pour la première fois, j'ai pu distinguer avec exactitude le criminel-né, non seulement du criminel d'occa-
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sion, mais encore du fou et do l'alcoolique, à qui je consacrerai des monographies spéciales. Grâce à eux, encore, j'ai pu étendre mes recherches sur les formes primordiales du crime, dans le sauvage , l'enfant et l'animal , en compléter l'étude anatomique, en commencer l'étude physiologique, surtout pour ce qui touche aux anomalies de la sensibilité, de la réaction vaseulaire et réflexe, phénomènes qui nous expliquent cette surabondance paradoxale de santé, que nous rencontrons, aussi souvent, chez des individus pourtant infirmes dès leur naissance, comme le sont les criminels.
C'est ainsi que j'ai pu démontrer comment la maladie se compliquait en eux de l'atavisme: et que j'ai pu opérer la fusion entre les deux concepts du criminel-né et du fou moral, fusion déjà entrevue et affirmée par MM. Mendel, Bonvecchiato, Sergi, Virgilio, mais que l'on ne pouvait admettre avec certitude, aussi longtemps que les contours en restaient mal précisés; et manquaient d'une vraie description scientifique.
Si je n'ai eu qu'à me louer de mes critiques et de mes collaborateurs, je n'ai pas été moins heureux avec mes adversaires, parmi lesquels il me suffira de nommer MM. Tarde , Baer, Messedaglia. Œttingen, Brusa, Ungern-Sternberg. Il est beau d'être combattu, et même d'être vaincu par de tels hommes; aussi je croirais manquer à toutes les convenances si je n'essayais de leur répondre:
« Vous abusez trop, dans vos déductions, des faits isolés», m'objectent ces savants éminents; «si vous rencontrez, p. ex., un crâne asymétrique, des oreilles écartées, etc., chez un sujet, vous vous hâtez d'en conclure à la folie ou au crime ; or, ceuxci n'ont aucun rapport direct ni certain avec pareilles anomalies ». — Je ne répondrai pas, qu'on ne rencontre jamais dans le cristal humain une formation anormale, qui n'ait sa raison d'être, surtout dans l'arrêt de développement; je ne dirai pas, non plus, qu'il existe une école de savants aliénistes, qui ne craint pas de se fonder, bien des fois, sur une seule de ces anomalies, pour diagnostiquer les folies dégénératives; je mécontenterai de rappeler que je ne fais pas de telles déductions a joriori, mais après les avoir vues en proportion plus grande chez les criminels que chez les gens honnêtes; je dirai que,
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pour moi, les anomalies isolées ne sont qu'un indice, une note musicale, dont je ne prétends, dont je ne puis tirer un accord qu'après l'avoir trouvée jointe à d'autres notes physiques ou morales. Et n'est-ce rien, à leur avis, que d'avoir commis un crime ou d'en être soupçonné ?
Il est vrai qu'on m'objectera: « Comment pouvez-vous pai'ler d'un type chez les criminels, quand, de vos propres travaux, il résulte que 60 °lo en manquent complètement? ». — Mais, outre que le chiffre de 40 °io n'est pas à dédaigner, le passage insensible d'un caractère à un autre se manifeste dans tous les êtres organiques; il se manifeste même d'une espèce à l'autre; à plus forte raison en est-il ainsi dans le champ anthropologique, où la variabilité individuelle, croissant en raison dii'ecte du perfectionnement et de la civilisation , semble effacer le type complet. Il est difficile, par exemple, sur 100 italiens, d'en trouver 5 qui présentent le type de la race; les autres n'en ont que des fractions, qui se manifestent seulement quand on les compare à des étrangers; et, pourtant, il n'y a personne qui songe à nier le tj'pe italien.
A mon avis on doit accueillir le type avec la même réserve qu'on met à apprécier les moyennes dans la statistique. Quand on dit que la vie moyenne est de 32 ans, et que le mois le plus fatal est celui de décembre , personne n'entend par là que tous les hommes doivent mourir à 32 ans et au mois de décembre.
Loin de porter atteinte à l'application pratique de nos conclusions, cette façon restreinte d'envisager le type lui est favorable; en effet, la détention perpétuelle, la peine capitale, qui sont les derniers mots de nos recherches, seraient impi'aticables à l'égaj'd d'un grand nombre d'hommes, mais on peut les appliquer fort bien à un nombre restreint. Et , à propos de quelques-uns, on pourra, sans avoir l'air de soutenir un paradoxe , conseiller de regarder comme un indice de criminalité la présence de ce type chez des individus suspects.
Autre accusation grave qu'on nous impute à propos de ce type, c'est que nous le déduisons de l'examen de quelques milliers de criminels, tandis que les malfaiteurs existent par millions , et qu'une loi ne peut être considérée comme bien fondée si elle ne s'appuie pas sur les grands nombres (Œttingen).