CHAPITRE IX
4. — Mots étrangers. — Les termes étrangers sont une source féconde: les argots d'Allemagne empruntent h l'hébreu; ceux d'Italie à l'allemand et au français; ceux d'Angleterre à l'italien et au sanscrit. Ainsi, nous avons donné au français mariol, furfante, hoye, valet chargé de battre les galériens; frit, pour perdu; cadeune, cap, pour surveiller; tabar, fuoroba (fuori roba), cri des argousins pour donner le signal d'une capture; à l'anglais: madza pour milieu; beong ou bianco pour argent; catever pour mauvaise affaire, screeve pour lettre (Ascoli). Les Allemands, à leur tour, nous ont fourni spilare pour jouer; pisto pour prêtre; faola pour difforme; conobello pour ail; et aux Vénitiens fira chef de maison (de fûhrer).
Les bohémiens ont donné au français le sanscrit berge pour année, chourin pour couteau; à l'allemand maro pour pain; à l'anglais gibh pour langue, mooe pour bouche (Ascoli).
En espagnol, nous trouvons l'italien pctr/ar, formage, le français aller bélître (1).
(1) Dans l'argot français (Mator, 1. c.) fish (de l'anglais flsh ou de l'allemand Fisch = poisson) = souteneur; être frais, avec le sens de l'italien star fresco, ne semble pas en^efifet pouvoir admettre l'explication qne tente d'en donner Lorédan-Larcher; frisco = froid, frais: c'est notre fresco. Niet := rien, de l'italien niente. Stropiat — mendiant, estropié, de l'italien storpio. Bettander — mendier. C'est un vieux mot. Les bettandiers formaient une tribu de la Cour des Miracles. Le mot doit être d'origine allemande : betteln mendier. Gambette de bois — béquille, de gamba, jambe. La béquille est comparée à une jambe. Carousse — nuit: du slave kara zr. noir; se la gambiller = s'en aller: de jambe; gambriade dans Vargot des voleurs a le sens de cancan, danse. Gat — chat, de l'italien gatio. Gobin zz bossu: de gobbo (bossu, en italien). Stoss — coup, de l'allemand stoss. Monter un stoss — monter un coup. Schlofer — dormir, de l'allemand schlafen. Ripa, ripeur ^ voleur de Seine, voleur des bords du fleuve.
L'hébreu a fourni la moitié des mots de l'argot hollandais, et presque un quart de l'allemand; j'y ai moimême compté 156 mots de cette provenance sur 700; et tous les noms des crimes y sont en hébreux (Gladerne , Chclcf) hormis l'escroc aux dés, Band-spieler. Avé-Lal-
LEMANT.
En anglais, MM. Ascoli et Wagner en ont trouvé des traces: ainsi, cocum pour rusé; schoful pour fausse monnaie; gormof pour petit voleur, larronneau. En italien, sacagn, pour couteau, est d'origine hébraïque; il en est peut-être de même de catoffia, qui signifie: prison.
Quelquefois dans un mot on trouve les traces des trois langues: ainsi, amst, allemand, emploie; kehr, juge en bohémien; Ospiess de Hospitnm, font le mot Amptkeherospiess , maison de justice en argot allemand. AvÉ, II.
5. — Archaïsmes. — Ce sont les termes anciens, ceux qui ont complètement disparu des lexiques aujourd'hui en usage, qui fournissent aux divers argots leur contingent le plus curieux. Ainsi nous avons arlon, le pain; lenza^ l'eau; cuba, la maison (dans l'argot sicilien); slrocca, la fille de joie (dans scorlum latin); marcone, l'entremetteur; cubi, le Irt; créa et criolfa, la viande; gianicchio, le froid; benna, l'auberge; bolda , la. l'er me, ou la fromagerie; pivella, la fillette; nicolo, non; ruffo, le feu (le rouge); zera, la main; archetlo, le fusil;
du Latin ripa. Stuc — part de vol , de l'allemand Stûck. Schness = mufle, groin, museau, de l'allemand schnauze qui signifie museau, mufle. Rousti = flambé , perdu, d'arrostire, roustir. Gouipeur, eiise = vagabond (Vidocq). C'est le mot espagnol guapo, d'où guappo qui est resté dans le patois napolitain avec le sens de bravache. (V. Archivio, II, 253).